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Le Professeur de Kung-Fu

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Tout le monde sera d’accord pour dire que, dans n’importe quel genre cinématographique, il n’y a au final que peu de films qui se démarquent et qui acquièrent leur propre singularité sans pour autant quitter le genre, alors que beaucoup d’autres films ne sont du copier-coller, ou encore, comme disait un certain Jean-Luc Godard, «du […]

Tout le monde sera d’accord pour dire que, dans n’importe quel genre cinématographique, il n’y a au final que peu de films qui se démarquent et qui acquièrent leur propre singularité sans pour autant quitter le genre, alors que beaucoup d’autres films ne sont du copier-coller, ou encore, comme disait un certain Jean-Luc Godard, «du cinéma de papa ».

Le cinéma d’art martiaux Hongkongais des années 70, construit en grande partie par l’Hollywood asiatique de l’époque : la Show Brothers, ne déroge pas à la règle. Beaucoup de films de l’âge d’or de ce cinéma se ressemblent, et sont communs. Au final, peu se distinguent et se détachent de cette masse de films asiatiques. Il y a, bien sur, des chefs d‘œuvres comme L’hirondelle d‘or ou Les quatorze amazones, qui se révèlent par leur originalité qui les rend si singuliers par rapport au genre, sclérosé par les codes. Le professeur de Kung-fu de Sun Chung fait partie de cette catégorie.

Séparés depuis des siècles par un conflit ancestral, deux clans se livrent une guerre sans merci. Symbole de cette querelle incessante, une frontière tracée en plein milieu du village divise donc la population en deux clans (les Zhou et les Mengs). Si une personne des conciliants Zhou ose franchir la ligne pour arriver sur le territoire des féroces Meng, il aura le malheur d’avoir un membre de son corps coupé. Voyant l’absurdité de ce conflit, le chef des Zhou essaie de négocier une solution avec le chef des Meng, Mong Fan. Hélas, il n’en est rien, et pire même : les Mengs veulent désormais anéantir toute la population pour prendre enfin le contrôle total du village. Pour parvenir à cette quête, ils font appel à un maître du Kung-fu de la région, Wang Yang. Réticent au début, il se voit poursuivi injustement pour un crime qu’il n’a pas commis et est contraint d’accepter … Il comprend, au fur et à mesure de sa mission, la raison de sa venue, pour laquelle il enseigne son Kung-fu au Meng.

On pourrait considérer Le professeur de Kung-fu comme un énième film de commande de la Show Brothers. Or il en est rien car son réalisateur, Sun Chung, parvient à rendre une série B assumée de bout en bout, et à en faire un film singulier dans la production hongkongaise.

D’une part, ce film réussit le mélange des genres. Ce n’est pas seulement un film de Kung-fu, c’est aussi un film doté d’une très grande dimension comique volontaire et affichée, menée par une musique et un ton très décalés par rapport à la situation. On frôle même le burlesque et le pastiche à certains moments, sans pour autant y tomber (il n’y a qu’à voir les scènes d’entraînements de Zhou Fing tout seul, puis en compagnie de Wong Yang…)

D’autre part, le réalisateur, Sun Chung, ne délaisse pas l’histoire pour montrer uniquement des scènes de combat pendant tout son film, et c’est là que Le professeur de Kung- Fu puise toute sa force. Il y a une très bonne construction scénaristique de l’histoire, avec des personnages parfaitement représentés : les Zhou ne se battent que pour se défendre, ils représentent la paix et la sagesse, alors que les Meng sont fourbes, violent et ne se battent qu’avec des armes. L’histoire s’articule autour de trois personnages principaux : le professeur Wang Yang, son disciple Zhou Fing, et Jia-Jia, une fille du clan Meng qui est du coté des Zhou.

De plus, l’histoire ne se focalise pas sur cette guerre entre les deux clans. D’autres thèmes y sont introduits comme l’honneur, la camaraderie entre les peuples, l’entraînement physique et spirituel. Mais c’est surtout le thème de la relation maître – élève qui est mis en valeur. Wang Yang incarne la sagesse au sens le plus pur du terme ; on pourrait dire la même chose en ce qui concerne son intégrité. Preuve en est lorsqu’il dit qu’il enseigne TOUT son savoir martial à ses élèves, se refusant à conserver une quelconque botte secrète, afin qu’ils ne soient pas inférieurs à lui. Il ne pense même pas à sa vie privée quand la belle Jia-Jia vient le séduire, car il n’a qu’une seule chose en tête : enseigner le Kung-fu à Zhou Fing.

Le professeur Kung-fu est un film singulier car sa réalisation est vraiment singulière. Sun Chung, (qui fut l’un des plus grand réalisateurs de la Show Brothers avec Lian-Chia-Liang ) réussit une mise en scène mêlant à la fois le classique et le moderne. Des recadrages, chers à cette époque, en passant par le gros zoom, le réalisateur apporte une touche de nouveauté à l’époque avec l’utilisation à plusieurs reprises de la « steady cam ». De plus, la réalisation reste malgré tout très occidentale. Tout cela donne une touche vraiment très personnelle au film.

A part quelques moments de longueur (comme l’entraînement interminable de Wang yang avec Zhou Fing et une fin un peu frustrante), Le professeur de Kung-Fu se démarque de la production classique du genre tout en respectant les codes du cinéma de Hong-Kong. A défaut d’être uniquement un film d’arts martiaux, il se révèle être une formidable fable sur la sagesse et le respect…A bon entendeur…

Titre original : Jiao tou

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Genre :

Durée : 100 mn


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