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Yes we Cannes, 12 fois

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Douze jours de projections, de rencontres, d’emballements ou de déceptions, à partir du 12 mai sur la Croisette : serait-ce que la 63e édition du Festival de Cannes ressemble aux 12 travaux d’Hercule ? Réponse(s) ci-dessous…

Ce 12 mai, les sirènes de Cannes, toujours enclines à tintinnabuler de toute façon, ouvrent 12 jours de compétition (donc d’avant-premières, de rencontres, d’échanges, d’emballements, d’agacements, de rejets, de deals, de fêtes, de pipolades, de fatigues et, peut-être aussi, de temps forts). Une répétition qui, a priori, semble de bon augure : en numérologie, science fantasque quoique spirituelle, le chiffre 12 symbolise la sagesse, la plénitude, la perfection. Comme il n’est pas question, à l’orée de cette 63e édition du Festival, de brouiller le cinéma avec un présage quelconque (Dieu sait que le 7e art est un monde superstitieux !), voici donc les 12 bonnes raisons pour lesquelles Cannes 2010 fera en sorte de ne pas s’apparenter aux… 12 travaux d’Hercule pour le festivalier lambda.

1- Seulement 19 longs métrages en compétition (Ken Loach, invité de dernière minute), contre 21 ou 22 les années précédentes. Oui, alors d’accord, ça ressemble à un effet collatéral de la crise… Réjouissons nous pourtant : cette petite baisse de régime permet d’alléger un agenda souvent proche de la quadrature du cercle, pour mieux fureter, en toute sérénité, du côté des sélections plus défricheuses (souvent) que sont La Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique. Toujours positiver, même dans l’adversité.

2- Benicio Del Toro, membre du jury : avec ou sans ses lunettes noires de redoutable fêtard, on peut raisonnablement envisager de croiser l’acteur "hotissime" au détour d’une projection dans le palais des Festivals. Toujours y croire, même de façon très hypothétique (lunettes noires + salle obscure = cécité assurée).

3- L’iconoclaste (quoique icône lui-même) Jean-Luc Godard, en sélection à Un certain regard ("Film socialisme", une symphonie en trois mouvements, nous dit-on), parce que cela devient de plus en plus rare. Les "professionnels de la profession" l’adorent, essentiellement pour ses bons mots. Il y a 20 ans (ou 30, ou 40 ou 50), c’était aussi un homme d’images.

4- La conférence de presse de Mick Jagger pour le film "Stones in exile", en sélection à la Quinzaine des réalisateurs. Sûr que ça va se bousculer au portillon (attention l’émeute), mais entendre en "live" l’idole lippue parler de cet album mythique que fut et reste "Exile on main street", ça vaut la peine de confondre la Croisette avec… Altamont (non, non).

5- "Inside job", un documentaire américain signé Charles Ferguson. Proposée en "Séance spéciale", cette enquête menée aux Etats-Unis, en Islande, en Angleterre, en France, à Singapour et en Chine, sur la crise économique de 2008 et ce qui se cache derrière, est juste une bonne façon de se souvenir qu’au-delà des paillettes et des alouettes, le cinéma est aussi le miroir du monde d’aujourd’hui. Apre.

6- "Women are heroes" : rien que le titre, déjà, on a envie d’aller voir ! Et d’autant plus que ce film, proposé par La Semaine de la critique, est programmé dans le cadre du "Cinéma de la plage", entendez un soir, gratuitement, en plein air, sur les transats de la plage Macé. Périlleux, en ces temps pluvieux, limite "Tsunami" ? Oui, justement, puisque… "Women are heroes", en effet (souvent).

7- La Caméra d’or, que l’on oublie trop souvent et qui récompense, façon "la Palme aux débutants", un premier long métrage brillant, évidemment. L’an passé, c’est le formidable "Samson et Delilah" de l’Australien (Aborigène) Warwick Thornton qui s’était distingué. En 2008, "Hunger" du britannique Steve McQueen, époustouflant, volait même un peu la vedette à ses aînés. C’est dire si Gael Garcia Bernal et son jury sont attendus au tournant.

8- "Hahaha", du Coréen Hong Sangsoo. Parce qu’on l’aime bien, cet habitué de Cannes (c’est son 5e film sur la Croisette), et parce que dans ce déluge de longs et courts métrages issus du monde entier, résonnant de mille langues et d’autant d’accents, son titre immédiatement compréhensible par tous, met en joie, quoi qu’il en soit.

9- La météo chagrine, promise globalement pour toute la première semaine. Comme ça on reste concentré, bien fait !

10- Amalric, Beauvois, Tavernier (et Assayas, hors compétition) : les réalisateurs français sont dans la place, et pas les plus mauvais ! Oh yeah… De fait, un seul Américain (l’improbable Doug Liman) concourt pour la Palme d’or cette année (Oliver Stone et Woody Allen viennent hors compèt’, c’est plus chouette) : de quoi désarçonner l’insolite président du jury, alias Tim Burton "himself" ? Wait and see…

11- Beniciiiioooo !!!! Parce que les milliers de filles transies, dûment circonscrites depuis des heures derrière les barrières de sécurité, face au Palais, et qui l’appelleront ainsi chaque jour vont le faire sourire. Et nous aussi. Perpétuant l’autre grande tradition du Festival, hormis la qualité de ses films (et l’hyperactivité de son Marché) : son glamour, un peu sexe, un peu frivole, un peu vulgaire, un peu hypnotique, donc assez emblématique de notre époque. Au fond.

12- Les 12 coups de minuit… Non pas que le 12 soit un chiffre mystique (quoique !), mais plus fort, plus mélancolique, et donc beaucoup plus cinéphile que la trop fameuse montée des marches, c’est… sa descente, au cœur de la nuit. Lorsque les caméras, les flashs et les badauds s’en sont allés, et qu’entre deux clameurs lointaines dans les ruelles alentour, le réalisateur du second film du soir – le moins "hype" – une fois la projection achevée, le regard flou et le nœud papillon défait, s’en retourne discrètement, parfois titubant, seul souvent, à son destin de créateur. Arrêt sur image. D’une justesse irrépressible.


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