Un Grand voyage vers la nuit

Article écrit par

Écran plat.

Si Bi Gan désirait faire du « plan séquence long en deuxième partie de film » sa marque de fabrique, il devra sans doute chercher ailleurs. Ailleurs, mais pas dans un autre dispositif, un nouveau procédé cinématographique, une autre mécanique, mais au contraire, dans tout ce qui échappe à la technique, tout ce qui s’obtient au delà de la maîtrise, qui sort du cadre rigide de la technicité. Ce que Kaili Blues, (son premier film) avait su faire jaillir, avec son plan séquence bricolé sur une moto, autorisant les tremblements libres issus de l’avancée frénétique et fragile du véhicule. Le paysage qui se déroulait derrière dans la brume, avec ses actions préparées à l’avance pour la réussite du plan séquence, avait des airs solennels propices à une cérémonie (les villageois se refilaient la suite des évènements par passages flottants). C’était la précieuse harmonie entre le calcul et l’échappement autorisé du hasard. Ici, la surface n’a gardé que le calcul, et l’audace s’est transformée en prouesse technique m’as-tu-vu, où l’on délivre en début de séance des lunettes 3D comme de mini trophées. C’est qu’une tension récalcitrante résulte de deux forces contraires ; celle de l’écran aux images increvables, plastifié, au travers duquel rien ne passe, et la nôtre, qui tente de se fondre en lui, malgré l’empêchement physique de celui-ci à nous faire rentrer dans le film. L’écran se solidifie, se ferme comme derrière une vitrine, et laisse entrevoir le hors champ de la salle obscure.

 

Si l’exercice de style gèle l’écran, ne nous permet pas de décoller, les lunettes 3D auraient pu dresser un pont entre la fiction et notre esprit. Creuser les dimensions et insérer un peu d’architecture sur l’écran plat inflexible, nous embarquer enfin dans un voyage libre, affranchi des effets de mises en scène, des textures sonores et visuelles surabondantes de la première partie. Elles s’ajoutent au processus de séparation qui s’érige une bonne fois pour toute entre le public et l’écran.

Titre original : Di qiu zui hou de ye wan

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 110 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Journal intime

Journal intime

Adapté librement du roman de Vasco Pratolini, « Cronaca familiare » (chronique familiale), « Journal intime » est considéré à juste titre par la critique comme le chef d’œuvre superlatif de Zurlini. Par une purge émotionnelle, le cinéaste par excellence du sentiment rentré décante une relation fraternelle et en crève l’abcès mortifère.

Été violent

Été violent

« Eté violent » est le fruit d’une maturité filmique. Affublé d’une réputation de cinéaste difficilement malléable, Zurlini traverse des périodes tempétueuses où son travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cet été
violent est le produit d’un hiatus de trois ans. Le film traite d’une année-charnière qui voit la chute du fascisme tandis que les bouleversements socio-politiques qui s’ensuivent dans la péninsule transalpine condensent une imagerie qui fait sa richesse.

Le Désert des tartares

Le Désert des tartares

Antithèse du drame épique dans son refus du spectaculaire, « Le désert des Tartares » apparaît comme une œuvre à combustion lente, chant du cygne de Valerio Zurlini dans son adaptation du roman éponyme de Dino Buzzati. Mélodrame de l’étiquette militaire, le film offre un écrin visuel grandiose à la lancinante déshumanisation qui s’y joue ; donnant corps à l’abstraction surréaliste de Buzzati.

Les Jeunes filles de San Frediano

Les Jeunes filles de San Frediano

Ce tout premier opus de Valerio Zurlini apparaît comme une bluette sentimentale. Clairement apparentée au “néo-réalisme rose”, la pochade, adaptant librement un roman de Vasco Tropolini, brosse le portrait d’un coureur de jupons invétéré, Andréa Sernesi, alias Bob (Antonio Cifariello).