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Rencontre avec Sylvie Testud

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Rieuse, rapide, gouailleuse, la comédienne revient sur cette drôle d’histoire qu’est, pour elle, « Gamines ». Un roman, d’abord, qu’elle signe en 2006. Et, désormais, un film…

Il y a des gens, bavards souvent, qui parlent comme ils respirent. Sylvie Testud, pas franchement du genre mutique, parle comme elle écrit. Et probablement comme elle vit. Sans détour. Rapide, rieuse, gouailleuse : à travers ses phrases courtes, ébouriffées, l’on perçoit d’emblée la petite fille effrontée, insatiable, qu’elle a dû être. Une réminiscence qui tombe plutôt bien : l’actrice trentenaire, une silhouette d’adolescente aussi blonde que menue, est là pour Gamines, le nouveau long métrage d’Eléonore Faucher, lui-même adapté du roman éponyme signé… Sylvie Testud, inspiré de son enfance sans père, à Lyon, dans les années 70. Accessoirement, un gros succès en librairie (plus de 50 000 exemplaires vendus en 2006/2007). Houla… Vertiges de l’humour aidant pourtant, l’entretien, primesautier, rebondit de mots en thèmes, de sourires en clins d’œil, tels les balles d’un jongleur qui nargueraient l’apesanteur terrestre… Sacrée gamine !

Vérités et mensonges

« Tout est faux dans cette histoire, sauf la vérité que ça laisse ! C’est un peu comme les imitateurs qui font des caricatures, dans le bon sens du terme, et vous vous dites : c’est exactement ça ! D’ailleurs, c’est ce que ma famille m’a dit, en lisant le livre ! Or, tous les faits sont faux… Parce que je ne suis pas journaliste, je ne fais pas un travail de documentation. Disons que c’est inspiré de… Ah oui, quand même, l’histoire de la photo de mon père, c’est vrai. Mais la vraie vérité, c’est l’absence de mon père que j’ai fantasmée, notamment à travers cette photo. Et puis le fait que j’étais le mouton blanc, enfin plutôt blond, au milieu des moutons noirs qu’était ma famille italienne !

Bonjour tristesse

« Moi, je ne pleure pas sur la tristesse de l’histoire. En revanche, ce qui fait pleurer mon personnage, c’est qu’elle se rend compte que cet homme manquant, ce n’est pas son histoire ! En fait, c’est une histoire entre deux adultes, mon père et ma mère. Et je suis sûre que si demain je leur organise un rendez-vous dans un café, ça fait une explosion ! Une histoire d’amour, si c’est pas fini, c’est une tragédie, ça oui…

En avoir ou pas

« Jusqu’à ce qu’un professeur fasse « oh ! » en voyant inscrit à la rubrique père, sur ma fiche à l’école, « sans », moi ça ne me manquait pas. Vous savez, c’est un peu comme lorsque vous demandez à un sourd si la musique ne lui manque pas… Quand vous n’avez pas eu une chose, elle ne vous manque pas, voilà ! D’ailleurs, j’ai construit quelque chose de tellement fort, de tellement carré, que le monsieur que j’ai rencontré plus tard, une fois adulte, dans un café, eh bien il ne prendra pas sa place

Eléonore Faucher (la réalisatrice)

« Quand on m’a parlé d’adapter mon livre au cinéma, le truc compliqué, c’était : est-ce que je joue, moi ? On m’a même proposé de le réaliser, mais là j’ai dit non. Pour le rôle, celui de Sybille adulte, c’est Eléonore qui m’a décidée. Parce que j’avais peur que cette histoire me revienne dans la gueule comme un boomerang. Mais là, c’était difficile de dire non à quelqu’un qui vous aime. Je n’ai pas tourné beaucoup, cinq jours, mais ça a bien fonctionné. Elle est forte Eléonore ! Sa vérité est la même que la mienne, même si petite elle a eu un père. Mais les rapports entre sœurs, l’envie de rigoler quand on est gamin dans un milieu un peu coincé, ce sentiment du danger imminent : ça, ça nous rapprochait. D’ailleurs, mon histoire, elle l’a faite sienne. C’est elle qui a écrit le scénario, c’est son film. Je me souviens, sur le tournage, le soir dans ma chambre d’hôtel, je me disais : c’est un truc de fou… ou pas ?

Zoé Duthion (Sybille fillette)

« Petite fille, j’étais moins gracieuse qu’elle ! Ce qui est vraiment mignon, c’est que l’on s’est rencontrées, en fait, au moment des voix off, toutes les deux en studio. Et bon, il parait que j’ai une gouaille… Or, petit à petit, j’ai vu Zoé faire pareil… Je l’ai vue faire ce chemin ! Elle est très forte !

C’est déjà demain

« Mon prochain film, c’est Lourdes, l’histoire d’une jeune femme atteinte de sclérose en plaques et qui ne croit pas en Dieu. C’est un peu comme un conte de fées, mais qui se casse la gueule. Un film plutôt cynique. Et puis aussi, à venir, Mademoiselle Mumu, une comédie de Joël Seria, où je joue une salope ! Et du côté des bouquins, je continue. Le prochain s’appelle Chevalier de l’ordre et du mérite. C’est une critique sur l’éducation que l’on reçoit. L’histoire d’une femme qui pète les plombs… C’est vrai, je n’arrête pas. Mais petite fille, c’était déjà comme ça : je passais du dessin à la poterie, alors…»

Propos recueillis par Ariane Allard


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