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Last Chance for Love

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L´amour n´est jamais niais, surtout quand il a le goût d´un fruit mûri au soleil…

Last Chance for Love bénéficie de tous les bons ingrédients d’une comédie romantique classique, mais sa saveur est ailleurs : d’abord dans l’interprétation grandiose de ses comédiens, Dustin Hoffman et Emma Thompson, au sommet de la justesse ; ensuite dans son sujet – tomber amoureux après 40 ans – qui apporte un vent de fraîcheur, grâce à la maturité affective des personnages et à leur humour franchement délicieux.

Bonne nouvelle pour les passionnés de cinéma ou pour les amoureux de l’Amour, la comédie romantique n’est pas un genre éculé. Le deuxième film du scénariste et réalisateur Joel Hopkins (révélation du cinéma britannique avec Mariage et conséquences en 2002), offre une nouvelle chance de se laisser séduire par une douceur sentimentale. Loin d’un mélo mielleux, Last Chance for Love est une ode au surgissement improbable qu’est la rencontre amoureuse dans une vie, celle-ci étant d’autant plus surprenante pour un homme et une femme qui n’ont plus la naïveté de leur vingt ans. Avec le poids de l’âge s’installe l’expérience, celle-là même qui s’apprend au travers des échecs et des déceptions du lendemain. Alors, quand deux adultes aguerris baissent doucement la garde pour laisser agir le charme, c’est le spectateur qui fond de plaisir.

Ainsi, Kate (Emma Thompson) est une British d’une quarantaine d’années qui traîne ses guêtres de célibataire entre son travail d’hôtesse à l’aéroport d’Heatrow, sa vieille mère légèrement envahissante et ses lubies d’écrivain. De son côté, Harvey Shine (Dustin Hoffman), est un musicien New-Yorkais qui, déjà rétrogradé à composer des jingles de pub, est à deux doigts de se faire virer lorsqu’il arrive à Londres pour le mariage de son unique fille. Inquiet pour son poste et vilain petit canard des noces lors desquelles sa fille lui préfère son beau-père, le patriarche maladroit décide d’écourter son séjour. Mais il rate son avion et, franchement dépité, s’accoude au bar de l’aéroport. Or, attablée dans le restaurant, il y a Kate qui lit un roman à l’eau de rose. Les deux inconnus et leurs déprimes s’approchent, tout en distance, puis tout en finesse et enfin tout en complicité. Malgré leur incrédulité, une telle rencontre peut-elle changer leur vie ?

Le personnage de Kate a été créé pour Emma Thompson (Retour à Howards End, Raison et Sentiments), et ce n’est pas chose difficile à imaginer tant la comédienne et scénariste à l’immense talent irradie dans ce rôle. Posé contre la fenêtre d’un train, en retrait d’un rendez-vous galant écourté, las mais généreux avec sa mère, son visage a le langage d’une solitude bouleversante, universelle et quotidienne. Et son sourire espiègle et franc souligne à lui seul la subtilité du film : trop sage pour se laisser prendre au piège mais trop vivante pour se fermer à la vie, Kate est un cœur à prendre avec doigté. Or, l’homme qui va s’essayer à la tâche trouve également une incarnation parfaite en la personne de Dustin Hoffman. Le comédien de Rain Man ou du Lauréat explose de talent. Si le personnage d’Harvey ne provoque pas d’emblée l’empathie, il devient petit à petit profondément touchant, pour sa retenue (dans sa gaucherie auprès de sa fille), ou pour son charme taquin (lorsqu’il cherche à séduire la jeune Kate de 20 ans sa cadette). Non content de voir réunies deux magistrales performances d’acteurs, le film peut aussi s’enorgueillir du reste de la distribution, car les seconds rôles sont aussi convaincants que les premiers, de l’ex-femme (Kathy Baker) et son mari (James Brolin), à la mère paranoïaque interprétée par une malicieuse Eileen Atkins.

     

Outre le succès avec lequel les personnages sont campés, l’autre grande qualité de Last Chance for Love réside dans les dialogues. La force d’avoir réalisé un Before Sunset pour adultes est dans l’intelligence des échanges du couple qui se forme. Les badinages ne sont plus les mêmes après 40 ans; pâle copie des premières approches de jeunesse, ils s’en amusent plutôt pour mieux les décaler. Plusieurs fois, Emma Thompson rabroue avec beaucoup d’humour les sous-entendus de son prétendant. Les codes qui se jouent entre homme et femme respirent dès lors la sincérité. Loin d’être mièvres, ils semblent au contraire imprégnés des (bonnes) leçons de la séduction, et même plus généralement des relations humaines. De plus, le film est ponctué d’un humour spontané et tendre, qui ne manque pas de provoquer de vrais sourires, qu’il s’agisse de scènes cocasses (du voisinage de la mère de Kate à son écrivain octogénaire lubrique), ou d’excellents mots entre Kate et Harvey. Sans physique de jeunes premiers, sans esbroufes, les deux célibataires émeuvent avec simplicité.

Last Chance for Love ne fait pas pour autant figure de révolution. Certains ressorts ou scènes du film sont bien des classiques de la comédie romantique: la ballade dans l’automne de Londres – par ailleurs, bien magnifiée par Joel Hopkins ; les parallèles de vie et de vices (téléphoniques) des protagonistes dans la mise en place du début ; la scène de « rédemption » très émotive d’un des personnages ; ou encore la contrainte extérieure qui contrecarre le plan des amoureux. Mais ces passages obligés ne retirent rien au plaisir du spectateur. Car la vraie surprise du film est d’être complètement séduit par une des choses les plus banales au monde : une rencontre amoureuse.

S’il faut du courage pour lever le voile de sa vie et y laisser entrer quelqu’un, s’il faut du courage pour tomber amoureux, l’amour est parfois aussi simple que de dire oui. Film très réussi, c’est le pari de Last Chance for Love.

Titre original : Last Chance Harvey

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Durée : 93 mn


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