Select Page

Festival Paris Cinema : Master class de Michael Lonsdale

Article écrit par

A l’occasion de la Master Class que lui a réservé cette année Paris Cinéma, retour sur le riche parcours de Michael Lonsdale.

Le Festival Paris Cinema a voulu rendre hommage cette année à l’un des parcours les plus atypiques du cinéma français. De Spielberg à Mocky, de Molinaro à Costa Gravras, Michael Lonsdale endosse magistralement toute sorte de costume, lui permettant de pouvoir fanfaronner d’avoir au sein de sa filmographie de grands films tels que Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois ou India Song de Marguerite Duras, des œuvres aussi singulières et kitschs que Moonraker et Hibernatus.

Michael Lonsdale est un acteur simple ou simplement un acteur. Aucune envie de réaliser un film sur sa mère (avec son père) ou de pousser la chansonnette avec des guitaristes chevelus à lunettes géantes et stylées. Il fait juste son métier, certes avec passion, mais avec surtout beaucoup d’amusement. Lors de la rencontre organisée par le festival, après la projection d’Une sale histoire de Jean Eustache* (1977), c’est la première chose qu’il nous fait remarquer. La comédie est avant tout un jeu (comme on l’oublie un peu trop souvent).

Passé devant la caméra des réalisateurs des plus avant-gardistes, Lonsdale clarifie tout de suite les choses devant les étudiants en cinéma torturés venus en masse : il n’analyse pas et ne veut en aucun cérébraliser son métier, quitte à « faire des choses incompréhensibles » devant la caméra. C’est guidé par sa curiosité et son extrême propension à se jeter à l’eau facilement qu’il réussit à traverser les différents horizons cinématographiques sans jamais s’y perdre.

Pendant plus d’une heure, Lonsdale nous explique les étapes de sa carrière qui le mèneront vers la maitrise de son métier d’acteur, qu’il préfère renommer « représentant en sentiments ». Devant les extraits de films présentés, lorsqu’on lui tresse des louanges ou le questionne sur sa technique, il choisit de nous offrir des anecdotes incroyables sur leur fabrication. Marguerite Duras, stressant durant des heures car elle ne savait pas où mettre la caméra (« Oh ben, met la ici… » lui aura-t-il finalement suggéré) ou fascinée par un long miroir qu’elle veut placer dans toutes les séquences de son film, une James Bond Girl qui veut apporter de la consistance à son personnage (« Euh…non, tu n’es pas là pour ça » lui dira le réalisateur en regardant ses jambes), la scène magique où Frère Luc parle d’amour (« Michael, ça te dit de faire une scène sur l’amour. T’as des trucs à dire ? Oh, ben, oui, pourquoi pas. », répond-il à Xavier Beauvois) : l’acteur nous ouvre les portes d’un cinéma en l’apparence improvisé et porté par la grâce.

Cette master-class ne portait finalement pas sur sa technique ou ses analyses mais sur son comportement et son ironie douce. En l’observant, il nous a appris qu’un acteur devait nourrir ses rôles plutôt que l’inverse, qu’il ne devait pas oublier le caractère ludique et insaisissable de sa profession, mais ne pas pour autant avancer sans raison. Michel Lonsdale en a une : il souhaite toujours « faire des choses qui n’ont jamais été faites ». Alors nous attendons patiemment la suite de ses aventures…

* Film à (re-)voir absolument pour constater la subtile brillance du jeu de Michael Lonsdale.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Outrage

Outrage

Les six films d’auteur réalisés par Ida Lupino entre 1949 et 1966 traduisent l’état de « victimisation » dans lequel est maintenue
la femme américaine face aux défis de la reconstruction sociale de l’après-guerre. « Outrage » formalise, à travers l’esthétique du film noir, le trauma existentiel d’une jeune fille sauvagement violée. Poignant en version restaurée.