Liberté

Article écrit par

Film métaphore, ce film rate hélas un peu ses ambitions.

Il est des films pour lesquels il faut quand même mettre en garde le futur spectateur. Liberté n’est pas un film facile, il est long, lent, irregardable en fait, et risque de choquer certaines sensibilités comme disent de prudes mises en garde officielles. C’est cependant un film radical mais ennuyeux, profond mais stérile et sans doute est-ce la volonté du réalisateur qui nous avait cependant enthousiasmé avec La mort de Louis XIV interprété par l’inénarrable Jean-Pierre Léaud, magistral et royal dans le rôle d’un roi courageux et mourant. Albert Serra, réalisateur catalan, dont c’est le sixième long métrage, n’a pas habitué son public à la gaudriole, ses sujets sont souvent morbides comme Histoire de ma mort en 2013 et Le chant des oiseaux en 2008, films pourtant récompensés dans de nombreux festivals. Il se trouve que ses deux derniers films traitent de manière vraiment personnelle de l’Histoire de France, avec la fin du règne de Louis XIV et le libertinage qui en est la suite logique dans ce dernier opus qui, à travers les moeurs libertines du XVIIIe siècle, veut aborder le concept de liberté qui sera un peu plus tard au coeur des revendications de la Révolution française.

 

 

Un film sur l’Histoire, mais pas historique

Mais ses films sont loin d’être considérés comme historiques, même si la base en est l’Histoire. C’est plutôt une vision personnelle de notre histoire. La mort de Louis XIV décrivait de manière presque clinique et phénoménologique l’agonie du plus grand monarque européen de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe. Liberté est une oeuvre plus expérimentale encore puisqu’elle donne à voir, dans ces images de sous-bois, une humanité libertine chassée de la cour, qui s’adonne à la sodomie, la fessée et la fellation, sorte de métaphore pour annoncer la Révolution qui vient et qui tentera de tout briser.  Madame de Dumeval, le Duc de Tesis et le Duc de Wand, libertins expulsés de la cour puritaine de Louis XVI, recherchent l’appui du légendaire Duc de Walchen, séducteur et libre penseur allemand, esseulé dans un pays où règnent hypocrisie et fausse vertu. Leur mission c’est d’exporter en Allemagne le libertinage, issu de la philosophie des Lumières fondée sur le rejet de la morale et de l’autorité, mais aussi, et surtout, retrouver un lieu sûr où poursuivre leurs jeux pervers.

 

 

Le divin Marquis est au rendez-vous

Il est sûr qu’on pense ici plus au marquis de Sade qu’à Jean-Jacques Rousseau, mais ce sont ces idées de liberté que le réalisateur veut mettre à jour pour montrer que le libertinage n’était pas alors l’échangisme tel qu’on l’entend aujourd’hui dans les petites annonces coquines d’Internet, mais un véritable acte politique et révolutionnaire qui passait par l’usage du corps même si, de nos jours, la vue de fessiers féminins soumis à la fessée peut vraiment choquer car plus personne n’y voit une provocation révolutionnaire, mais une réelle humiliation. C’est peut-être sur cette lisière que joue ce film provocateur, mais ennuyeux, difficile à supporter et violemment radical, qui permet au spectateur d’entrevoir dans un clair obscur malsain et cependant maîtrisé Helmut Berger dans un rôle de composition pas si éloigné de son travail chez le maître Visconti.

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 132 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..