Bâtiment 5

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Les dessous pas très chics d’une cité.

Main basse sur la ville

Qu’on ait aimé ou non Les misérables, on attendait Ladj Ly au virage depuis qu’il a  remporté le prix du jury au festival de Cannes en 2019 (et quatre Césars en 2020), mais force est de constater que l’essai est transformé. Bâtiment 5 est un très beau film qui radiographie les banlieues françaises et l’état de notre société en plein chamboulement moral et économique. Comme pour son précédent film, Bâtiment 5 est construit à la manière d’une enquête et de portrait d’une communauté. Haby, jeune femme très impliquée dans la vie de sa commune, découvre le nouveau plan de réaménagement du quartier dans lequel elle a grandi. Mené en catimini par Pierre Forges, un jeune pédiatre propulsé maire, il prévoit la démolition de l’immeuble où Haby a grandi. Avec les siens, elle se lance dans un bras de fer contre la municipalité et ses grandes ambitions pour empêcher la destruction du bâtiment 5. 

Un film ouvert à la condition féminine

A travers l’histoire de cette ville pas si imaginaire que ça, le réalisateur a voulu universaliser son propos sans sacrifier à la condamnation ni à l’idéalisation. Des deux côtés, il y a des héros et des lâches, des gens qui se rebellent et d’autres qui se soumettent. « Je suis issu de Montfermeil, j’y ai grandi, ai été nourri par les histoires de ses habitants qui imprègnent forcément mes films mais dans ce cas, j’ai voulu élargir le cadre, constate Ladj Ly dans le dossier de presse du film. Ce qui se passe dans les quartiers de Montfermeil se passe dans de nombreuses autres villes, en France comme ailleurs. En inventant une ville, je me suis dit que tout le monde pourrait s’y refléter. » Et pour le traitement des deux films, si Les misérables analysait le comportement de la police et de la BAC dans les banlieues françaises, Bâtiment 5 aborde plus spécifiquement le logement social. En outre, si Les misérables paraissait un film plus masculin dans son fond et sa forme, le récit de Bâtiment 5 est plus ouvert aux femmes et à la condition féminine, sans doute parce qu’il s’agit du foyer et de l’intimité. 

Des personnages bien écrits

Du reste, c’est à travers le personnage de Roger que Ladj Ly a construit en partie son film, en opposition à Haby, cette jeune femme qui semble radicale et incorruptible alors que Roger connaît tout le monde dans la ville, magouille avec tout le monde et navigue à vue pour se faire un chemin dans la vie et dans la mairie. « C’était un des personnages les plus intéressants à écrire dans ses ambiguïtés, ses contradictions qui en font quelqu’un de foncièrement crapuleux tout en restant humain, continue le réalisateur dans le dossier de presse du film. Des Roger, il en existe dans beaucoup de villes de banlieues, des gens qui sont investis pour leur ville, sans doute avec de la bonne volonté au départ, avant de parfois devenir un élément du système. Je voulais rappeler avec lui, que quelles que soient les intentions initiales de ces personnes, à l’arrivée tout se dilue dans le politique et ses arrangements. »

La force du film

Et c’est en effet ce qui fait la force de ce film car le réalisateur ne force pas le trait, ne tombe ni dans la caricature – le maire parachuté et sa famille sont présentés un peu dans leurs défauts et leurs failles même s’ils se montre souvent proches de certains immigrés -, ni dans le communautarisme. Et il propulse son personnage féminin, à la fin du film, dans une campagne pour se faire élire même sans être sûre de sa victoire, ce qui apporte une note un peu plus optimiste à ce film qui ressemble par moments à un film noir.

 

Titre original : Bâtiment 5

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Durée : 100 mn


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