Crimes à Oxford (Oxford Murders)

Article écrit par

Mais qu´attendre du réalisateur qui commit il y a peu le triste Crime farpait, pastiche frêle du déjà faisandé Almodovar, signe que le cinéma espagnol n´est pas en meilleure forme que le français ?

Entre Cluedo (Marque déposée), Agatha Christie et un zeste de Da Vinci Code pour le côté pseudo scientifico-ésotérique très à la mode du côté de ce qui nous reste de new-age, Alex de La Iglesia s’échine à nous inquiéter. Mais nous, finalement, au milieu de ce décor réel oxfordien et gothique qui nous fait vaguement penser au Nom de la Rose on s’ennuie un peu. Alex de La Iglesia le reconnaît lui-même, le décor joue un grand rôle et est censé donner le ton au film : « L’architecture de la ville d’Oxford, lit-on dans cet extrait du dossier de presse, est trop parfaite en apparence. Au fond, il y a des fissures, des gerçures, des craquelures, des rancœurs, de la haine, de la rage, des peurs, de l’insécurité, un désir de vengeance. » Et nous, on a un peu envie de crier : « N’en jetez plus, la cour est pleine ! »

Pleine, comme le film, de trop de choses, de trop de références, à Hitchcock notamment, aux mathématiques avec résolution en direct dans un amphi bondé du nombre de Fermat, célèbre mathématicien français du XVIIe siècle, que peu de spectateurs connaissent et qui se demanderont longtemps comment les maths peuvent aider à arrêter un killer, qu’il soit serial ou pas. D’ailleurs, l’affiche si elle ressemble au dossier de presse, ne manquera pas de vous montrer subliminalement un tableau noir avec dessus des équations, dont celle-ci qui ferait dresser les cheveux sur la tête d’un futur prix Nobel : [logique² + (mystère)] / Amour = assassin

Comprenne qui pourra ! Emmené par des acteurs dont on ne peut pas dire qu’ils soient mauvais, surtout Elijah Wood qui, sans doute à cause de ses précédents et de son regard bleu pâle, n’arrivera jamais à sortir de ce genre de rôle, et John Hurt toujours impeccable en professeur savant fou, le film nous laisse quand même sur notre faim. Et j’aimerais bien qu’on m’explique un tantinet l’intrigue qui, au moment où on la croit résolue, rebondit pour mieux s’obscurcir, ou alors me suis-je endormi, la science et les mathématiques surtout agissant sur moi comme un baume apaisant qui me plonge dans une béatitude proche du sommeil réparateur. Mais qu’attendre du réalisateur qui commit il y a peu le triste Crime farpait, pastiche frêle du déjà faisandé Almodovar, signe que le cinéma espagnol n’est pas en meilleure forme que le français ?

En plus, en feuilletant le dossier de presse, je me suis aperçu que je n’étais pas anormal. En fait, pendant une heure et quarante minutes, Alex de La Iglesia tente de nous apprendre que le jeu de l’enquête policière est semé de chausse-trappes (tiens comment ça s’écrit ça ? mon correcteur n’a pas frémi, c’est bien !) et qu’on ne connaît jamais la vérité. Ah bon ? Il l’écrit d’ailleurs lui-même dans sa note d’intention : « En fait, découvrir le meurtrier paraît totalement impossible si on ne répond pas d’abord à une question fondamentale : est-il possible de connaître la Vérité ? Peut-on tirer une certitude absolue de ce qui nous entoure ? » En tout cas, moi j’en ai une de certitude : la vision de ce film n’est pas indispensable. Entraînez plutôt votre mental en résolvant les suites logiques proposées dans le dossier de presse :

1 – 3 – 7 – 15 – 31 – ?
7 – 8 – 10 – 13 – 17 – ?
8 – 2 – 6 – 4 – 7 – 3 – 5 – ?
3 – 4 – 4 – 7 – 4 – 1 – 2 –2 – ?

Titre original : Oxford Murders

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 100 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.