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Chronique de quelques lectures en temps de confinement

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Recension de quatre lectures récentes.

Confinement, couvre-feu, et résultat de tout cela : on lit, on lit et on relit. Alors plusieurs livres ont accompagné mes nuits d’insomnie. Ils parlent (presque) tous de cinéma, ou bien ils pourraient faire l’objet d’un film ou d’une série. Mon premier s’appelle Un cinéma en quête de poésie. C’est curieux de parler de cinéma à une sombre époque où les salles sont fermées et où on est obligé de regarder des films sur nos tout petits écrans. Comment se comporte la poésie sur des écrans microscopiques ? Et qu’est-ce qu’un film poétique en fait ? Et pourquoi parle-t-on parfois de lyrisme au cinéma ? Ce livre collectif dirigé par Nadja Cohen, chercheuse à l’université de Louvain, réunit une vingtaine d’auteurs, pour la plupart universitaires, pour réfléchir à ce problème. Bien sûr, l’ouvrage est très sérieux, voire assez austère pour un sujet qui pourrait appeler pourtant de la légèreté et du rêve, mais ce colloque propose de repenser le lyrisme cinématographique à la lisière du cinéma et de la littérature et d’aborder des cinéastes tels que Terrence Malick, Jim Jarmusch ou Hayao Miyazaki. Ce livre assez roboratif est passionnant parce qu’il s’ouvre à tous les cinémas, à tous les continents et satisfera les étudiants en cinéma mais aussi le cinéphile attentif. La première partie est passionnante dans la manière dont elle aborde les grands films français et européens tels que Quai des brumes et le réalisme poétique, les ciné-poèmes, le cinéma poétique de Jean-Luc Godard sans oublier bien sûr Agnès Varda. On ne peut pas citer tout le sommaire, le mieux est de s’en faire une idée par soi-même par ici : https://lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/un-cinema-en-quete-de-poesie/

Après, mes autres lectures sont plus proches de la fiction avec le récit d’une nuit au musée d’art contemporain Punta della Dogana à Venise où Leïla Slimani s’est fait enfermer toute une nuit, laissant libre cours à ses souvenirs, ses angoisses et ses réflexions sur l’art, pas seulement hyper contemporain. Un magnifique livre comme elle en a le secret qui donne envie de se mettre à écrire. Malheureusement, ce n’est pas si facile non plus et elle le raconte aussi fort bien en mettant sur le papier ses états d’âme dans son bureau de travail et sa page blanche. On pourrait aisément en tirer un nouveau film et je verrais très bien Christophe Honoré enfourcher sa caméra. Et puis Leïla Slimani est si photogénique qu’elle pourrait tout aussi bien jouer son propre rôle. A lire les yeux fermés. Oxymore, mon amour. Ah oui, le livre s’appelle Le parfum des fleurs la nuit. Il faudrait d’ailleurs, et ce serait merveilleux, un cinéma en Odorama pour qu’on puisse sentir le parfum du cestreau nocturne, ou galant de nuit, qui embaume les nuits marocaines de son parfum de jasmin et qui donne le sens du titre du livre.

Ensuite, comme un nouveau Guerre et paix, le livre magnifique d’André Makine de l’Académie française ferait aussi un très beau film qui raconte une touchante histoire d’amitié entre un enfant maladif, réfugié d’Arménie en Sibérie et un jeune Russe orphelin qui s’est approché de lui et apprend à mieux connaître cette communauté, sa culture et ses secrets, comme un rempart à la haine et à la violence. Le livre est sans doute le plus autobiographique de l’auteur et il propose une vision éblouie du « royaume d’Arménie » et un chant d’amour pour ce pays et ses habitants. Dans la lumière froide d’une double nostalgie – celle du pays perdu et celle de l’auteur pour son ami disparu – ce roman, L’ami arménien, s’impose comme un moment fort de littérature et, sans doute, de superproduction au cinéma, aussi tendre et désespéré que Au revoir les enfants.

Enfin, retrouvailles avec Françoise Lefèvre qui n’avait plus écrit depuis près de dix ans et qui revient pour l’éditeur indépendant Jacques Flament sur le grand éditeur Jean-Jacques Pauvert qui, en acceptant sa première idée de roman en 1974, et qui deviendra le best-seller La première habitude, lui a sauvé la vie, lui a ouvert la voie et l’a guérie de la solitude, de la pauvreté et de la folie. Un beau chant d’amour que ce Retour au Royaume qui ferait sans nul doute, malgré sa forme plutôt de confession, un très beau film avec Sylvie Testud aux commandes.

 

Nadja Cohen (dir.). Un cinéma en quête de poésie. Les impressions nouvelles. Bruxelles, 2021. 416 pages. 28 euros.

Leïla Slimani. Le parfum des fleurs la nuit. Stock, coll. Ma nuit au musée. Paris, 2021. 154 pages. 18 euros.

Andreï Makine. L’ami arménien. Grasset, Paris, 2021. 216 pages. 18 euros.

Françoise Lefèvre. Retour au royaume. Jacques Flament éditeur. La Neuville-aux-Joûtes, 2021. 158 pages. 15 euros.

 

"Stalker", mentionné dans l'ouvrage "Un cinéma en quête de poésie"


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