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DVD « Yo también »

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Être exclu de sensualité et de sexualité est difficile, handicapé ou non. « Yo también » brosse brillamment le portrait de Daniel, trisomique, le bonus poursuit non moins brillamment cette réflexion avec la sexo-pédagogue Christine Agthe Diserens.

Soyons honnête, un film dont le personnage principal est atteint d’un handicap lourd, de trisomie 21 en l’occurrence, n’est jamais vendeur pour parler crûment. Le Huitième Jour, du belge Jaco van Dormael avait globalement ému à sa sortie en 1995 mais l’engouement du public pour ce type de film reste rare. Au-delà du sujet qui est délicat à mettre en scène, un long métrage s’attachant au handicap au sens large, à la différence donc, prend le risque de tomber dans le pathos – ce qui avait partiellement été reproché au Huitième Jour – d’où la méfiance des uns et des autres à la venue d’un nouveau film sur ce sujet.

Mais ce n’est pas le cas de Yo también d’Álvaro Pastor et Antonio Naharro, qui d’ailleurs n’aborde pas le handicap de manière globale, mais se focalise sur le droit à l’affection et à la sexualité des personnes handicapées. Si certains lui reprochaient, par exemple, de mettre en scène « une sorte de surdoué, diplômé, spirituel, cultivé, pour rendre la relation [entre Daniel et Laura] acceptable ? » (Cécile Mury, Télérama), le discours de la sexo-pédagogue spécialisée Catherine Agthe Diserens, bonus de cette version DVD, indique le contraire. L’avis de la spécialiste, présidente de l’association suisse "Sexualité et handicaps pluriels" tend à confirmer la normalité du personnage principal, handicapé, même s’il reste surdoué par rapport à d’autres personnes trisomiques. Les situations et relations évoquées dans le film correspondent, selon elle, à la réalité des handicapés : « Ce film est réellement une illustration extraordinaire à la fois des besoins affectifs et sexuels des personnes handicapées et du rôle de la société, des proches à cet égard. C’est un outil de formation, un outil de conscientisation. »

Ce DVD permet, bien sûr, de se replonger dans cette fiction, dans cette histoire d’amitié particulière entre une paumée et un trisomique, mais prolonge surtout la réflexion entamée avec l’intervention de la sexo pédagogue. Si cette réflexion porte évidemment sur les relations sentimentales et sexuelles des personnes handicapées – Daniel dira d’ailleurs au début du film en portant un toast à son nouveau travail qu’il ne lui reste plus : « qu’à se marier » désormais – elle nous questionne aussi, nous, la société environnante, et notre manière de réagir face aux besoins affectifs et sexuels de ces personnes « différentes ». Catherine Agthe Diserens dit ainsi que « les professionnels médicaux et de soin redoutent la relation affective des personnes ayant un handicap mental. » Elle ajoute qu’en limitant les relations affectives des personnes handicapées avec « une distance thérapeutique », qui ne leur permet pas de tomber amoureux ou de développer une relation sentimentale, il s’agit certainement de « se protéger nous-mêmes d’abord » ? A ce titre, le film fait figure d’éducation pour tous. Nous ne sommes plus dans le cadre de la fiction. La scène de jeux à la mer entre Laura et Daniel est en effet qualifiée de « juste proximité » par la sexo pédagogue, soit le « juste » comportement à adopter dans la vie réelle. Plus vrai que nature.

Si un film reste une histoire, elle est toujours inspirée de faits réels. Yo también, filmé de façon quasi-documentaire, le rappelle tant dans le sujet traité que dans la mise en scène. L’intervention spécialisée de Catherine Agthe Diserens permet non pas d’approfondir la réflexion sur les handicapés dans la société mais de l’élargir à ce qui caractérise leur quotidien et fait débat. Pour que ce film ne soit pas qu’un « film sur un handicapé », mais bien « un outil de conscientisation », comme elle le qualifie elle-même.


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