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Les Neiges du Kilimandjaro

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Nouvelle chronique engagée de Robert Guédiguian, « Les neiges du Kilimandjaro » émeut et crispe en même temps.

Il y a des cinéastes comme ça qui forcent l’admiration. Robert Guédiguian est de ceux-là. La qualité de son cinéma est indéniable, la constance de son engagement est indéfectible dès le tout début de sa filmographie. De Dieu vomit les tièdes à La ville est tranquille, une seule ligne claire : des films politiques, des convictions sociales qui ne se démentent jamais et qu’il soutient mordicus. Les neiges du Kilimandjaro ne faillit pas à la règle mais, pour la première fois peut-être, agace par un excès de militantisme un peu faiblard. Ce nouveau volet marseillais n’est pas mauvais, loin de là ; le problème, c’est que Guédiguian adopte ici une posture qu’il semble considérer comme la seule valide, la seule moralement défendable. Que ses positions soient difficilement attaquables n’empêche pas que son film soit peu ouvert au dialogue.

On y suit Michel et Marie-Claire (Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride, toujours), ensemble depuis une trentaine d’années, heureux malgré la crise qui vient de coûter son emploi de syndicaliste à Michel. Pour son départ, le couple se voit offrir des billets pour un voyage en Tanzanie, "au pied du Kilimandjaro". Mais le soir même, deux jeunes gens cagoulés et armés entrent chez eux par effraction, les frappent et les ligotent, avant de dérober aussi bien le cadeau que bijoux et cartes bleues. Ils portent plainte dans la foulée ; la sœur de Marie-Claire, également présente avec son mari, a du mal à se remettre. Et puis Michel apprend l’identité d’un des agresseurs, un co-syndicaliste (Grégoire Leprince-Ringuet) licencié en même temps que lui. Et commence à culpabiliser de ce qu’une condamnation pourrait foutre en l’air la vie du jeune homme. Jusque là, tout va bien. On retrouve les comédiens fétiches de Guédiguian avec toujours autant de plaisir, l’Estaque sert toujours aussi bien de décor méditerranéen, proche de la "vraie vie", et la mise en scène du réalisateur ménage avec talent moments d’émotion et scènes de tension (voir la séquence de l’agression, vraiment percutante).

Quand Michel décide de retirer sa plainte, la ligne de faille se fait, Guédiguian décide de jouer la carte de la culpabilité et, plus grave, de la culpabilisation. Passé une scène, très forte, où Darroussin, qui se jurait magnamime, frappe le petit voyou lors d’une visite au commissariat, Les neiges du Kilimandjaro penche alors vers la chronique sociale affable.  Un retournement de situation s’opère, les responsabilités ne sont plus partagées, mais repoussées dans le camp adverse. Le film penche dès lors du côté d’une jeunesse désabusée, inquiète – à raison – de son futur et de ses perspectives, gangrénée par une société qui ne sait que faire d’elle. Le truand en prison laisse seuls dans un HLM ses deux petits frères, eux-mêmes délaissés par leur mère. Les certitudes de Marie-Claire et Michel s’effondrent : Marie-Claire va en cachette s’occuper des enfants, tandis que Michel tente par tous les moyens d’éclairer sa conscience (comment éviter à son ex-collègue l’avenir sordide qui l’attend derrière les barreaux ?).

C’est bien gentil, et même louable, mais le propos semble trop unilatéral pour être tout à fait honnête. Le discours front-de-gauchiste s’enlise rapidement dans une posture figée, de la part d’un cinéaste qu’on a connu paradoxalement plus jusqu’au-boutiste. Le fait d’être propriétaire d’un appartement dans Marseille (avec balcon, quelle bourgeoisie !) devient prétexte à une nouvelle poussée de culpabilisation pour Michel : "si les jeunes que nous avons été nous voyaient prendre l’apéro sur la terrasse, que penseraient-ils de nous?" Alors pourquoi Les neiges du Kilimandjaro emporte-t-il l’adhésion, et émeut in fine ? Pour la simple réponse de Marie-Claire : "Je pense qu’ils se diraient surtout qu’on est heureux." L’optimisme prend enfin le pas sur le tract politique. Guédiguian a la faiblesse de penser que l’amour fait tout. C’est sa plus grande force (ouvrière).

Titre original : Les Neiges du Kilimandjaro

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Durée : 107 mn


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