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La Horde

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Une bande de policiers part de sa propre initiative en expédition punitive/opération de sauvetage d’indic dans le fief de criminels endurcis, à savoir une tour presque vide dans une crasse banlieue lépreuse. Le carnage qui suit laisse la poignée de survivants des deux camps face à plus grand péril : les morts se réveillent dans tous […]

Une bande de policiers part de sa propre initiative en expédition punitive/opération de sauvetage d’indic dans le fief de criminels endurcis, à savoir une tour presque vide dans une crasse banlieue lépreuse. Le carnage qui suit laisse la poignée de survivants des deux camps face à plus grand péril : les morts se réveillent dans tous le pays et ont manifestement faim. Il va falloir s’entraider pour s’enfuir de la tour afin de rallier un hypothétique refuge de l’armée…

Voilà un pitch qui semblerait né des amours de Requiem et Nid de Guêpes, le tout avec la structure de From Dusk till Dawn : un film de commando en lieu clos doublé d’une tarantinade de bon aloi qui adjoint au polar hardcore un fantastique décomplexé. Une chose est sure, cet aspect ne se dément pas à la vision du film, tant dans ses qualités que dans ses défauts d’ailleurs. Généreux en action et en effets, gouailleur et visant avant tout l’iconisation de ses situations et personnages (Aurélien Recoing et Eriq Ebouaney sont à ce titre impressionnants – pour une fois, c’est pas Jo Prestia le type qui fait le plus peur dans le cast !), La Horde paie malheureusement ce dynamisme par une caractérisation à la serpe, des dialogues à la fois trop écrits pour être vraiment efficaces et pas assez fouillés pour dépasser le statut de one-liners, ainsi qu’un découpage s’emmêlant un peu les pinceaux par moments (un combat au couteau assez illisible par exemple, ou un montage parallèle généralisé peu utile, surtout dans le dernier acte). On passera un contexte socio-politique à peine effleuré (hélas, car on sent que les loustics pouvaient faire preuve d’un peu plus de finesse d’analyse que leurs prédécesseurs – Frontières et A l’Intérieur –, via notamment l’habitante déjà zombifiée alors qu’elle est encore vivante) et des évènements parfois absurdes (pourquoi ce sacrifice final n’ayant d’autre utilité que de donner un joli massacre à la machette ? Pourquoi les zombies envahissent puis vident-ils les lieux alternativement sans aucune logique ?) pour jouir pleinement d’un casting solide (si l’on excepte deux persos masculins un peu falots en regard de l’intensité de jeu – parfois désordonnée il est vrai – d’une Claude Perron joliment aride et d’un Eriq Ebouaney étonnamment énervé : « Je suis un nigérien, moi ! Je suis un nigérien ! »).

Le gros soucis vient finalement de références foisonnantes mais pas toutes digérées, notamment dans le domaine du jeu vidéo : pour un très beau fight entre Claude Perron et une zomblarde qui prend la forme d’un combo de God of War (avec ralenti au coup de grâce !), ou l’arrivée très Resident Evil 4 de René (Yves Pignot, hilarant jusqu’à un point de rupture où son personnage finit par devenir pénible), il va falloir se farder une progression scénaristique reprenant malgré elle le principe de « checkpoint » dans les jeux sur consoles (une fois un objet trouvé ou un endroit précis traversé, une cutscene fait avancer le scénario de manière utilitaire et artificielle). Ce sera ici une explosion, un mort revenant à la vie pile au moment où l’on abat un personnage principal, la télévision qui décide de fonctionner enfin au moment le plus opportun pour faire avancer le schmilblick, ou encore la façade vitrée qui résiste vaillamment au flot de morts-vivants, jusqu’au passage par l’armurerie pour céder d’un coup au retour de ladite… Dommage. Surtout quand de telles références sont traitées chez d’autres avec une maestria incontestable, preuve que ce passage est possible (les films de Neveldine et Taylor, l’incroyable Crank 2 en tête). On déplorera enfin quelques promesses non tenues (il est où le zombie de Recoing ?) et un feeling général de récit à la fois trop et pas assez écrit.

Attention cependant : il sera pardonné beaucoup (enfin, selon l’humeur du moment ou le degré d’ouverture d’esprit du spectateur) à Dahan et Rocher, qui ne pèchent que par excès de générosité. C’est parce que le film avance bille en tête qu’il se prend régulièrement les pieds dans le tapis. Ses défauts sont même dans une certaine mesure ce qui le rend attachant, d’autant que c’est quasiment le premier film de genre français depuis Baby Blood à ne pas jouer la carte du sérieux à tout crin et à miser ouvertement sur l’aspect « film du samedi soir » (on passera sur Sheitan, qui semblait n’être réalisé qu’en direction des potes des réals). Sur ce point, la promesse tend à être tenue, certes à la manière d’un type réussissant à mettre le feu à la cuisine et à se couper un bras en vous faisant des cookies – et même si trop de badass tue le badass. Foutraque, brouillon, mais plaisant donc. Attendons maintenant les prochaines aventures de nos duettistes, en espérant que plus de subtilité y servira un propos restant quoi qu’il en soit humble et fort sympathique.

Pour un point de vue différent, lire ici la critique d’Alexis de Vanssay.


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