Avant d’aborder votre actualité (le dixième anniversaire) , pouvez-vous revenir sur la raison d’être, l’ADN de la plateforme : « Le réel qui nous lie » ?
L’ADN de la plateforme et de la coopérative est de soutenir à la fois la diffusion et la production du film documentaire dans sa diversité, de thématiques, de formes, de durées. Nous avons été créé par la filière documentaire, on appartient aujourd’hui à six cent coopérateurs qui sont divers et variés : des abonnés, des producteurs, des collectivités locales. On continue à poursuivre notre objectif : défendre et mettre en avant un cinéma qui était de moins en moins visible chez les diffuseurs. Aujourd’hui cette bataille est encore plus importante dans le monde actuel où les images occupent de plus en plus d’importance dans le quotidien. La question du cinéma du Réel est cruciale dans un temps où la nuance est souvent absente dans les messages véhiculées que ce soit par les chaînes d’information en continue ou par les réseaux sociaux. Le trop plein d’images sature notre regard sans nous apporter une vraie compréhension de la complexité du réel, de la nuance, de l’humanité des situations. Notre plateforme, au travers des 3000 films que nous avons diffusés en dix ans et ceux qui vont suivre, se veut une forme de synthèse de cette complexité. Défendre la liberté des récits. Défendre un cinéma engagé, de résistance.
La plateforme n’a cessé de s’enrichir, de gagner en importance durant ces dix ans. Au niveau du public, augmentation des abonnées et aussi au niveau des institutions, en 2026 TËNK fait partie des ressources sélectionnées par le ministère de la Culture et le ministère de l’éducation nationale. Quelles sont les clés de cette réussite ?
Cela fait déjà longtemps que la plateforme est soutenue et reconnue au niveau des institutions publiques françaises et européennes. Ainsi, le financement public représente 25 % de notre budget (aides du C.N.C et de l’Europe). On est écouté et reconnu comme un endroit important voire même clé de la compréhension du monde, de l’éducation aux images, même si nous ne sommes pas un média. Vous évoquez le fait que TËNK soit à présent sélectionné. Effectivement, cela rentre en vigueur aujourd’hui. Pour que les 78 000 enseignants investis dans le dispositif Ma classe au cinéma puissent bénéficier de l’accès à la plateforme comme ressource. Cette offre collective est développée par ailleurs depuis longtemps, à la fin 2025 on a déjà dépassé les 100 000 personnes qui peuvent accéder à la plateforme de façon subventionnée : des collectivités locales, des universités, la fédération des centres sociaux… On a beaucoup de structures qui prennent TËNK pour leurs adhérents, pour leurs salariés, ex : depuis le début janvier, la ville de Marseille a pris la ressource pour ses administrés par le canal des médiathèques. Fin 2026, on espère atteindre les 200 000 personnes concernées sur notre territoire national. Nous sommes une forme de service public hybride.
Dix ans d’existence, pour fêter cet date qui est plus que symbolique, la plateforme a depuis le 18 février mis en place à la fois des programmations spéciales sur le site mais aussi des rencontres en salle dans cinq villes. Pouvez-vous nous présenter ces deux volets des festivités ?
Effectivement pour les dix ans on a préparé cinq évènements dans différentes villes, où il y a une présence importante de nos abonnés. Marseille, Rennes, Montreuil, Lussas (où est née et réside notre structure), Bruxelles. Cet anniversaire est une sorte d’étape pour regarder dans le rétroviseur et se projeter dans la suite de notre histoire. Chaque événement est structuré autour d’une programmation en résonance avec un évènement public dans les villes citées : on a commencé à Marseille avec l’écologie, puis ça sera Rennes le 19 juin (pour les luttes sociales, notamment sur une thématique intitulée Joie militante), puis Lussas au moment du festival des états généraux du documentaire, le 18 août, autour d’une thématique Amitiés puissantes. On part à Bruxelles début octobre, sur une thématique autour de l’égalité des genres. Et, le 27 novembre à Montreuil, la thématique sera le cinéma décolonial, dans le cadre des rencontres documentaires organisées par Périphérie. A chaque fois, il y aura une programmation sur TËNK en correspondance avec ces rencontres.
La façon de voir des films a évolué depuis dix ans, votre mode de diffusion s’adapte.
Oui, tout à fait jusqu’en 2023 nous étions uniquement accessible sur un site internet. Depuis on a accès à la plateforme depuis des applications TV pour les télés connectés, Android et Apple. Depuis l’an dernier via des applications mobiles, et dans quelques temps depuis les téléviseurs Samsung et LG. Certaines Box télé permettent également l’accès. Toutes ces évolutions sont absolument nécessaires. Dans la question des supports de diffusion, initialement le projet TËNK était pensé comme étant une chaîne de télévision à part entière, on prépare notre média qui sera présent uniquement sur Samsung télé. Ça sera une adaptation de la plateforme, avec seulement certains contenus, le but étant de nous faire découvrir par les téléspectateurs qui se balades sur leurs écrans.
Quelles sont vos perspectives pour les dix prochaines années ?
Même si les audiences des chaînes baissent, elles restent encore importantes. On peut envisager de mettre en place notre propre chaîne télé sur la TNT. Car l’idée est de rencontrer les publics dans les différents endroits où ils se trouvent.
Est-ce que vous envisagez de vous associer avec d’autres plateformes, d’autres supports de diffusion ?
Oui, il y a un projet sui vient de naître, porté par V.O.D. Factory. Une entreprise qui est à la fois le prestataire de certains éditeurs et son propre éditeur. Il sont entrain de monter des Bundles, au lieu de s’abonner pour une seule plateforme on accède à plusieurs en même temps : TËNK, la Cinetek. C’est un principe de réduction tarifaire. Par ailleurs on a beaucoup de liens forts avec des petits éditeurs de streaming, on vient de créer une association avec Cinetek, Benshi,V.O.D. Factory… Le but étant de faire entendre nos particularités cinéphiles au niveau des institutions. A partir de l’année prochaine on espère lancer des appels à projets pour soutenir des films en production, notamment avec les plateformes européennes, un peu dans l’esprit de l’internationalisation de la diffusion.
Par ailleurs, pour communiquer auprès des différents publics, on élabore des contenus diffusés sur des supportstel que Youtube. On y a lancé notre premier programme intitulé l’édito du mois TËNK. Tous les mois, il y aura une vidéo de 15 à 20 minutes qui évoque nos nouveautés, avec un propos éditorial réel. Ce n’est pas une simple promotion, on établit des liens entre nos programmes, avec des visages, une incarnation, des visages, de l’humour, un peu à la Blast. On tente des choses nouvelles pour trouver nos publics.
Entretien réalisé par téléphone le mercredi 1 avril 2026. Merci à Mohamed Sifaoui pour sa disponibilité. Ainsi qu’à Thomas et Audrey de l’agence Valeur absolue pour l’organisation de cette rencontre.





