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Des temps et des vents

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Portrait lucide et poignant d´enfants qui vivent dans un village replié sur lui-même, « Des temps et des vents » est un film maîtrisé de bout en bout. Son épure formelle sert un propos puissant, au souffle libertaire et mystique, représentation en creux de la Turquie d´aujourd´hui.

Des temps et des vents est le quatrième long-métrage d’un jeune auteur turc encore inconnu en France, couronné en son pays par le Grand Prix du jury au Festival du film d’Istanbul. Reha Erdem est né à Istanbul en 1960 et formé au cinéma à Paris ; il se rattache à une même génération de cinéastes dont les œuvres poussent le cinéma turc vers une maturité d’écriture et de forme réjouissante, tels Nuri Bilge Ceylan (le plus connu) et Fatih Akin (qui travaille entre Turquie et Allemagne), déjà repérés au festival de Cannes. Comme eux, ce nouveau venu questionne l’âme de son pays qui balance entre une tradition religieuse tenace et un besoin vital de liberté.

Erdem choisit de parler d’un petit village de montagne où vivent trois enfants d’une douzaine d’années ; il regarde à travers leurs yeux le monde des adultes qui les entourent et dans lequel ils tentent de trouver leur place. La grande réussite du film tient dans le fait qu’il parvient à développer son propre rythme – sa propre respiration – et le langage cinématographique qui va avec, créant une atmosphère bien particulière.

Dans ce village, la vie a un rythme cyclique calqué sur les saisons, les naissances et les morts, et sur la course immuable de la terre, du soleil et de la lune. Mais elle est avant tout rythmée par les appels à la prière, rituel lancé du haut du minaret. Celui-ci se dresse au milieu du village, couteau d’argent qui coupe le jour en cinq temps et les âmes en autant d’états. Le titre original du film est d’ailleurs une locution de temps qui signifie « cinq fois », soit le nombre des parties qui constituent le film, moments de la journée qui commencent tous par un appel à la prière.

Des temps et des vents est un film en suspens, qui flotte tel le village où se déroule l’action, suspendu entre la montagne et la mer, entre ciel et terre. La caméra enregistre au plus près les mouvements des cœurs et des esprits des jeunes villageois : tantôt flottante, à la hauteur des personnages, accrochée à leur dos alors qu’ils arpentent les chemins sinueux ou rasent les murs en pierre des maisons ; tantôt panoramique, captant les événements dans des travellings tournant à 360 degrés, miroirs qui jamais ne jugent ce qu’ils reflètent.

C’est que, dans ce quotidien à l’apparente simplicité, le drame gronde, sourdement. Il est annoncé par le vent qui fait bruisser les feuilles des arbres – la première image du film, qui introduit le fantastique travail sur le son, tout de présence subtile et révélatrice. Dès lors, entre sensorialité et sécheresse, le film accompagne des hommes qui vivent du mieux qu’ils peuvent dans un cadre à la fraîcheur innocente, quoique sauvage. Ce microcosme humain est fait de souffrance et d’incompréhension et, face au temps qui passe, de la peur et la douleur de grandir, mûrir, vieillir. Erdem s’arrête judicieusement sur le sort de trois jeunes enfants, eux qui sont à la lisière du monde de la nature, indomptable et palpitant, et de celui des adultes, précisément dompté, maîtrisé jusqu’à en être injuste. Le conflit de générations est terrible, entre des parents qui incarnent, pantins pathétiques malgré eux, la loi du clan et perpétuent ainsi les rôles de chacun dans un déterminisme tyrannique et absurde (le fils incapable, le petit frère préféré, la fille vouée aux tâches ménagères) ; et des enfants qui cherchent un espace de liberté (images touchantes de jeux enfantins, de cigarettes fumées à l’ombre des oliviers) et qui réussissent avant tout à se réfugier dans le fantasme (ainsi des deux garçons, l’un qui échafaude des plans pour tuer son père détesté, l’autre qui voue une admiration ambiguë à la maîtresse d’école).

Le réalisateur évite les pièges d’un sujet déjà maintes fois traité. Il le transcende en lui donnant une tournure mystique, particulièrement dans une série d’incises, images troublantes des enfants étendus par terre, dans un champ, sur des cailloux, dans des feuilles mortes ou des fleurs écloses et dont on ne sait s’ils sont morts ou simplement endormis. Un élément de réponse affleure dans la chanson qu’entonne un des enfants, cri déchirant le silence des montagnes qui enjoint ses semblables de se réveiller du sommeil dans lequel ils sont plongés, et de vivre.

Mais l’exploration de cette chaotique naissance laisse sa place à l’espoir : le film se clôt sur l’aube, qui coïncide justement avec la mort de l’imam ; se profilent alors la fin d’un monde archaïque et la promesse, suspendue dans les airs, d’un nouveau jour où enfin les parents sauront aimer leurs enfants.

Titre original : Des temps et des vents

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Durée : 105 mn


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