DVD « Rome plutôt que vous »

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Premier long métrage de Tariq Teguia (avant le déjà culte « Inland », sorti l’an dernier), « Rome plutôt que vous » est enfin disponible en DVD, donnant l’occasion de confirmer encore sa singularité… mais aussi sa parfois problématique fidélité à une vision du cinéma loin d’être inédite.

Suivant Zina et Kamel, un couple de jeunes algérois, dans leur traversée d’un paysage encore marqué par les ravages de la guerre, Tariq Teguia opte dès l’entame pour la durée, le plan fixe (souvent séquence), la captation transparente d’un certain état des corps et des lieux ayant fait les grandes heures du très fameux « cinéma moderne » (d’Ackerman à Hou Hsiao Hsien). À ce choix du pur enregistrement s’associe pourtant une très notable volonté d’excéder cette nudité par le biais d’une « signature », une parfois trop manifeste conscience du cinéaste de ses effets, altérant légèrement l’appréciation globale du film même. Rome plutôt que vous (beau titre, bien sûr trompe-l’œil) séduit alors autant qu’il irrite, fascine par l’assurance de ses choix esthétiques tout en peinant à tirer bénéfice de tous ses paris.

La force du film, ce qui lui confère une grâce durable, se situerait sans doute au niveau de l’intelligence avec laquelle Teguia allie une pure aspiration formaliste – voire une certaine abstraction arty – au caractère « réaliste » du vécu d’une poignée de personnages. Comme une nouvelle preuve de la possible consanguinité entre installation d’art contemporain et saisie – faussement – neutre du réel, propre au genre désormais bien majeur du documentaire. Ainsi y a-t-il plus d’une occasion d’ivresse face aux images constituant l’ensemble de ce Rome plutôt que vous. Ivresse propre à ce film seul, c’est certain, mais ne suffisant pourtant à modérer jusqu’au bout un léger soupçon, un menu scepticisme.

                                                                                                     

En effet, au fur et à mesure que le film et son auteur acquièrent de plan en plan, de séquence en séquence le certificat d’une louable fidélité à un âge bien connu de l’esthétique ciné, s’installe comme une monotonie, une assez prévisible lassitude. Que la transcendance ne soit pas à l’ordre du jour, admettons : Rome plutôt que vous ne se veut a priori prometteur d’aucun mysticisme. Reste que cette conformité aux « règles » plus ou moins identifiables du cinéma moderne n’apporte de loin en loin pas davantage que son seul constat.

Rome plutôt que vous, l’œuvre encore à naître (mais déjà très identifiable) de Tariq Teguia seraient donc à évaluer à la lumière de leur filiation. Parti pris critique discutable, certes – surtout après la découverte fascinée d’Inland –, mais réactualisant peut-être la question de la réelle autonomie artistique de ce nouveau cinéma de l’errance, la vacance, la fiction minimaliste, dont Albert Serra ou Jaime Rosales seraient les autres stars. Assurément, se posera de plus en plus à nous, à l’heure de définir ces films d’aujourd’hui en regard de quelques films-pères, la question d’un nouvel âge encore sans nom : « néo-modernisme » 2000 ? « maniérisme » a minima ? À vous et nous de jouer, camarades !

Bonus : Pas de bonus, mais une présentation d’ensemble très soignée, comme toujours chez Shellac.

DVD édité chez Shellac Sud. Dans les bacs depuis le 22 février 2010.

Titre original : Roma wa la n'touma

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Durée : 111 mn


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