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Wolf and Sheep

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Chronique d’un drame annoncé.

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, lors du dernier festival cannois, Wolf and Sheep est le premier long métrage d’une jeune réalisatrice afghane âgée de 26 ans, Shahrbanoo Sadat. Le scénario, qui mélange les souvenirs d’enfance de la cinéaste et ceux de son meilleur ami, Anwar, nous immerge dans le quotidien d’un village isolé situé dans les montagnes afghanes. Si l’attention est plus particulièrement dirigée vers les enfants bergers, c’est avec la même acuité que le regard se porte sur tous les membres de cette communauté : « pour qu’un habitant de la région voie le film et se dise : c’est ma vie. », explique Sadat. Questions existentielles, conflits domestiques, jalousie féminine, rien ne semble échapper à une caméra dont le point le vue n’est jamais partial. De même, la description des précaires et arides conditions de vie n’entend pas jouer sur la corde sensible. En parallèle de cette dimension documentaire, se développe une vision prophétique au sein de ce récit qui mélange le réel à la mythologie. Wolf and Sheep s’impose alors comme une parabole riche de sens et de force.



 


Cloisonnés

Retranscrire l’organisation de la communauté constitue l’un des enjeux majeurs de la mise en scène et le découpage révèle l’efficience de chaque entité dans l’exécution de ses fonctions : les enfants pour le déplacement du troupeau, les femmes pour l’organisation du foyer, et les hommes comme responsables du village. Le montage alterné nous rappelle la séculaire séparation entre les sexes : tandis que les adolescentes s’amusent à imiter leurs mères négociant les conditions d’un mariage, les garçons, quant à eux, développent leur dextérité au lance-pierre. Les enfants du village prennent très tôt conscience du statut qui leur est attribué. Si une évolution voire une révolution doit poindre, le salut viendra de la nouvelle génération féminine, incarnée ici par le personnage de Sediqa (Sediqa Rasuli), double filmique de la réalisatrice, qui brise le carcan des traditions en se liant d’amitié avec un jeune garçon, Qodrat (Qodratollah Qadiri). Lorsqu’une décision stratégique doit être prise, le cadrage se charge de souligner la hiérarchie en reléguant au second plan les femmes et les plus jeunes garçons. Alors que l’action se déroule principalement en extérieur, parcimonieux est le recours aux plans d’ensemble, l’espace n’est pas une tentation séduisante pour les membres de la communauté, même une chèvre affiche sa réticence à être détachée.


Vers leur destinée

Par petites touches, la mise en scène innerve le récit d’une tension qui prend le dessus sur les actes du quotidien. Le loup, qui a refait son apparition est un danger permanent, non seulement pour le troupeau qu’il a déjà attaqué, mais aussi pour les hommes qui se sentent observés et menacés jusque dans leurs propres habitations. Une créature mi-homme mi-animal, à peine éclairée par le clair de lune, hante les rues du village mais son mystère ne sera jamais dévoilé : Shahrbanoo Sadat n’hésite pas à emprunter les codes du film d’épouvante pour suggérer la malédiction qui pèse sur la communauté. Le motif de la préparation sert de fil conducteur au scénario ; le partage des provisions avant le départ, le tissage minutieux d’un cordage… Des scènes se répètent, les enfants puis les hommes et enfin les femmes évoquent la légende du loup immortel. D’autres séquences se répondent, l’entraînement à la fronde puis, plus loin dans le récit, l’œil crevé d’un garçon, affirmant ainsi la fatalité qui frappe la population afghane. Les frondes, le courage des hommes ne seront pas de taille pour lutter contre un ennemi qui restera en permanence hors-champ et sans visage : les habitants sont alors obligés de fuir le village pour survivre, métaphore d’une guerre aveugle qui ravage la région depuis de longues décennies.

Titre original : Wolf and Sheep

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Acteurs : ,

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Durée : 86 mn


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