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2/9 Il était une fois Clermont…

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Les rues clermontoises se remplissent, les sacs du festival se multiplient à vue d´oeil, ainsi que les accréditations autour du cou. Les troupes de festivaliers se rassemblent et décident de la stratégie idéale pour voir le maximum de films, assister au maximum de soirées et événements culturels, manger ou boire un maximum de produits locaux, et dormir un maximum d´heures, tout en restant au top de la forme physique et spirituelle. Mission impossible pour quelques-uns, défi à relever pour d´autres…

La passion du court métrage 2/9

Le Court du Jour de Lydia

Un ciel étoilé en mouvement régulier sur les sommets immobiles des arbres de la forêt. Strange Lights (2009) de Joe King et Rosie Pedlow, utilise différentes techniques du cinéma et de la photographie (images accélérées, temps de pause longs, grande ouverture de l’objectif) pour nous permettre de sentir et contempler la rotation terrestre nocturne autour de son axe, à travers des images d’une beauté fascinante.
Ces plans nous envoûtent à cause de l’impossibilité physique liée à la réalité représentée : en temps réel, nous sommes incapables d’apercevoir un mouvement pareil, pourtant, ce mouvement a lieu en permanence ; il existe. Les images nous transportent dans un monde aux limites de la magie et l’irrationnel. C’est alors que des voix de soldats se laissent entendre à travers la radio pour noter la présence d’étranges lumières, Strange Lights, qui parcourent cette nuit-là la forêt qu’on observe à l’écran. Petit à petit, nous apercevons des bribes de ces lumières au ras du sol ; le paysage devient plus inquiétant, et pourtant nous acceptons ces étranges lumières de la même façon que nous acceptons de voir la voie lactée se déplacer rapidement sous nous yeux. Paradoxalement, un sentiment de paix s’installe à l’image.

Les réalisateurs, habitués du festival de Clermont avec leurs précédentes œuvres, font ici un clin d’œil au plus célèbre incident lié à un OVNI au Royaume-Uni, où en 1980, des militaires américains ont aperçu des « lumières inexplicables » dans la forêt de Rendlesham. Mais cette information n’est pas précisée dans le film, et pour notre plus grand bonheur, cela nous permet d’intégrér cet instant féerique sans avoir à questionner la réalité des faits représentés.
 

Le Court du Jour d’Amiel

Le court du jour est plutôt une surprise issue d’ une programmation parallèle consacrée aux zombies, vampires, et autres revenants dont je n’attendais rien de particulier hormis me dégourdir l’esprit. Jeté pêle-mêle, je me suis retrouvé au coeur d’ hommages plus ou moins directs au genre, de la série Z un peu cheap au teen movie rétro, de la comédie musicale au réalisme sanglant. Au milieu de ce patchwork en dent de scie oscillant entre grotesque défoulant et psyché sur nous-mêmes revendiquant la fiction comme modèle dominant, un film iranien ancré dans le quotidien s’est démarqué singulièrement du lot.

Un homme au volant de sa voiture sur une route de campagne s’arrête et propose à un marcheur solitaire de l’accompagner jusqu’à chez lui. Le ton est direct mais l’approche documentaire contraste fortement avec l’ensemble codé et maniéré des films précédents. Cela fait penser à du Kiarostami, Le Goût de la cerise en tête. Même franchise, même simplicité de moyens, la conversation s’installe en champs contre champs sur cette route sinueuse entre le conducteur et cet instituteur venu de la ville pour enseigner. Evocation de l’abandon des campagnes, du deuil, de la difficulté de vivre, le mal-être et la pulsion de vie cohabitent au sein des plans.

Pour autant, aux dépens de la chronique sociologique, les ressorts de la fiction reprennent le dessus au fur et à mesure de la découverte des personnages tandis que le véhicule pénètre dans le brouillard.

Le chauffeur est en fait ambulancier et doit aller chercher le corps d’un inconnu décédé sur le chantier d’un pont, seul point d’accès à la civilisation urbanisée. Fantomatique, le surnaturel surgit ainsi du quotidien comme les silhouettes blanches, regroupées autour du cadavre, émergent sous leur bâche en plastique faisant office d’anorak. Le corps est celui d’un instituteur. Coïncidence étrange s’interroge l’ambulancier devant le défunt, les ouvriers lui répondent en retour que le décès du seul instituteur est une perte pour toute la région. De retour à sa voiture égarée dans les brumes, essouflé, son passager a disparu.


 
L’approche documentaire associé au film « post morterm »(Le Sixième sens, Les Autres…) se fait le reflet ici d’une société iranienne où l’isolement des campagnes et la perte du lien social, éducatif, et géographique se substituent au bonheur d’antan. Point de nostalgie ici, le film fait figure de constat : l’instituteur et le pont deviennent à leur manière des métaphores du lien brisé tandis que l’instituteur et l’ambulancier syncrétisent la rencontre des genres (documentaire et fiction)

Très loin d’être déshumanisant, le film de l’iranien Naghi Nemati témoigne avec subtilité de l’état de son pays entre conte philosophique et réflexion sociale. Un cinéma moderne à la croisée des chemins qui s’approprie les codes du genre et nous amène à voir ce que nous sommes en droit d’attendre d’un bon film de revenants. En bref, un cinéaste que nous retrouverons, espérons-le, très vite.

PS: Ce cinéaste est aussi sélectionné cette année en compétition internationale avec son film Frozen.

 
Relire ici l’épisode précédent.


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