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Azul

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A l’évidence, l’existence de Jorge ne baigne pas dans l’euphorie. Titulaire d’un master de gestion, le jeune homme est contraint de succéder au poste de son père, concierge devenu quasi invalide à la suite d’un infarctus. Bien qu’il soit entouré de Natalie, son amour d’enfance et d’Israël, son meilleur ami, Jorge ne peut compter que […]

A l’évidence, l’existence de Jorge ne baigne pas dans l’euphorie. Titulaire d’un master de gestion, le jeune homme est contraint de succéder au poste de son père, concierge devenu quasi invalide à la suite d’un infarctus. Bien qu’il soit entouré de Natalie, son amour d’enfance et d’Israël, son meilleur ami, Jorge ne peut compter que sur lui-même. Inutile de frapper à la porte d’Antonio, son aîné, puisque ce dernier est claquemuré dans un pénitencier. La vie du personnage principal prend une nouvelle tournure le jour où son grand frère le sollicite afin qu’il lui rende un service singulier.

Azul oscuro casi negro, Bleu nuit presque noir. Telle est la traduction du titre intégral du premier long métrage de Daniel Sanchez Arevalo, titre reflet de l’état d’esprit de Jorge dont la vie n’est quasi remplie que d’opacité et de désillusions. Car malgré son diplôme de gestion, le jeune homme est condamné à occuper le poste de gardien d’immeubles et à revêtir la tenue bleue de ceux qui travaillent durement de leurs propres mains. Point de bureaux, ni de costumes élégants dénotant la fonction de cadre mais des seaux, des balais et des poubelles dans le quotidien du personnage, dès lors rongé par un profond sentiment de claustration que le réalisateur suggère via un traitement pertinent de l’espace. A la différence de son aîné, Jorge n’est pas détenu dans une geôle mais il n’en demeure pas moins cloîtré dans une prison à ciel ouvert, prison constituant un véritable leitmotiv du film et déclinée sous diverses formes. Un simple mur ou une porte marquant la frontière hermétique entre les classes sociales symbolise l’enfermement. Celui-ci transparaît également dans la présence d’une vitrine qui exhibe avec mépris l’habit noir et inaccessible du cadre supérieur sous le regard du passant rêveur, envieux et ravagé par un supplice similaire à celui de Tantale. Jorge a beau multiplié ses lettres de candidature et ses entretiens mais il se heurte à de sempiternels refus. Dénuée de lueur, dénuée d’espoir, l’existence du jeune homme s’enfonce dans une obscurité, synonyme de néant et de tristesse mais la nuit est également le temps où s’opèrent les gestations et fermente le devenir.

Daniel Sanchez Arevalo bâtit son film avec souplesse autour de la dualité en opposant ses personnages (Natalie et Jorge libres, du moins en apparence, Vs Paula et Antonio, tous deux incarcérés) et offre de jolies noces entre les contraires. Le noir, connotant le néant et la mort, est présent dès la première scène du long métrage. Néanmoins, il n’est pas absolu puisqu’il jouxte la clarté d’un feu destructeur, à première vue, mais qui, au final, s’avère un symbole d’illumination, de régénérescence et de force vitale. Le personnage principal apparaît tel le phénix renaissant de ses propres cendres, plus vigoureux, plus déterminé. C’est à partir de l’enfermement que Jorge s’affranchit et s’accomplit. Le jeune homme évolue dans un univers intérieur presque noir, noir comme ces représentations picturales et sculpturales de Déméter ou Cybèle, grandes déesses de la Fertilité, pourvoyeuses de vie. Outre l’alliance de l’obscurité et de l’éclat d’un ciel dégagé, de la mort et de la vie, le réalisateur madrilène opère une fusion des genres. Légèreté et gravité s’entremêlent avec aisance par le biais de personnages hauts en couleur tels Antonio et Israël, jeune homme dévoré par une curiosité à l’origine de situations cocasses et être à la sexualité ambiguë à l’instar des personnages d’Almodovar.

Azul n’est pas sans rappeler Parle avec elle car la relation unissant Jorge, Paula et Antonio évoque celle de Benigno, Alice et Marco. Le premier film de Daniel Sanchez Arevalo est incontestablement marqué par une influence almodovarienne mais il constitue un long métrage prometteur qui maîtrise le mélange des genres et puise avec subtilité dans la mythologie grecque pour s’ériger en une très belle fable moderne.

Titre original : Azuloscurocasinegro

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Durée : 105 mn


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