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Je vais bien, ne t’en fais pas

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Après un mois de vacances en Espagne, Lili, 19 ans, rentre chez ses parents, en banlieue parisienne. Ceux-ci sont venus la chercher à la gare routière. L´atmosphère est pesante ; la mère reste silencieuse, le père se montre gêné. Lili ne comprend pas. Elle apprend peu après que Loïc, son frère jumeau, a quitté la […]

Après un mois de vacances en Espagne, Lili, 19 ans, rentre chez ses parents, en banlieue parisienne. Ceux-ci sont venus la chercher à la gare routière. L´atmosphère est pesante ; la mère reste silencieuse, le père se montre gêné. Lili ne comprend pas. Elle apprend peu après que Loïc, son frère jumeau, a quitté la maison quelques jours plus tôt, à la suite d´une violente dispute avec son père (magnifique Kad Merad qui, habituellement comique, campe ici merveilleusement un père tendre, aimant, mais très maladroit).

Sans son frère, Lili se retrouve seule, perdue. Elle n´arrive plus à faire face. Loïc ne lui donnant aucune nouvelle, elle ne s´alimente plus. Au seuil de la mort, Lili rentre à l´hôpital. C´est alors qu´une lettre de son frère lui signifiant << Je vais bien ne t´en fais pas >>, première d´une longue série, lui parvient. Elle décide alors de partir à sa recherche, contre l´avis de son père. Mais elle est très loin d´imaginer ce qu´elle va découvrir…

A travers ce portrait d´une famille ordinaire secouée par la disparition de l´un d´entre eux, Philippe Lioret nous parle d´amour. De l´amour que porte une soeur à son jumeau, un père à sa fille, un homme (beau Julien Boisselier, sensible sans trop en faire) à une jeune femme en détresse. Il nous parle aussi du besoin qu´a Lili de reprendre sa vie en main, de se la réapproprier afin de pouvoir à nouveau avancer. Ce film, c´est aussi les enfants qui grandissent, ce regard qui change, ce passage parfois douloureux de l´adolescence à l´âge adulte. C´est tout cet amour qu´on voudrait dire, crier même, mais qu´on a finalement du mal à laisser transparaître.

Voici donc en définitive l´histoire d´une famille comme les autres ; face au véritable drame qui la secoue, chacun essaie de survivre à sa manière. Certains cherchent à savoir et à comprendre quand d´autres veulent protéger et se protéger.

Loïc a beau avoir disparu, il est présent dans chacune des images, en chacun des personnages. Son ombre plane sur tout le film. Et la superbe mise en scène fait que le spectateur sent Loïc tout près de lui, en appuyant sur les non-dits de tous ces personnages qui gravitent autour du disparu. Les sous-entendus laissent apparaître petit à petit la vérité, mais Philippe Lioret sait ne pas en abuser. Le spectateur se laisse alors porter à travers ce film pudique mais très fort.

Philippe Lioret nous livre donc un film aux dialogues fins, un film juste et subtil. Le très beau jeu des acteurs y est aussi pour beaucoup. Mélanie Laurent en jeune femme paumée et déboussolée, Kad Merad en père dur en apparence mais tendre à l´intérieur, et Julien Boisselier en ami sincère et plus si affinités, composent des personnages attachants. On est surtout subjugué par une Mélanie Laurent sublime, bouleversante, remplie d´émotions et sachant les transmettre au spectateur.

Un beau film auquel on croit.

Titre original : Je vais bien, ne t'en fais pas

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Durée : 100 mn


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