Select Page

Hommage à Bertrand Tavernier

Article écrit par

Bertrand Tavernier vient de nous quitter. Retour, en forme d’hommage, sur l’œuvre d’une des plus passionnées et passionnantes figures du cinéma français.

L’érudition, le sens de l’analyse et l’humanisme du cinéphile Bertrand Tavernier (1941-2021) se seront tout naturellement prolongés à sa passionnante carrière de cinéaste. Cette passion du septième art se sera tout d’abord exprimée par son activisme dans les cercles cinéphiles des années 1950 et 1960, ou en tant que critique et cofondateur du ciné-club Mac Mahon où il défendit avec ferveur ses auteurs de prédilection contre les diktats de l’intelligentsia d’alors – notamment autour du cinéma anglais. Ce fut ensuite en tant qu’attaché de presse qu’il côtoya au plus près certains grands cinéastes.

Cette curiosité et ouverture se retrouvent quand il passe derrière la caméra avec L’Horloger de Saint-Paul (1973). Tavernier se situe à l’opposé de la doxa de la Nouvelle Vague, faisant confiance à la narration et à une écriture rigoureuse qui l’amèneront à remettre au travail des ténors de la « qualité française » si décriée par les « jeunes turcs » comme Jean Aurenche et Pierre Bost – auxquels il rendra hommage dans son film Laissez-passer (2002). Cela se manifestera par un vrai sens du romanesque et de l’émotion (Un dimanche à la campagne, 1984) ne cédant jamais au classicisme. Tavernier sait notamment donner un traitement détonnant à un matériau que l’on n’imaginerait pas dans un contexte francophone comme l’adaptation de Jim Thompson Coup de torchon (1981). Préservateur du passé et toujours à l’affût de la nouveauté, le réalisateur l’est également par les sujets abordés, son humanisme se posant autant dans une réalité historique rarement explorée (Le Juge et l’assassin, 1976 ; La Vie et rien d’autre, 1989 ; La Guerre sans nom, 1992 ; Capitaine Conan, 1996) que dans des maux bien contemporains (L.627, 1992 ; L’Appât, 1995 ; Ça commence aujourd’hui, 1999)..

Une œuvre passionnante qui aura toujours évolué selon ces préceptes, loin de toutes conventions.

Bonne lecture !

Réalisateur :


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Terrasse

La Terrasse

« La terrasse » est une œuvre à la charnière de deux époques qui vient sonner le glas de la comédie à l’italienne. La satire grinçante livre sans concession un portrait en demi-teinte et au vitriol de la crise existentielle de cinq quinquagénaires vieillissants qui évoluent dans une sphère intellectuelle de gauche sclérosée. Les scénaristes de légende Age et Scarpelli prennent ici le pouls d’une société italienne malade de son conformisme.

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

« Le Soldatesse » porte un regard féministe existentialiste sur ces femmes en déshérence, butin de guerre, enrôlées de force afin d’approvisionner les bordels militaires de campagne lors de l’invasion hellénique par les troupes d’occupation italiennes expédiées en 1941 sur une rodomontade du Duce. Illustrant une page sombre de l’occupation italienne, ce road-movie sur fond de guerre chaotique fut ignoré à sa sortie pour le défaitisme et le fiasco militaire qu’il traduisait par son naturalisme. Décryptage.