Une Année polaire

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Le Grand Nord est à la mode depuis que la banquise fond. Samuel Collardey est allé installer sa caméra dans une école au pays des Inuits. Émouvant.

À cent lieues des idées reçues

L’inspiration viendrait-elle du Grand Nord, maintenant que l’on sait que le réchauffement climatique est irréversible, et ce malgré l’existence d’une ubuesque ambassadrice des deux pôles ? Après Le voyage au Groenland (2016) – un film de Sébastien Betbeder qui nous donnait à voir des bobos dans le grand froid -, c’est au tour de Samuel Collardey de nous proposer un bien joli documentaire. Après L’Apprenti (2008), Comme un lion (2013) et Tempête (2016), voici donc Une Année polaire qui s’impose comme un beau quatrième long métrage. Avec sa formation de chef opérateur à la Fémis, Collardey nous offre de très beaux plans sur une neige immaculée et puis, à la faveur du dégel printanier, sur une nature qui s’éveille et qui d’ailleurs aurait donné son nom au pays vert, le Groenland.

 

Vivre à Tiniteqilaaq

Le film raconte l’histoire d’Anders, un géant pacifique danois dont les parents aimeraient qu’il reprenne la ferme ancestrale au Danemark mais qui, pour sa part, rêve plutôt de grands espaces et d’enseignement. Il pose sa candidature pour un poste de l’instituteur et choisit volontairement un trou perdu au pays des Inuits, le hameau de Tiniteqilaaq dont il arrive difficilement à prononcer le nom correctement. Il ne devra parler que le danois pour éviter que les autochtones continuent à parler leur langue et, s’il parvient à dire peu à peu quelques mots de l’idiome local, il se doit selon les directives de l’institution de ne pas trop communiquer. C’est pourtant très difficile de rester toujours en retrait, d’autant que l’accueil des Inuits, notamment des enfants, est pour le moins – sans jeu de mot. – glacial. Peu à peu, l’atmosphère va se réchauffer et c’est la réussite principale de ce film que de montrer comment les gens du monde entier peuvent un jour se parler dans la solidarité et le sourire, tout en se gardant bien entendu d’être trop naïfs. Une année polaire, pour ne pas dire une année scolaire, est un film ambitieux qui donne envie d’aller vers d’autres horizons parce que, au bout du compte, en dépit de différences apparentes, toutes les société se ressemblent et ont toutes besoin de bonnes doses d’amour et d’ empathie pour fonctionner. L’acmé du film est symbolisé  par le petit garçon, Asser, sorte de descendant des Quatre cents coups  (François Truffaut, 1959) et qu’Anders, peu à peu, parvient à apprivoiser et à canaliser en lui permettant de devenir un jeune homme.


La nature et la culture

C’est justement tout ce travail de l’enseignant, mais aussi de tout homme de bonne volonté, que le film montre avec comme point culminant le feu d’artifice final auquel Anders participe avec tous les autres villageois. Le réalisateur explique très bien ce miroir que nous tend le film, en déclarant dans le dossier de presse : « Le film nous montre sans doute une vie au plus près de la nature, des éléments – c’est sûrement plus frappant quand on habite à Paris ou dans une grande ville. Mais je traque plutôt quelque chose d’assez universel dans les rapports humains. Dans mon petit village de Franche-Comté, je retrouve les mêmes fonctionnements que ceux de l’autre bout du globe, chez ces gens qui sont rattachés au reste de l’humanité depuis très peu de temps. Ce qui nous rassemble m’intéresse plus que ce qui nous différencie. Et film après film, je traite toujours de la même chose : la famille, la transmission, la paternité. »

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Durée : 104 mn


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