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Les Paumes blanches

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Dans un style âpre et réaliste, le metteur en scène offre une réflexion sur l’Histoire, les conséquences d’une éducation et la propagande des régimes communistes. Non seulement empli d’interrogations, Les paumes blanches vaut également pour sa réalisation, accompagnatrice des personnages et clé pour la compréhension. Le 3eme long-métrage de Szabolcs Hajdu, produit par Peter et […]

Dans un style âpre et réaliste, le metteur en scène offre une réflexion sur l’Histoire, les conséquences d’une éducation et la propagande des régimes communistes. Non seulement empli d’interrogations, Les paumes blanches vaut également pour sa réalisation, accompagnatrice des personnages et clé pour la compréhension. Le 3eme long-métrage de Szabolcs Hajdu, produit par Peter et Matthieu Kassovitz, s’élève au rang des réalisations complexes, douées d’une recherche esthétique, d’un ancrage dans l’Histoire et de ses répercussions sur le présent. Ambition prometteuse.

S’immergeant dans le régime dictatorial hongrois des années 80, le spectateur découvre avec effarement la soumission des parents à l’idéologie soviétique et leur aveuglement. Ils obligent leur fils, Donjo, à prouver ses talents de gymnaste devant leurs invités, ces derniers déclarant que la moindre faute de la part du petit champion le mènera au crime. Les parents, coupables de leur faiblesse, enferment aussi leur enfant dans les mains d’un entraîneur tortionnaire. Sous cette main de fer, on est témoin de l’horreur, de la perversion et de l’hypocrisie. Les zooms sur les plaies, les traînées de sang sur corde et les longues minutes de pommade, les mains et les pieds souffrants, sont atroces. La bande-son, non illustrative et brute, capte les souffles, les soupirs et les craquements qui décuplent cet attrait de gêne et deviennent un supplice pour le spectateur. Quelques années plus tard, en 2002, on retrouve Donjo au Canada.

Au-delà de cet aspect documentaire sur le sport comme moyen de propagande, la profondeur du film se retrouve dans la psychologie du personnage principal et dans l’acceptation de son passé. Car tout l’enjeu de ce film se trouve ici. Au fur et à mesure des Paumes Blanches, le héros découvre qu’il se bat en silence pour fuir son enfance qui l’a conditionné. Pour cela, le réalisateur use d’une brillante structure narrative et d’un jeu de symboles qui se reflètent les uns aux autres. Grâce à la mise en scène de l’architecture, il rehausse l’étouffement de l’enfant et sa quête de liberté. Comme pris au piège dans cette masse d’immeubles bétonnés n’offrant aucune perspective, il grimpe sur un toit et semble plein d’espoir. On ressent cette délivrance non pas par une joie exaltée et commandée mais par la délicate imagination du garçon et son inclinaison à réussir, présente dans les détails. Cette ascension le conduira au Canada, c’est-à-dire l’Amérique du Nord, terre promise pleine d’espoir.

Or l’American Dream existe-t-il toujours ? On pourra apprécier le refus de tout manichéisme et la complexification de l’histoire. Le spectateur entre dans un nœud où tout se ressemble et rien ne semble remédiable. Le réalisateur sème le trouble en ponctuant et hantant son film de références claires au régime communiste. En toute logique, nous constatons qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigts et d’un voyage aérien pour ensevelir un passé et commencer une nouvelle vie. Les Paumes Blanches est loin des films prônant une rédemption stupide par un nouveau départ en Amérique. Il est donc intéressant de noter la subtilité du réalisateur à réfuter cette idée tout en utilisant ce cliché, et à nous piéger autant que son héros. Ici, le changement ne se fait pas par la géographie mais bien par l’être lui-même. A 20 ans et des kilomètres d’écart, on revoit les mêmes images : des gratte-ciel, des gymnastes et Donjo, adulte devenu entraîneur et réitérant les mêmes méthodes que son propre entraîneur (il frappe un enfant).

Le bémol du film provient sans doute de la volonté de prouver un talent allié à une dose de perfectionnisme. Mais qui pourra réprouver cette ambition au réalisateur? La séquence du début perturbe et ne cache pas ses défauts. Une mise au point loupée par un plan-séquence poursuivant tous gestes de Donjo. On a un peu le mal de mer et attend que cela cesse rapidement. Après réflexion, cela fait partie intégrante du film. Comme pour accompagner la recherche d’apaisement du gymnaste, la caméra ultrarapide se tempère au fil du film. Idem pour le dénouement qui pouvait paraître anecdotique mais s’avère être l’aboutissement salvateur pour le héros. Marchant sur une façade en dansant lors d’un spectacle de cirque, il vainc son passé et impose son avenir. Le plaisir est de constater que rien n’est gratuit, que chaque image est pensée dans la durée et dans la cohérence avec le film entier.

Pour sa forme épurée, son esthétisme âpre, ses dialogues parcimonieux et simples, Les Paumes Blanches mérite le détour. Il séduit par son lyrisme, par l’humanité qui en émane et par la maturité du réalisateur. Passons sur les quelques défauts pour se concentrer sur le regard troublant sur l’entêtement d’une éducation et la quête d’oubli impossible. A ne pas manquer.

Titre original : Fehér tenyér

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Durée : 101 mn


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