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Coffret 5 livres « Sacha Lenoir »

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Sortie du deuxième opus d’une entreprise cinématographique et littéraire audacieuse et toujours stimulante. Un régal !

A la suite de Béatrice Merkel en 2010, le coffret Sacha Lenoir poursuit la séduisante entreprise des éditions Capricci de soumettre un récit à la perspective de son adaptation cinématographique, réunissant ainsi – au moins virtuellement – les deux médiums en un même livre. Le principe est maintenant connu : cinq écrivains sont conviés, à partir d’une poignée d’indications descriptives autour d’un personnage (soit donc ici Sacha Lenoir, huit ans, connue sans que l’on sache pour quelle raison, en voyage sur un ferry avec ses parents), à imaginer une courte nouvelle vouée à devenir le point de départ d’un projet de film à édifier avec cinq cinéastes. Côté écrivains, après Pierre Alferi, François Bégaudeau, Stéphane Bouquet, Christine Montalbetti et Joy Sorman pour Béatrice Merkel, place désormais à Maylis de Kerangal, Olivia Roosenthal, Alban Lefranc, Sylvain Coher et Emmanuelle Pagano.

Côté cinéastes, à Albert Serra, Patricia Mazuy, Claire Denis, Caroline Champetier (certes chef opératrice, mais tout de même femme d’images) et Noémie Lvovsky succèdent Melvil Poupaud, Laurent Larivière, Laurence Ferreira Barbosa, Joana Preiss (qui vient de réaliser son premier film, avec le cinéaste Bruno Dumont comme acteur principal) et Pascal Bonitzer. La vraie question, des deux côtés : comment dépasser les spécificités de chaque art, à dessein de donner corps au film le plus fidèle possible à la nouvelle de départ. Chacun des cinq petits livres constituant le coffret devient alors le lieu d’un passionnant work in progress, où écrivain et cinéaste s’accordent ou non quant à ce qui, d’une certaine description, d’un certain paragraphe, serait reproductible dans le cadre d’un plan ou une séquence de cinéma ; où se lit surtout à chaque fois la différence entre réflexion à partir d’un scénario et un récit indépendant du cinéma.

Les inspirations sont bien sûr très différentes d’un livre à l’autre, en fonction déjà de la matière de départ. Là où, en effet, Joana Preiss insiste auprès de Sylvain Coher quant à la nécessité pour elle d’envisager le film au plus près de sa nouvelle, Conca d’oro (par ailleurs directement inspirée d’une expérience réellement vécue par l’écrivain), Melvil Poupaud sera par exemple plus sceptique, dans son échange avec Maylis de Kerangal, concernant la nécessité de garder les trois enfants mythomanes présentés dans Los Angeles ou Las Vegas, préférant se concentrer sur le seul personnage de Sacha Lenoir. L’adaptation la plus problématique étant sans doute celle de La Ligne de flottaison, très courte nouvelle introspective d’Emmanuelle Pagano, par Pascal Bonitzer, où se pose tout au long de l’échange entre l’écrivaine et le cinéaste-scénariste la question de la voix off, de la représentation ou non de ce qui dans la nouvelle se laisse avant tout percevoir comme pure vue de l’esprit.

D’une autre manière, Olivia Rosenthal et Laurent Larrivière trouvent très vite un réel terrain d’entente concernant le choix de l’anti-narratif dans la mise en image d’un récit de toute manière strictement sensoriel comme Sacha s’en va, où la petite fille ne s’appréhende pas en bloc, comme une individualité fixe, mais comme une figure duelle, divisée, nettement schizophénique. N’est-il pas pertinent, dans l’optique d’un film prioritairement impressionniste, axé sur la perception, la subjectivité de son personnage principal, de piocher dans différents régimes d’images et de représentation, proposer un objet aussi multiple au niveau de ses angles de lecture visuelle que ne l’est au départ la nouvelle ? L’accompagnement de leur réflexion par une série de photographies prises par Larivière dans le cadre de ses précédents voyages (le cinéaste confessant avoir opté pour le choix de ces images préexistantes plutôt que des prises de vues liées à un film « [qui] peut-être n’existera jamais ») conférant à leur échange un pragmatisme assez vertigineux.

Pragmatisme contre spéculation. Ou spéculation, plutôt. Telles semblent être les deux perspectives face à pareille entreprise. De l’illustration de leurs idées par Laurent Larivière et Olivia Rosenthal, par le biais de photos de travail et de vacances, au choix par Laurence Ferreira Barbosa et Alban Lefranc d’images tirées de films tels que Tigre et Dragon, le Charlie et la chocolaterie de Burton, Zelig ou Shining – sans oublier quatre photographies originales se référant au travail anamorphique de Cindy Sherman – en accompagnement de leur adaptation subtilement compartimentée de la nouvelle surréaliste Impossible is nothing, la première option laisse en tout cas entrevoir l’ivresse, devant les histoires les plus improbables, d’une croyance dans leur possible incarnation.

Melvil Poupaud et Maylis de Kerangal, quant à eux, se prenant au fur et à mesure au jeu de la confusion et l’ébullition de propositions aussi improbables que l’emploi du défunt Richard Widmark, ou, plus drôle encore, celui de Steve Buscemi dans le rôle d’un cuisinier chinois, mettant en lumière le caractère avant tout ludique de leur collaboration. Côté Joana Preiss/Sylvain Coher et Emmanuelle Pagano/Pascal Bonitzer, s’esquissent au fil des pages de passionnantes problématiques, renvoyant à la fois à leur conscience de l’improbabilité d’une réalisation de ce film là et une volonté de ne pas en démordre, avancer ensemble, jusqu’à ce que « quelque chose » prenne forme, s’adapte de loin en loin. C’est peu dire que de ce type de lectures, nous sommes d’ores et déjà plus que partisans.

Coffret Sacha Lenoir (5 livres), Editions Capricci, Collection « Ecrire avec, Lire pour »


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