Un hiver à Yanji

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Jules et Jim à la neige…

De belles références

Même avant sa sortie en salles, la critique parle déjà d’un Jules et Jim d’Extrême-orient et ce n’est sans doute pas faux puisque le jeune réalisateur – avec déjà cinq films au compteur dont les remarqués The Year of the Everlasting Storm et Ilo Ilo à Cannes, et Drift cette année à Sundance -, en présentant son film à Cannes dans la section Un certain regard cette année, a lui-même reconnu cette influence. On pourrait aussi bien lui trouver d’autres parentés, notamment avec Ang Lee pour son film de 1997 Ice Storm, et aussi avec Bande à part de Jean-Luc Godard pour la scène citationnelle de la course des trois personnages dans la librairie filmée en un seul plan séquence. 

L’ amour à la neige

Mais ce serait purement réducteur de ne considérer ce film qu’à l’aune des influences perçues car Anthony Chen, originaire de Singapour, a voulu s’imposer cette sorte de challenge en s’infligeant presque, au sortir du confinement dû au covid, cette épreuve qui l’a transporté dans un pays mal connu (le Nord de la Chine à la frontière de la péninsule coréenne), en plein hiver (la région la plus froide de la Chine), sans scénario et avec trois jeunes acteurs magnifiques qu’il a mis en présence afin de rendre hommage au courage et au désir de liberté de la jeune génération chinoise qu’on dit souvent désabusée. La note d’intention en fait vraiment état : « Le film est né d’un désir fort et d’une envie très spontanée, après deux années de confinement chez moi pendant la pandémie, où j’ai traversé une véritable crise existentielle. Et comme certains projets ont été retardés, j’étais déterminé à faire quelque chose rapidement. J’étais en quête d’identité en tant que cinéaste. Je souhaitais me libérer de mes habitudes et je me suis mis au défi de faire un film en dehors de ma zone de confort. Je me suis donc forcé à faire un film dans un pays, un terrain et un climat qui ne m’étaient pas familiers. Je voulais capturer l’esprit de la génération actuelle des jeunes Chinois dont j’avais beaucoup entendu parler. » 

Magie des paysages

La présence ici de la neige – et dont il joue – et qui ne doit pas être très habituelle à Singapour lui a donc permis de se sentir dépaysé comme ces jeunes personnages qui sont tous des transplantés dans cette région superbe mais sans doute assez inhospitalière surtout en plein hiver. En effet, c’est l’hiver à Yanji. Venu de Shanghai pour un mariage, Haofeng s’y sent un peu perdu. Par hasard, il rencontre Nana, une jeune guide touristique qui le fascine. Elle lui présente Xiao, un ami cuisinier. Les trois se lient rapidement après une première soirée festive. Cette rencontre intense se poursuit, et les confronte à leur histoire et à leurs secrets. Leurs désirs endormis dégèlent alors lentement, comme les paysages et forêts enneigées du Mont Changbai.

 

Boire pour oublier ?

Ces paysages sublimes vont servir de cadre à certaines scènes du film qui proposent comme des peintures traditionnelles chinoises ces paysages enneigés, mais aussi la nature par le biais de la rencontre surréaliste avec l’ours magique, et tant d’autres allégories reposant sur le dépassement et la présence de la glace comme symbole de pureté et de dureté. On s’attache à cette histoire d’amour et d’amitié à travers la vie de ces jeunes gens qui rêvent d’on ne sait quelle vie, quel amour, en buvant beaucoup, comme le veut la tradition de la Corée si proche. « Notre trio est composé d’individus qui ont subi des échecs et qui luttent contre leurs déceptions de différentes manières, déclare le réalisateur dans le dossier de presse du film. Pour moi, ces trois-là se sont trouvés à un carrefour particulier de leur vie, et leurs échanges auront changé l’un et l’autre pour toujours. »

Titre original : Ran dong

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Durée : 100 mn


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