Select Page

Into the Woods, Promenons-nous dans les bois

Article écrit par

Un film musical plutôt surprenant, gentillet à défaut d´être vraiment décalé et corrosif. Casting au top, mais la magie n´opère pas.

Adaptation de la comédie musicale éponyme qui a enflammé Broadway il y a quelques années déjà, Into the woods est un joli entrelacement des contes parmi les plus mémorables qui ont bercé notre enfance : Cendrillon, Le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique et autre Raiponce.
 
Evacuons d’emblée l’évidence première : il s’agit bien d’un film musical. Ca chante à tout bout de champ, quelle que soit la situation, quelle que soit la transition, quelque soit le personnage. Et ça chante plutôt bien. Les personnages sont sympathiques (mis en valeur par un casting ébouriffant), et les décors, ultra typés, plutôt sympas à voir. Le film a reçu un bon accueil aux Etats Unis, et il n’y a rien de vraiment factuel pour dire qu’est c’est immérité.

Simplement, on se demande si de l’autre côté de l’Atlantique, la perception du public sera la même. Là où la culture des comédies musicales « à la Broadway » est inexistante ou presque. Là où l’adaptation musicale et américaine des Misérables (2013), fleuron de la culture nationale, a reçu un accueil mitigé – doux euphémisme. Là où la comédie musicale est associée dans la culture populaire (à tort ou à raison, on ne sait pas…) à des films aux acceptions auteurisantes, des Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964) à Pas sur la bouche (Alain Resnais, 2003) en passant par Huit Femmes (François Ozon, 2002) ou autres Les chansons d’amour (Christophe Honoré, 2007). Ah, la bien belle opposition, on ne peut plus caricaturale : d’un côté la comédie simple et légère, intellectualisante à souhait ; de l’autre, le rouleau compresseur grandiloquent aux allures de machine à cash.

Quoi qu’il en soit, le choix de Disney est surprenant. Gonflé. Peut-être raté, on ne saurait pas vraiment juger. Les grandes animations de Disney ont pour point commun d’être universelles et familiales. Into the Woods, lui, s’adresse clairement à un public plus adulte, et ancre son enchantement dans la culture anglo-saxonne des grands shows musicaux. Au-delà de l’aspect musical, il n’y a malheureusement pas grand-chose. Peut-être quelques scènes réjouissantes où le film se permet de réinventer le monde merveilleux des contes de fées, à force de second degré virant à la noirceur (les princes ne sont pas si merveilleux, les héroïnes pas si candides). La structure narrative avait en effet de quoi laisser espérer de bien belles réjouissances. Après le happy end, changement complet de ton. Le huis clos s’installe, le thriller met à mal tout le merveilleux des contes de fées. Mais le mal était déjà fait, sans adhésion à la première partie, difficile de s’enflammer pour la seconde. Les enchaînements manquent de fluidité, les personnages finissent par lasser, les sourires laissent leur place au soupir. C’est long… Ca manque de magie… Ce n’est même pas drôle…

 

 

Into the Woods
prend donc un risque qu’on pourra a minima saluer – celui de passer pour un film assez vide, inégal, faussement ironique, maladroitement provocateur. Le film rencontrera-t-il son public en France ? Réponse incertaine… On pourra toujours en rester à nos certitudes, et revoir, pour se consoler, les nombreux chefs-d’œuvre que Disney aura offerts aux plus petits… et aux plus grands aussi.

Titre original : Into the Woods

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 124 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Perdrix

Perdrix

Une merveille romantico-burlesque, par un vrai talent en devenir de la comédie française stylisée. Un film que nous avons découvert à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes 2019.

Miss Oyu

Miss Oyu

« Miss O-Yû » est un mélo sublime mais improbable où la relation amoureuse est suspendue à un code marital d’airain d’une autre époque. Son personnage éponyme est une créature onirique, désincarnée, une femme-fantôme vénéneuse et à la fatalité destructrice comme une sorcière jetant ses sortilèges. Mizoguchi recrée l’Eurydice du mythe d’Orphée. Suavement ensorcelant en version restaurée.

La Rue de la honte

La Rue de la honte

Film choral, « la rue de la honte » lève un voile cynique sur les rapports sociaux entre ces travailleuses du sexe formant une micro-société qui serait la métastase d’une société nippone gangrenée par la misère de l’après-guerre préludant à sa reconstruction. Une œuvre testamentaire corrosive et virulente en version restaurée.