Contes de l’âge d’or – 2e partie

Article écrit par

Les histoires d´amour finissent mal… au contact de l´argent sale. Au menu : un miraculeux dindon érudit farci au dépit, deux sketches aigre-doux trop pétris de naturalisme. Une addition salée pour les héros.

Il y a quelques mois, la première partie des Contes de l’âge d’or nous avait séduits par sa dimension à la fois burlesque et fantastique. Le film à sketches réalisé par un collectif de réalisateurs de la « nouvelle vague » roumaine mettait en image quelques légendes urbaines développées durant « l’âge d’or » roumain, terme cache-misère forgé par Ceausescu lors d’une des périodes les plus dures du communisme, et surprenait par l’accent mythique qu’il conférait à de simples scènes quotidiennes. Sur le même principe, Les Contes de l’âge d’or – 2e partie propose trois sketches sous le titre Histoires d’amour. Si l’ensemble est de qualité, on ne peut que regretter le changement radical de ton qu’adopte le film et l’assèchement (volontaire) du sujet. Il s’agit moins de Contes de l’âge d’or que de chroniques de l’âge d’or. Là où la première partie brassait large (propagande, éducation, visite officielle…) et touchait plus directement à l’action du gouvernement, la seconde se consacre à l’amour et surtout fait de l’argent son dérivé. Pour aimer, faut payer.
Fraîchement débarqués dans ces nouvelles fables, on aurait bien du mal à s’émerveiller des situations qui y sont développées. Passé un très bon premier sketch dont l’ouverture l’apparenterait presque à un péplum communiste tourné par les Monty Python sur un dindon philosophe, les deux suivants sont de factures plus classiques et lorgnent vers un naturalisme que le premier film semblait rejeter. Si ce dindon mystique retient l’attention, les deux autres – la légende du livreur de poules et celle des marchands d’air – perdent toute magie. Des plans du premier épisode, chargés d’une pincée de symbolisme chamanique suffisant à déconnecter nos raisons de la logique terrestre, les deux dernières fictions n’ont conservé que le réalisme. Seul le thème Histoires d’amour suffit à transcender ce qui pourrait autrement trop lorgner vers le documentaire romancé, notamment dans l’histoire du livreur de poule. Le troisième opus est sauvé par la dérive roublarde des deux jeunes héros qui, au nom de la santé publique, finissent par effectuer des prélèvements d’air dans les immeubles pour récupérer la consigne des bouteilles.
Cela dit, héros est un mot bien fort pour une trilogie qui n’en connaît pas – à part peut-être le fameux dindon, nous n’insisterons jamais assez. Ces Histoires d’amour semblent être volontairement déceptives. Amants déçus, nous attendons, à l’image des protagonistes, une cuisinière dynamique, une petite frappe insolente qui risquerait sa liberté pour nous. Mais il faut se rendre à l’évidence, la cuisinière n’aime que nos œufs, et le jeune Clyde a du piston peu glorieux à l’administration. Multiplications des œufs et des bouteilles qui tournent au fiasco, ces allégories nous rappellent en fait que Ceaucescu n’était pas Jésus. Ces attentes déçues manquent toutefois d’une ironie plus acerbe qui les ferait s’extraire du piteux constat historique. Ces désillusions digérées, on se réjouit au souvenir du dindon baroque, véritable révélation – satanique ? – de ces Contes. Si l’ami Buñuel écrivait que l’irrationnel circulait dans ses films sous la forme d’un poulet, faut-il croire qu’en Roumanie, Dieu rôde entre la volaille ?

Titre original : Contes de l´âge d´or - 2ème partie

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 98 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.