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8/9 Il était une fois Clermont …

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C´est un fait, on trouve toujours de << fort curieuses curiosités >> dans les soirées des festivals. Cette année, à Clermont, leur nombre et leur taille ont à notre avis considérablement augmenté…

Le Court du Jour de Lydia

Aujourd’hui, nous souhaitons parler du programme « Wapikoni, Premières Nations », qui présente une sélection de courts métrages réalisés depuis 2004 par des jeunes autochtones du Canada, à l’initiative de l’équipe du Wapikoni mobile. Le Wapikoni mobile est une caravane réaménagée en studio de montage et post-production, qui part à la recherche des villages indiens les plus éloignés, pour donner une chance aux jeunes de là bas de premièrement s’écouter les uns les autres, puis deuxièment se faire entendre en général, à travers des courts métrages plus que réussis qui seront par la suite projetés autour du monde, dont le festival de Clermont Ferrand.

Parmi les plus de 300 films produits jusqu’à cette date, la thématique commune qu’ils ont choisi de nous présenter ici tourne autour de leur histoire récente, et plus concrètement des conséquences néfastes que l’intégration obligatoire des enfants dans des pensionnats dirigés par des écclésiastiques intégristes catholiques au milieu du XXè siècle et au delà a eu sur eux et sur les générations futures.

L’amendement (2007) de Kevin Papatie, nous explique avec une très grande justesse de ton l’une des conséquences visibles de ces intégrations obligatoires dans le système éducatif des Blancs. Quatre générations d’une même famille algonquine nous sont présentées à travers des plans-portraits : l’arrière grand-mère, la grand-mère, la mère, la petite fille. La voix off parle en algonquin, tandis que les sous titres en français traduisent simultanément.

On nous explique de façon simple et objective qu’au fur et à mesure des enlèvements d’enfants par les pensionnats, l’algonquin a petit à petit été remplacé par le français comme langue première de communication, jusqu’à pratiquement dispraître aujourd’hui, la petite fille ne parlant quant à elle que le français.

Pendant que les images-portraits défilent sous nos yeux, le volume de la voix off en algonquin se tarit, jusqu’à complètement disparaître, pour ne nous laisser que les sous-titres français pour comprendre le sens des images. Ainsi, lorsque l’on regarde la petite fille, seuls ces sous titres l’accompagnent. Procédé certes très simple, mais d’une si grande justesse – une langue vivante a disparu sous nos yeux et oreilles, dans l’espace raconté d’un siècle, le XXè – que nous restons bouche bée devant ces images devenues silencieuses bien malgré elles.

Notre conclusion est brève et tout aussi simple : l’art, le savoir et l’espoir que la totalité des ces films courts nous apportent sont immenses. Pour y accéder, n’hésitez pas à cliquer ici :

www3.nfb.ca/aventures/wapikonimobile/excursionWeb/

Le Court du Jour d’Amiel

Film concept, Gaarud d’Umesh kulkarni est un huit clos révèlant une ouverture sur le monde au fur et à mesure de son développement narratif.

Vraie performance formelle tout d’abord : il faut un certain temps pour s’apercevoir que chaque plan est une des quatre faces d’une même pièce tournant indéfiniment sur elle même. Ces plans sont réunis sur une même ligne alors que la pièce est un lieu clos. Ouverture sur la ligne et fermeture par le décor : la chambre devient comme par enchantement un espace existentiel refermé sur lui même et à la fois ouvert sur le monde.

Travail minutieux ensuite : chaque plan autonome est un possible scénario qui, mis à bout, les uns à la suite des autres dans ce faux plan séquence, tente sans aucune prétention de nous esquisser l’Inde d’aujourd’hui dans toute sa diversité.

Tel un caléidoscope, il ébauche des pistes de lecture, ouvre le champ des possibles à l’infini. Reflet de la société indienne actuelle, il met en scène ces petites gens de tout âge qui la composent : hommes, femmes, enfants, danseurs, prostituées, jeune couple, vieillard, marchands ; la pièce, sur chacune de ses faces, revêt une nouvelle utilité, une nouvelle fonction, raconte une nouvelle histoire.

Ce film évoque pêle mêle en moins de 15 minutes une multitude de thèmes en les synthétisant donc chaque fois en un plan : la solitude, la mort, l’amour, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le suicide, la religion, les jeux…

Aperçus d’existences, impressions insignifiantes mais significatives : ce cinéma n’a rien de tapageur. Avec une grande humilité, Gaarud  – ou plutôt devrait on dire Le Charme (sa traduction française) – opère bien loin de l’imagerie indienne du cinéma mainstream et malheureusement, le constat n’est pas optimiste : la duplication au final du plan d’ouverture sur la porte fermée de l’intérieur nous rappelle que la boucle n’est pas encore prête à s’ouvrir.

Interview du jour

Dans le cadre de nos entretiens avec les réalisateurs, interview de Umesh Kulkarni, réalisateur indien de deux films en compétition à Clermont-Ferrand : Gaarud en Labo et Vilay en international. Il nous parle ici de son cinéma et plus particulièrement de son film Vilay.

Il y a dans vos films très peu de dialogues, parfois même inexistants… Pourquoi ?

Avant ces deux courts, je venais de terminer mon 1er long. Cette expérience m’a énormément épuisé : 40 comédiens, un scénario très écrit, beaucoup de dialogues et de répétitions à tenir…

En bref, je voulais revenir à un cinéma plus posé, plus calme où les longs discours laisseraient place au silence et à l’image. De toute manière, j’ai toujours eu du mal avec les dialogues. Je préfère le véritable défi de réaliser un film avec seulement de l’image et du son, c’est incroyablement plus difficile mais à la fois motivant. Cela laisse une plage d’interprétation plus large au film alors que les dialogues viennent souvent surligner le sens.

Il y a en Inde, une cinquantaine de milliards de personnes, mais dans votre film, il n’en reste qu’un petit fils et sa grand mère…  tout cela dans un extrême dépouillement. Vous allez donc à l’encontre de cette image d’une inde surpeuplée, grouillante et urbanisée…

Je suis originaire d’une petite ville qui s’appelle Pombi. C’est une très vieille ville. Avec le boom économique, la ville est entrain d’être complètement détruite et les bâtiments architecturaux anciens sont remplacés par des buildings ultramodernes, horribles, sans caractère et sans âme. La naissance du film vient de ce constat, au moment même où je perdais ma grand mère. Je voulais donc traduire ce sentiment de perte à la fois humain (le deuil de ma grand mère) et matériel (la disparition de la ville) et me concentrer sur les deux rapports en même temps.

C’est exceptionnel cette alternance du long métrage et du court métrage. Dans bien des pays, on passe souvent du court au long sans jamais y revenir. Quelle est votre position?

J’aime le court métrage et je ne pourrais jamais m’arrêter d’en faire. Je ne vois vraiment pas le format court comme un passage vers le long. J’y retrouve une certaine liberté à explorer les subtilités et les nuances, ce qui est impossible dans le long métrage, étant donné le contexte économique et humain.. Cette énergie, quand je fais des courts, je ne peux la retrouver dans le long. Ce n’est pas une manière de faire très usitée en Inde, le court métrage est encore méconnu et reste sous considéré. Il était même presque inexistant il y a de cela 10 ans. Un court peut parfois prendre un an à se faire tant il n’est pas financé. On me reproche parfois de passer trop de temps sur mes courts et pas assez sur les longs, mais c’est mon choix.

Relire ici l’épisode précédent.


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