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Clermont-Ferrand : Jour 4

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La neige sur le décor est captivante, mais il ne faut pas oublier que, comme son nom l’indique, Clermont est située sur une sorte de montagne miniature : il y a un côté qui monte, et un autre qui descend… Gare aux glissades, chers festivaliers ! Le court du jour Le vieux Oskar n’a plus […]

La neige sur le décor est captivante, mais il ne faut pas oublier que, comme son nom l’indique, Clermont est située sur une sorte de montagne miniature : il y a un côté qui monte, et un autre qui descend… Gare aux glissades, chers festivaliers !



Le court du jour

Le vieux Oskar n’a plus que six jours à vivre. Comment va-t-il occuper ses dernières heures ? C’est justement la question que le réalisateur Halivar Witze (ou Hallvar Witzø) se pose avec humour dans son court métrage Tuba Atlantic (Norvège – 2011 – 25′).

A travers un souci du détail joliment poussé, notamment au niveau des accessoires du décor, nous découvrons en douceur le quotidien du héros dans un village reculé de Norvège. Pittoresque maison nordique face à la mer froide, l’univers d’Oskar a deux frontières : l’océan d’un côté, les mouettes de l’autre. Ainsi, avant de mourir, va-t-il essayer coûte que coûte de reprendre contact avec son frère qu’il n’a plu revu depuis longtemps, pour cause d’une de ces fameuses querelles floues qui hantent toutes les familles, du Nord comme du Sud.

Nous avons le plaisir de voir ici un film où le son a un rôle majeur à jouer dans l’histoire, ce qui est toujours un beau choix narratif (on oublie bien trop souvent qu’un film à la chance d’être, avant tout, une œuvre audio-visuelle).

Tuba Atlantic se laisse voir sans difficulté. Il n’est en cela pas surprenant qu’il ait remporté l’Oscar du meilleur film étudiant 2011 et soit à présent nominé dans la catégorie Court métrage 2012, car toutes les thématiques chères à l’académie sont ici traitées, certes avec bienséance, mais jamais avec naïveté.

Le trailer de Tuba Atlantic est disponible sur :
http://vimeo.com/35810352

Court entretien avec… Théodore USHEV* (Propos recueillis par A.H)

1. Quels courts métrages vous ont donné envie de travailler dans ce 
domaine ?


Dziga Vertov et L’homme à la caméra (Russie – Documentaire – 1929 – 80’/68′) 
; les Quay Brothers avec Street of crocodiles entre autres ; 
les films de Janie Geiser…

2. Quand les avez-vous vus pour la première fois ?


Quand j’ai déménagé à Montréal, à la vidéothèque. J’ai regardé tout qui me semblait étrange, notamment les films de Janie Geiser. Lors d’une rétrospective au festival d’Ottawa, on était 5 personnes dans la salle. Je me suis dit : « je veux faire ce genre de films », des films regardés par seulement cinq personnes. 


3. Quel est l’instant, dans votre activité actuelle, où vous ressentez le même effet, le même plaisir que la première fois où vous avez vu ces courts métrages ?


Quand je regarde Very nice, very nice de Lipsett. J’ai toujours le même
 sentiment en le regardant.

Lien vers les courts métrages cités :

Street of crocodiles des Quay Brothers (Etats-Unis – 1986 – 21′)
http://www.veoh.com/watch/v6379267p4RASaSD?h1=19.+Street+of+Crocodiles+%28Timothy+%26+Stephen+Quay%2C+1986%29

Very nice, very nice de Arthur Lipsett (Canada – 1961 – 7′)
http://www.youtube.com/watch?v=mY7B2-Wqj6g

Entretien intégral (Propos recueillis par A.H)

Te sens-tu cinéaste ou illustrateur ?

Mon métier est devenu le cinéma. Je ne pouvais pas dire ça auparavant, mais maintenant je ne peux plus tenir ce genre de discours. Je fais du cinéma d’animation et du cinéma en général, donc j’imagine que je suis devenu cinéaste.

Comptes-tu passer à la réalisation de longs métrages ?

Il ne faut jamais dire jamais. Je vais continuer à réaliser des courts d’animation mais j’ai tout de même une idée pour un long métrage. Il est très difficile maintenant de monter un long métrage, trouver les distributeurs, les fonds… surtout pour le cinéma d’auteur. Pour le moment je reste donc sur le court métrage.

Tu es bulgare à l’origine. Pour quelle raison es-tu venu vivre et travailler au Canada ?

Un peu par hasard, j’ai eu l’opportunité de travailler à Montréal pour une compagnie de design graphique. Il fallait que je change un peu de vie, j’étais surchargé, je suis très content de vivre au Canada. Je me considère comme un designer graphique bulgare et un réalisateur canadien. Le Canada m’a construit comme cinéaste, j’ai été énormément soutenu. A la base, je n’ai aucune formation cinématographique. Grâce aux subventions fournies par l’état canadien et à l’office national du film, j’ai la possibilité de progresser en tant que cinéaste. En plus, au Canada, il existe beaucoup de grands cinéastes, on reste donc dans une compétition permanente qui nous force à ne jamais nous reposer. On doit constamment travailler sur de nouveaux films pour ne pas être éclipsé par l’arrivée permanente de nouveaux talents.

Justement, le Canada a conservé son statut de vivier du cinéma expérimental, te sens-tu proche de certains réalisateurs ?

Non, je ne pense pas, mais j’aime le travail de certains cinéastes de fiction comme Xavier Dolan ou Denis Côté. Nous sommes amis mais j’essaie de garder une certaine personnalité d’un point de vue filmique, je me sers de mon background bulgare pour créer des choses inhabituelles, c’est mon côté multiculturel.

Parle-nous de tes influences graphiques et cinématographiques…

J’ai bien trop d’influences graphiques, il me faudrait 30mn pour toutes les citer… En cinéma, je peux par contre parler d’Arthur Lipsett, un cinéaste canadien oublié. J’ai d’ailleurs gagné le prix du meilleur court métrage d’animation à Clermont-Ferrand grâce aux Journaux de Lipsett. Ce cinéaste était un représentant de ce qu’on appelle le cinéma pur, du cinéma collage des années 60. Ce cinéaste m’a sûrement beaucoup influencé.

Tu parles souvent du "free art exchange" sur ton blog, pourrais tu nous expliquer ce terme, ce qu’il représente pour toi ?

Je crois au mouvement des "copy left", où les artistes doivent apprendre à apprivoiser les travaux des autres. Internet a aidé beaucoup de mouvements cinématographiques mais aucun mouvement avant-gardiste n’aurait pu naître sans utiliser le système de la copie. Le mouvement Dada s’est inspiré d’autres œuvres. Dans certaines de leurs peintures, on ne peut pas déterminer qui, de Picasso ou de Braque, a créé telle chose. Les lois sur le copyright n’aident aucunement les arts et l’échange des idées, elles aident seulement des gens qui n’ont rien à voir avec les arts, des hommes d’affaires, des avocats…

Parle-nous de tes projets…

Je suis en train de faire trois films en même temps, et j’ai aussi un projet de scénographie a l’opéra de Luxembourg… Je ne vais pas chômer, j’ai beaucoup de propositions.

*Cinéaste canadien (toutes les infos sur http://www.ushev.com/)

Clermont–Ferrand : Jour 3


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