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La Lévitation de la princesse Karnak

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Peut-être que ça n’existe pas mais il y a, après tout, une porte qui y mène. 

Alice a disparu. La compagne de Paul est partie se réfugier chez ses parents. La vie telle qu’il.elle.s la connaissaient n’est désormais plus car depuis quelques temps, sans que l’on sache vraiment pourquoi, les gens se mettent à disparaître. Du jour au lendemain : plus rien. L’évacuation de la capitale arrive même presque comme un soulagement, elle donne un prétexte pour fuir, un peu. Pour se fuir, beaucoup. Camille et Paul décident alors de partir chez le frère de ce dernier. Sûrement qu’en Italie ils seront à l’abri. Puis de toute façon plus rien ne les retient vraiment maintenant qu’ils sont seuls. C’est sans se retourner qu’ils disent adieu aux repas entre potes et à l’effervescence de Paris. D’accord ou non leur vie vient de changer à tout jamais.

Commence alors un voyage au grès des rencontres, de la nourriture et du vin. On pourrait même aller jusqu’à qualifier le métrage d’organique tant Adrien Genoudet insiste sur les inserts contenant viandes, poissons, légumes et autres joyeusetés. La Lévitation de la princesse Karnak est un film de substances. Parfois impalpable, presque invisible, et d’autre fois semblant être à portée de main autant que des yeux. Il est sûr qu’on reconnaît la valeur primordiale de l’image pour Genoudet. Pourtant ces peaux, dont le grain filmé en très gros plans dévore l’entièreté de l’image, ne seraient que peu de choses sans les mots. Car oui, s’il y a bien de la magie dans ce film c’est ici que se trouve la porte qui y mène. À chaque dialogue entre les personnages on assiste à la naissance d’un langage, d’une histoire, d’un écosystème propre à cet échange. Les mots et les silences teintent le métrage d’une nostalgie étrange, d’un spleen, d’une amertume.

Cette catastrophe sans nom, sans texture, ce crash d’un mirage sans contour c’est à la fois l’année 2020, la pandémie et les cataclysmes naturels. Mais c’est aussi la fin d’un amour, d’une amitié, d’un passage de la vie qu’on quitte pour qu’un nouveau commence. La Lévitation de la princesse Karnak est un métrage perméable aux sentiments et qui offre à la personne qui le regarde la signification qu’elle décide d’y mettre. 

 

Article écrit dans le cadre du festival Premiers Plans.

Titre original : La Lévitation de la princesse Karnak

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Durée : 84 mn


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