Select Page

Interview avec Tim Burton

Article écrit par

« Alice au pays des merveilles », le livre culte de Lewis Carroll, compte pas moins de 28 adaptations au cinéma ou à la télévision. Qu’à cela ne tienne, Tim Burton nous livre la sienne. Il s’en explique ci-dessous…

Si loin, si proche : il fut un temps où Tim Burton, adolescent solitaire et taiseux, fantasmait sur Hollywood, planète inaccessible, de sa proche banlieue de Burbank. La tignasse un peu mieux taillée (guère), l’adulte qu’il est à peu près devenu témoigne, semble-t-il, de rêves plus concrets aujourd’hui. Ses films d’abord, qui tous se jouent peu ou prou de la frontière – ténue – qui sépare l’onirique du réel. Sa vie, aussi : lorsque ce quinquagénaire débonnaire donne ses interviews, de passage à Paris, c’est au Ritz, juste après avoir été intronisé Officier des Arts et des lettres par le Ministre de la Culture ! De l’autre côté du miroir, en quelque sorte ? Peut-être bien : nul ne s’étonnera, dès lors, qu’Alice au pays des merveilles, d’après l’œuvre culte de Lewis Carroll, en salle le 24 mars, soit le dernier avatar de sa filmographie en forme de rêve éveillé. Et certainement pas lui…

Avant même de penser à l’adapter au cinéma, quel était votre rapport au livre de Lewis Carroll ?

En fait, je connaissais le personnage d’Alice mais… pas le livre. Vous savez, je suis de Burbank (sourire), on ne lit pas beaucoup de livres là-bas ! Donc, ma connaissance de l’univers de Carroll venait plutôt de la musique, de groupes qui en parlaient dans leurs chansons, ou d’autres écrivains, quand même (sourire à nouveau), ou, surtout, d’illustrateurs. Parce que cette imagerie, avec le chapelier fou ou le chat par exemple, hé bien elle fait partie de la culture populaire, ce sont vraiment des éléments de notre imaginaire collectif. Cet univers a même infiltré nos rêves. Les miens en tout cas…

Pourquoi une nouvelle version d’Alice alors, puisque ce personnage a d’ores et déjà inspiré de nombreuses adaptations au cinéma ou à la télévision ?

C’est vrai qu’il y en a eu plusieurs avant moi. Beaucoup même ! Je crois qu’on en compte 28, il y en a même une pornographique ! Mais aucune ne me plaisait vraiment. Aucune ne me semblait donner « la » vision définitive. Même celle du dessin animé de Disney, elle est trop littérale. D’ailleurs, de tous les cartoons de Disney, c’est celui qui a le moins bien marché. Donc là, avec le scénario de Linda Woolverton, ce que j’aimais, c’était le ton un peu plus adulte de l’histoire, le fait que l’on pouvait explorer le monde du rêve tout en abordant de vraies problématiques. La vie imaginaire et la vie réelle ne sont pas exclusives l’une de l’autre, vous savez. Or, il m’a semblé que les personnages de Lewis Carroll, dans tous les autres films, étaient représentés de façon trop littérale. Moi, encore une fois, je voulais explorer ce qu’il y a de commun entre la vie onirique et la réalité, c’est ça qui me fascine, cette interconnexion.

Vous avez donc choisi de faire vieillir la petite Alice…

Oui, enfin c’est toujours une jeune personne, elle a 19 ans, mais avec une âme plus âgée. L’Alice plus jeune, je la trouvais un peu insupportable en fait ! Elle est toujours en train de dire : oh, comme c’est étrange ! C’est un peu court quand même (rires) ! D’ailleurs, Mia (Wasikowska, la jeune actrice qui tient le rôle titre du film), quand je l’ai vue la première fois, j’ai tout de suite senti qu’elle avait l’intelligence que je recherchais, celle de quelqu’un qui ne rentre pas dans les normes sociales, une sorte de gravité et de fraîcheur mêlées. Je n’avais encore jamais vu ça au cinéma !

On vous sent très proche de cette histoire. Quel degré d’implication avez-vous eu en fin de compte dans le scénario ?

Bon, je n’ai pas écrit le scénario, mais il était important qu’il m’aille, je veux dire qu’il fallait que je le ressente de façon très intime. Parce que ce dont je parle, à travers Alice, c’est d’un voyage intérieur que nous avons tous plus ou moins fait. Moi, depuis mon plus jeune âge, je me bats contre une société qui réprime, et mon Alice aussi, puisque ce film raconte le parcours qui va lui permettre de s’émanciper du destin qu’on avait choisi, a priori, pour elle.

Quand on voit votre film, on se demande… pourquoi vous ne l’avez pas réalisé plus tôt, tant cette histoire de monde alternatif et onirique semble vous coller à la peau depuis vos débuts dans le cinéma ?

En fait, c’est la combinaison d’Alice et de la 3D qui m’a déterminé. Cela a joué comme un déclic pour moi. Bien sûr, cela ne veut pas dire que chaque film, pour moi, devrait être en 3D désormais, non, mais pour cette histoire spécialement, c’était très excitant. Parce que la 3D, pour le coup, ça colle parfaitement avec la magie d’Alice au pays des merveilles. Cet univers, c’est comme un trip ! Et la 3D permet une immersion totale…

Reconnaissance publique et critique, bientôt Président du jury, au prochain Festival de Cannes : n’avez-vous pas l’impression que votre vie, finalement, c’est un peu « Tim au pays des merveilles » ?

Non, parce que tout ce que j’ai touché n’a pas forcément été un succès ! En fait, pour moi, c’est de faire un film qui me donne le sentiment de m’immerger au pays des merveilles… Cela peut être une expérience à la fois drôle, tragique, sombre, folle… En tout cas, vous oubliez que le cinéma c’est une industrie et vous essayez juste de faire quelque chose d’artistique, avec ce que j’appelle ma drôle de famille. Celle que j’ai choisie.

 


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Tu mérites un amour

Tu mérites un amour

Passée par l’école Kechiche, essayant d’en adopter les méthodes, Hafsia Herzi ne parvient pas à rendre sa parole claire ni intelligible. Un film sur la vie, l’amour, la haine, qui manque de singularité, d’intérêt, de poésie, de cinéma.