Au-delà de la haine

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Au-delà de la haine est avant tout un immense message d´espoir, un symbole poignant d´humanité. La haine la plus méprisable, celle qui vise la différence, partagée par trois jeunes néonazis en mal de violence et de repères, a conduit à un acte sauvage et gratuit. François Chenu a payé de sa vie son homosexualité pour […]

Au-delà de la haine est avant tout un immense message d´espoir, un symbole poignant d´humanité. La haine la plus méprisable, celle qui vise la différence, partagée par trois jeunes néonazis en mal de violence et de repères, a conduit à un acte sauvage et gratuit. François Chenu a payé de sa vie son homosexualité pour avoir croisé un soir, dans un parc de Reims, ces jeunes skinheads qui, après avoir échoué << à faire la chasse aux arabes >>, se sont rabattus sur une proie isolée qui eut le courage de leur tenir tête. Face à la bêtise de l´ignorance, la famille de François cherche à comprendre, à dépasser le désir de vengeance, à promouvoir le dialogue. S´il peut être facile pour une personne extérieure au drame de donner des leçons de tolérance, ce message prend un sens nettement plus fort quand il provient des premières victimes.

730 jours après la mort de François, Olivier Meyrou (déjà auteur de deux documentaires) commence à filmer les parents, les suit dans la préparation puis le déroulement du procès aux assises. Le film porte à la fois sur le fonctionnement de la justice, son rôle dans la reconstruction de la famille, et tout le travail de deuil des parents, partagés entre désir de comprendre et besoin d´avancer. Le réalisateur accompagne la réflexion de l´entourage de François, les aide à exprimer leurs valeurs. Si le film s´ouvre sur le père puis la mère de François, la soeur prend peu à peu de l´importance, c´est elle qui raconte le meurtre, transmet avec le plus de précision les sentiments ressentis. Elle exprime le besoin de tenir tête, de ne pas céder au désespoir, mais aussi la détresse de l´incompréhension, l´ambiguïté de sa relation aux assassins de son frère, elle fulmine après la plaidoirie d´un avocat qui tente de trouver des excuses aux jeunes skinheads. Mais elle refuse la vengeance. Le documentaire s´attarde également sur les trois avocats de la défense dont la tâche semble impossible. Comment défendre l´indéfendable ? Leur rôle va plus loin que le simple procès, ils tiennent une place prépondérante dans l´avenir des meurtriers qui ont eu le mérite de reconnaître les faits, ils doivent leur faire comprendre l´importance de leur acte tout en faisant ressortir leur humanité.

Ni François ni ses meurtriers n´apparaissent dans le film. Olivier Meyrou ne cède jamais au voyeurisme et parvient à pénétrer dans l´intimité de la famille sans jamais porter atteinte à leur pudeur. Les parents sont impressionnants de dignité, dignité magnifiée par une caméra discrète, le plan introduisant la mère, drapée dans une couverture rouge, en est la parfaite illustration. Le réalisateur a également fait le choix de dissocier à plusieurs reprises l´image et les paroles. Ainsi, le récit de la soeur de François sur les jours qui suivirent l´événement est raconté alors que l´écran ne montre que le parc où eut lieu le meurtre. Le sentiment de distanciation fait écho à la volonté tenace des parents d´aller au-delà de la haine.

La dernière séquence montre les parents lisant une lettre adressée aux meurtriers de leur fils. Refusant de céder à la tristesse, ils en appellent à l´humanité de ces jeunes, tentent à tout prix d´entretenir l´échange. Le dialogue, qui semble être le maître mot de cette reconstruction, est aussi l´objet de ce film : il s´agit de faire prendre conscience à chacun de l´absurdité de l´intolérance haineuse afin d´éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Si l´on peut reprocher au film de s´éloigner un peu trop par moment de son sujet principal (le travail de deuil de la famille) pour se focaliser sur les faits et le procès, son universalité en fait un appel à l´intelligence collective. Malgré les vies détruites, la famille éclatée, les souffrances, les parents de François donnent un témoignage de ce que devraient être les relations humaines.

Titre original : Au-delà de la haine

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Durée : 85 mn


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