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Adoration

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Un film plat, d’une excessive prudence conceptuelle, confirmant la faiblesse croissante du cinéma d’Egoyan.

En droite ligne des films précédents d’Atom Egoyan, la fiction d’Adoration prend source dans la quête, par l’Individu (ici Simon, un adolescent orphelin, élevé par son oncle à peine trentenaire), d’une raison d’être au monde, suite au traumatisme d’une perte affective ou d’un flou identitaire. S’interrogeant, via les nouveaux réseaux sociaux d’Internet, sur les bases réelles de la relation de ses parents, mais surtout passant par le fantasme du pire (son père aurait été un terroriste) pour extirper la révélation du meilleur (ses parents se sont toujours aimés), le jeune homme navigue ainsi – non sans une certaine placidité – dans le lent récit de la révélation laborieuse mais assurée d’une « vérité nue ». Soyons honnêtes : l’auteur de ces lignes n’est pas le premier fan de l’œuvre du cinéaste, qui selon lui pêche – au moins depuis une dizaine d’années – par excès de précaution dans l’édification méticuleuse de petits dispositifs, s’appuyant sur l’apparente douleur d’une (en)quête pour systématiquement n’aboutir qu’à l’apaisement toute de surface d’âmes finalement pas si tourmentées. Injustice que de résumer ce cinéma à la platitude de ses images ? Aveuglement devant la subtile – insaisissable ? – imbrication de points de vue constituant au fond le puzzle d’une minutieuse édification de destins ? Quizás.

                                                                                                      

Reste que ce dernier film, dont le sujet avait pourtant tout pour enclencher, sinon un moindre débordement de sens bien paranoïaque, au moins le suspense d’un accès incertain à l’assurance d’une « vérité », n’est, tel quel, animé par aucune recherche, aucune soif manifeste de compréhension, de la part de Simon. Disons que de ce qui le pousse, aujourd’hui, à s’interroger ainsi sur cette grande inconnue que demeure l’amour réciproque de ce père originaire de Jordanie et cette mère irlandaise, ne ressort à l’image que la très superficielle « apparence » d’une interrogation. Bien sûr, la mort imminente du grand-père maternel – vieillard persistant sur son lit de mort à ne voir en son gendre qu’un suspect arabe responsable de la dérive de sa fille –, la douleur de ne se satisfaire à jamais que de ce « point de vue », ce regard négatif peut valoir comme juste origine de la recherche. À ceci près que le cinéaste ne cherche jamais à donner corps à une possible dialectique, une mise en crise directe des clichés racistes assénés par le vieux, par l’intermédiaire de l’énergie critique, du scepticisme actif du gamin. En ce sens, Adoration ne souffrira par ailleurs d’aucune réelle suspicion de parti pris idéologique, si l’on s’arrête sur la grande mollesse, le caractère hautement prévisible et mécanique de la dramatisation d’une crise de la transmission finalement très théorique.

                                                                                                        

Peut-être alors, à défaut de trouver dans les flottements perceptifs de l’ado matière suffisante à un engagement passionné dans cette histoire, serait-il bienvenue de s’arrêter un instant sur les deux autres protagonistes majeurs de la fiction : Tom et Sabine, respectivement l’oncle et tuteur légal de Simon, et sa prof de français, interprétés par Scott Speedman et Arsinée Khanjian. Chacun sera amené à confronter sa propre idée de l’histoire des parents de Simon à la réalité trop bien enfouie de cette histoire. De leur apparente extériorité à la recherche du garçon résultera in fine la plus ou moins surprenante prise de conscience d’un lien, d’une utilité de chacun à la résolution du mystère, permettant d’apporter un point final – ou tout du moins de clore enfin – à Adoration. Car oui, rarement mystère de cinéma se sera révélé aussi dénué d’aspérités, rarement obscurité existentielle ne sera apparue aussi pâle. Le film n’est en lui-même pas méchant, serait même, c’est heureux, moins immédiatement irritant que La vérité nue (Where truth lies – 2005), précédent film du cinéaste, à l’ambition quelque peu démesurée dans sa volonté de décryptage des fonds obscurs du spectacle sixties. Reste que prédomine, tout au long de sa vision, comme une pénible certitude : celle que vraiment, d’adoration ou de fascination, il ne sera hélas jamais réellement question.

                                                                                                          

Titre original : Adoration

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Durée : 100 mn


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