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Clermont-Ferrand : Jour 8

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Jour de délibération pour le jury.

Plus que quelques heures avant de connaître la liste des heureux élus de cette édition 2012, année du dragon, des prédictions maya et… des élections présidentielles ! (L.C.)

Le court du jour (L.C.)

Parlons aujourd’hui du documentaire Il Capo (Le chef) de Yuri Ancarani (Italie – 2010 – 15′). Sous un soleil sec, un homme d’une cinquantaine d’années dirige torse nu et sans aucune protection les mouvements des machines qui évoluent autour de lui. Son seul outil étant les gestes muets de sa main, son objectif étant de découper sans danger de gigantesques blocs de marbre blanc de Carrare.

Des choix de cadrage précis nous laissent découvrir, fragment par fragment, le travail quotidien dans la célèbre carrière. Le "Capo" est présenté comme la figure centrale qui réfléchit en direct la chorégraphie des engins, manœuvrés par des conducteurs absents à l’image. La pierre ne se laisse pas faire, et les machines sont obligées de fournir un effort considérable. La relation entre ces machines et cette pierre, cet homme et cette nature nous prend au dépourvu.

Le rapport de force considérable est représenté ici avec grande justesse, plan par plan, à travers un montage impeccable bordé par un son direct qui envahit l’espace. Ce documentaire, curieusement qualifié au festival comme "expérimental", nous captive par la maîtrise de la formulation du récit. Yuri Ancarani domine son film comme il Capo domine la pierre. Les risques sont toujours pris en compte, et le savoir-faire maîtrise l’aléatoire.

Court entretien avec… Ariagna Fajardo Nuviola* (Propos recueillis par A.H. et L.C.)

Existe-t-il un court métrage vous ayant donné envie de travailler dans ce domaine ? 


Pas vraiment. J’habitais dans un petit village à la campagne et mes premières références en matière de cinéma étaient les films diffusés par la télévision régionale (TV Serrana). Cette télévision produit des films avec les paysans du coin, dont des membres de ma famille. En réalité, il y avait deux types de films qu’il m’était possible de voir lorsque j’étais petite : les films russes que tous les Cubains pouvaient voir en salles de cinéma, et les films de TV Serrana, qui me permettaient de voir ma famille à l’écran.

Avez-vous vu beaucoup de vieux films russes, je pense surtout à un film comme Soy Cuba ?

Bien sûr ! Et le fait de voir ces films, ainsi que ma famille, m’a donné envie de faire des études de cinéma. Mais c’est surtout TV Serrana qui m’a donné cette envie, pour avoir la possibilité de voir comment cela se produisait chez moi.

A propos de votre court métrage documentaire Papalotes, pourquoi avoir choisi de faire un film silencieux ?

A Cuba, on a beaucoup de films bavards. Au lieu de montrer des gens parlant toujours des mêmes choses, je voulais exprimer des sensations : l’impuissance, le désespoir, l’inertie… D’un point de vue formel, c’était la première fois que je faisais un court métrage sans dialogues. Ce qui m’intéresse, c’est d’observer des phénomènes qui ne fonctionnent pas.

Vous parlez aussi de dysfonctionnement dans A dónde vamos. Comptez-vous aller plus loin dans la thématique des dysfonctionnements gouvernementaux ?

Je souhaite me poser des questions sur les réactions de l’individu face à certaines réalités. Plus qu’un gouvernement ou un pays, ce sont les êtres humains qui m’intéressent. Je pourrai faire un film en Russie ou au Japon, moi ce que je veux, c’est surtout raconter des histoires humaines.

Vous avez déjà un pays en tête, peut être ?

Comme je viens de gagner une bourse de trois mois pour étudier sur Paris, j’aimerais pouvoir filmer dans cette ville. Mais tout d’abord, il faut que je fasse un peu sa connaissance…

*Réalisatrice cubaine présentant deux films à Clermont Ferrand : en sélection internationle Papalotes (2010 – Documentaire – 15′), et dans la rétrospective « Hoy Cuba », le court A dónde vamos (2009 – Documentaire – 22′)

Clermont-Ferrand : Jour 7


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