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Human Zoo

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Rie Rasmussen nous livre un premier long métrage prometteur, humaniste et courageux. Des mémoires de guerre de cette jeune femme albano-serbe aux promesses d’avenir d’un présent marseillais! Que la vie est belle, dans ses plus terribles paradoxes…

Adria (Rie Rasmussen) est une femme moderne. Déterminée et indépendante. Forte et fragile. Dans Human Zoo, le personnage principal incarné par la réalisatrice est à lui seul le symbole d’une génération qui a vécu au milieu des horreurs de la guerre. Albano-serbe, elle lutte contre un système qui a créé des règles cruelles et violentes. Ce ne sont pas les siennes, et pourtant elle fera en sorte de s’ adapter avec intelligence à ce monde hostile. L’histoire se déroule en deux lieux, en deux époques. La structure temporelle explose, mais une astuce esthétique (rappelant parfois les meilleurs moments du cinéma expressionniste allemand) permet la compréhension des deux univers. Le Kosovo se teinte de lueurs bleutées, envoûtantes et inquiétantes. Le passé ressurgit dans toute sa froideur, alors que le présent marseillais se pare des douceurs du soleil. Du jaune chaud et rassurant, caressant les corps avec bienveillance. Le renouveau d’une vie qu’Adria croyait perdue à jamais. Cette dualité temporelle en appelle une autre. Dans chacun de ces univers la jeune femme est en duo avec un représentant de la gente masculine.

     

Sdrjan (Nikola Djuricko), le serbe, est l’homme animal, la relation passionnée et irraisonnable par excellence. Fantasme absolu du bad boy qui excite autant qu’il angoisse, dans une forme d’attirance / répulsion digne de la définition première du terme « méduser ». Sauveur et initiateur, dangereux et imprévisible, il sera pour Adria un guide dans ce zoo humain. Shawn (Nick Corey), l’américain, représente le compromis affectif de la nouvelle vie. Son attitude chaleureuse et tendre en fait un amant doux et sensuel, qui se joue des espaces de la ville comme des courbes de sa partenaire. L’équilibre amoureux est certes instable, mais au moins l’espoir est à nouveau permis, et les projets d’avenir aussi.

     

Pour son premier long-métrage en tant que scénariste et réalisatrice, Rie Rasmussen multiplie les audaces avec une facilité assez déconcertante. Cette artiste, qui s’illustre aussi par ses talents de dessinatrice et de photographe (pour preuve son recueil « Grafiske Historier », paru sous le pseudonyme de Lilly Dillon), a un sens très aigu de la composition de plan. Une construction méticuleuse qui n’est pas sans rappeler le cinéma hollywoodien des années cinquante. Techniquement, certaines séquences frisent la perfection. Une caméra placée à un endroit inattendu lors d’une scène mémorable dans un salon de bronzage ; des images qui se chassent dans un ballet vertical. Un cinéma innovant qui n’abuse pourtant pas des figures de style, dosées avec parcimonie et habileté.

     

Une œuvre plus humaniste que féministe, dénonçant avec tact les multiples frontières : celles créées par les guerres, sur les terres de nos ancêtres; celles aussi que l’être humain érige dans son corps et dans son psychisme. Human Zoo est un film ambitieux, fait avec passion par Rie Rasmussen. Adria n’est pas elle, mais un savant mélange de certaines personnalités que la réalisatrice a croisées sur sa route. Si la violence de quelques scènes peut paraître insupportable à certains regards, l’essentiel du film ne demeure néanmoins pas dans de petites effusions d’hémoglobine. Le propos est au-delà de ça, car si violence il y a, elle n’est que légitimée dans la narration par le sujet lui-même. Ce qui reste en mémoire ce n’est pas cela. Ce qui demeure à l’esprit, ce sont les qualités esthétiques et techniques de cette première œuvre. Un long-métrage qui reste au cœur comme un bon film en noir et blanc… et si ça ce n’est pas un compliment !

Titre original : Human Zoo

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Durée : 110 mn


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