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Bye Bye Blackbird (Savary – 2006)

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Il est rare de voir un premier film aussi beau visuellement que Bye Bye Blackbird, aussi solide dans sa narration et aussi parfait dans son casting. » (Wim Wenders) »

Ouvrier sur des chantiers en hauteur, Josef (James Spencer Thiérrée) tombe amoureux d’Alice (Izabella Miko), trapéziste de renom, avec laquelle il rêve de partager un numéro de voltige. Espérant qu’un tel projet puisse rehausser la notoriété du cirque dont il a la charge, le père d’Alice (Derek Jacobi) accepte sur le champ la proposition du jeune homme. Lors de la première, les choses, malheureusement, ne se passent pas comme prévu…

Premier long-métrage du jeune cinéaste Robinson Savary, Bye Bye Blackbird (2006), incontestablement, renoue avec le passé. D’un point de vue historique, d’abord, dans la mesure où le récit se déroule au début du vingtième siècle, à l’heure où le cirque se voit concurrencé par de nouvelles formes de spectacles en pleine émergence ; d’un point de vue cinématographique, enfin, puisque le brillant trapéziste placé au cœur de l’intrigue est incarné par le petit-fils de Charles Chaplin en personne

L’œuvre de Savary, néanmoins, n’a rien du film nostalgique ou rétrograde. Évitant avec tact les pièges que son projet se montre susceptible de comporter, Savary semble bien moins chercher à reconstituer le passé qu’à se réclamer d’une acuité résolument neuve et moderne. De même que Thiérrée n’est pas Chaplin et ne se comporte jamais comme lui, Bye Bye Blackbird n’est pas un film historique et à aucun moment ne tend à se conduire comme tel.

Un réalisme enchanteur

Convoquant une structure narrative tout à la fois souple et limpide, le récit du film se compose de deux parties on ne peut plus nettes et tranchées. Si l’objectif revient dans un premier temps à tisser des liens entre les différents personnages, l’idée du second mouvement consiste tout au contraire à dissoudre la totalité des rapports établis. Comme Icare, le personnage central se voit déchu pour avoir tenté de s’approcher au plus près de la voûte céleste. Suivant un cheminement des plus tragiques, le récit s’ouvre sur un merveilleux conte de fées pour s’achever dans les terribles sphères du désespoir et de la mort.

Accordant sensiblement plus de poids aux effets d’atmosphère qu’aux analyses psychologiques proprement dites (quid des relations entre le directeur du cirque et ses deux filles ?), le cinéaste affiche un certain mérite à envisager la trajectoire somme toute très littéraire du scénario comme une véritable proposition cinématographique. Aussi, bien plus qu’un simple motif – ou qu’un simple décor, la référence au monde du cirque devient, au regard des choix de mise en scène, le foyer de toutes les audaces.

Subtil et agréablement mené, Bye Bye Blackird puise une bonne part de son énergie des époustouflantes scènes d’acrobatie, ponctuant ici et là le cours du récit. Traitées de manière à illuminer l’espace de la représentation par un chatoiement de couleurs surnaturelles et un foisonnement d’angles de prises de vue insolites, les séquences de voltige constituent le cœur du film au sens où, grâce à elles, celui-ci accède à d’étonnantes perspectives poétiques et enchanteresses.

Visant au sensationnel, sans pour autant verser dans le spectaculaire, Bye Bye Blackbird détonne par son sens de l’esthétisme et du divertissement. Un film rare, inouï et rafraîchissant…

Bonus du DVD

Comme le prouve le court-métrage intitulé James Thiérée invente La Veillée des Abysses, la collaboration entre Robinson Savary et James Thiérée ne date pas de Bye Bye Blackbird. Filmant l’artiste lors des répétitions du spectacle dont il assure à la fois l’interprétation et la mise en scène, Savary contribue à faire reconnaître le talent du petit-fils d’un des plus géniaux acteurs du vingtième siècle.

Toutefois, là où Bye Bye Blackbird découle de principes visuels propres au langage cinématographique, James Thiérée invente La Veillée des Abysses se contente d’enregistrer les numéros mis au point par Thiérée. Sorte de théâtre filmé, le film ne propose qu’un maigre intérêt.

Pour information : le spectacle de James Thiérée, La Veillée des Abysses, sera présenté au Théâtre du Rond-Point, à Paris, du 10 au 31 décembre 2008.

DVD édité par Malavida. Sortie, le 25 novembre 2008. Prix conseillé : 24, 90 €.


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