Far North

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Belle réflexion sur un monde austère et intense, le nôtre ?

Où nous entraînent le réalisateur de The Warrior et son coscénariste, après le désert indien de leur premier film ? On a froid dans le dos rien qu’en entrant dans la salle car le dossier de presse est en effet glacé, de papier et d’étendue réfrigérante. On se dit in petto qu’on ne va pas rigoler, c’est froid, c’est lugubre, une tragédie se prépare rien qu’à regarder ces deux femmes et cet homme en train de pêcher dans une étendue glacée.

En effet, nous sommes au milieu de nulle part, au fin fond de l’Arctique, sans doute ces terres russes éloignées au nord du Nord de la Sibérie. Un pays de neige que des soldats russes tentent de récupérer, sans doute au début du XXe siècle bien que nous n’en ayons pas la certitude, par la haine et la mort au bout du fusil, massacrant tous les autochtones qu’ils rencontrent. Deux femmes, la mère et sa fille adoptive, vivent là dans un tente faite de peaux de bêtes sauvages, avec leurs chiens de traîneau, vivant durement de pêche et de chasse, sans cesse aux aguets pour échapper à leurs persécuteurs. Le film débute d’ailleurs par une image insupportable, celle de la mise à mort de l’un de leurs chiens pour échapper à la famine dans ce désert glacé. Prolepse d’un découpage que l’on verra se réaliser vers la fin du film et dont on ne dira rien parce qu’il fait tout le sel inattendu de ce conte cruel. Ces deux femmes vivent très proches l’une de l’autre, lorsque survient un homme qu’elles découvrent, blessé, sur la banquise. La jalousie et la rivalité feront le reste.

 
     

Il est vrai que le film est bancal, mais il ne manque par contre pas d’intérêt. Les comédiens sont remarquables, même si le fait d’avoir choisi de les faire parler en anglais ôte un peu de crédibilité à la situation. Une situation vraiment très dramatique, pour ne pas dire mélodramatique, mêlant l’amour maternel, la guerre, la violence, la jalousie comme dans un conte japonais, puisque l’auteur du film se dit fasciné par le cinéma de Mizoguchi. Sans doute en raison du beau visage de Michelle Yeoh, on pourrait presque se croire dans Les contes de la lune vague après la pluie, mais il n’en est rien. Une esthétique un peu surchargée, mais surtout une situation assez abracadabrantesque qui en a fait rire plus d’un dans la salle, et justement aux moments où il ne fallait surtout pas rire. Est-ce à dire que le film est raté ? Nous ne pouvons pas aller jusqu’à l’affirmer, mais ces situations extrêmes qui pourraient presque servir d’antidote à notre satanée civilisation recherchant à tout prix l’éternelle jeunesse jouent souvent sur un fil et, nous le savons, il suffit souvent d’un rien pour que le drame bascule dans le ridicule.

Certains spectateurs semblèrent le ressentir ainsi, mais ce n’est pas mon cas. Ce film laisse toutefois, et pendant quelques heures après l’avoir vu, un sentiment ambigu, un goût amer, et brise notre insouciance de nantis qui vivent au chaud sur l’asphalte et qui n’ont pas trop à se battre avec la glace et le froid pour trouver leur subsistance, pour survivre enfin avec leurs espoirs et leurs chagrins d’amour. Ce drame brûlant ne vous laissera sans doute pas de glace, car il y a toujours un feu qui se consume sous cette étrange carapace : yin et yang, amour et damnation. Belle réflexion sur un monde austère et intense, le nôtre ?

Titre original : Far North

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Durée : 89 mn


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