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Souvenirs de cinéma

Article écrit par

A l’occasion de la réouverture des cinémas cette semaine, la rédaction se fend de ses plus touchant ou amusant souvenirs dans les salles obscures.

Jean-Max Méjean

Etonné et un peu inquiet qu’on nous demande un souvenir de salle de cinéma. Est-ce à dire qu’il serait mort du moins sous la forme qu’on lui connaissait, dans une salle de cinoche, corn-flakes ou pas entre les mains, avec ou sans petit(e) ami(e) ? Je me souviens d’un soir dans une salle du Quartier Latin qui projetait La rose pourpre du Caire. Un froid glacial s’installa peu à peu dans la salle et, le film fini, encore prisonniers de sa magie, nous découvrîmes la neige sur plusieurs centimètres qui avait envahi tout Paris, comme le bourg dans Amarcord.

Matthias Turcaud

Salle historique du Tchad longtemps inactive, mais reprise en 2011 par le réalisateur Issa Serge Coelo (voir notre article), le « Normandie » a de nouveau fermé maintenant, depuis presque deux ans… Ouvert pour des occasions ponctuelles, puis refermé. Toutes ces péripéties mériteraient d’ailleurs bien un film ! J’ai découvert la salle lors de mon arrivée au Tchad, en 2017, et m’y suis attaché. Le ticket n’y coûte pas très cher – l’équivalent de 3 euros, souvent. Malgré l’absence de savon dans les toilettes, il s’agit d’un endroit agréable ; dans la cour se trouve un grand manguier. Le personnel se montre chaleureux. J’y suis allé une dizaine de fois, pour voir des blockbusters américains, mais aussi à l’occasion d’un festival du cinéma allemand, et d’un autre de courts-métrages africains, organisé par Ache Coelo. En plus de cette dernière, et d’Issa Serge Coelo, j’ai pu y rencontrer le réalisateur guinéen Mama Keita, ou le réalisateur congolais Balufu Bakupa – dont j’ai beaucoup apprécié les courts-métrages respectifs, One More Vote for Obama et Le Damier. En dépit des films déprogrammés à la dernière minute, d’une clim’ trop chevronnée ou de quelques désagréments techniques parfois, cela reste une salle confortable, chargée d’histoire et avec une âme. Alors que les autres cinémas comme le Vog ont disparu, que les ciné-clubs informels perdent aussi de vitesse, la nouvelle fermeture du Normandie peut beaucoup inquiéter. Mais gageons que ce cinéma très symbolique renaîtra, une fois de plus, de ses cendres.

Justin Kwedi

Encore cinéphile en herbe au début des années 2000, vous pouviez lire ou apprendre au détour d’une rencontre la nostalgie des « vieux » pour les salles de quartier des 70’s. Ils avaient découvert dans ces cinémas de quartier populaire tout un pan de cinéma d‘exploitation alors ignoré par la critique (giallo, film d’arts martiaux, cinéma érotique, western spaghetti, film gore…) qui ne retrouverait ses faveurs qu’à l’heure de prestigieuse réédition dvd/bluray. Les anciens nous narraient l’œil humide les ambiances survoltés et le public pour la plupart ouvriers hyper réactif à ces films haut en couleur. Il se trouve que pendant un temps le cinéphage parisien a eu son équivalent de ces fameuses salles avec l’UGC Orient Express. Situé au sous-sol du Forum des Halles comme un furoncle un peu honteux, la salle servait initialement de dernier tour de piste aux films en fin d’exploitation. Mais très vite les « rebuts » que ne se permettaient pas de diffuser l’UGC Ciné Cité les Halles se retrouvèrent vite là. Teen movie bas du front, films d’horreurs improbables, œuvres malade de réalisateurs renommés sacrifié par le distributeur (Osmosis Jones comédie scato mélangeant animation et live des frères Farelly) et souvent des ovnis inclassables, l’UGC Orient Express était le rendez-vous des curieux et risque-tout braillards. Les conditions dont on se plaignait mais qui en renforce aujourd’hui la nostalgie y sont pour beaucoup : salle vétustes et écrans minuscule, climatisation aléatoire, murs fin qui laissaient échapper les sonorités de la salle voisine, siège vibrant au passage du moindre RER… La salle a fermé ses portes en 2014 lors de la grande refonte du Forum des halles et bien évidemment sa programmation interlope n’a pas réellement été reprise par la grande sœur du niveau 1. A notre tour désormais, de vanter aux plus jeunes l’euphorie des vrais salles d’antan et à eux de se fabriquer leur souvenir.

Hee Tronchet

« Comme les pleurs nous manquent parfois. Un melo aurait plus de classe. Quelques larmes nous valent bien ça. Mais c’est trop demander hélas. »

 Si je devais quantifier le nombre de mes souvenirs de cinéma je dirais simplement qu’heureusement ma mémoire est en permanente expansion. À dire vrai j’ai aimé des films aussi fort que j’en ai détesté. Certains ne m’ont qu’à peine effleuré et pour d’autres je les ai repoussé car je n’étais pas encore prête. On suppose régulièrement que le cinéma est une question de goût, qu’il y a des gens qui l’aiment et d’autres non, je pense que ces personnes-là ont tort. Je ne suis pas venue au monde avec cet amour. Il m’a fallu du temps pour trouver cette évidence qu’est le cinéma aujourd’hui dans ma vie. À mes quinze ans ou peut-être mes seize mon père, que je voyais de temps à autre le temps d’un week-end, m’a emmené dans le cinéma d’art et d’essais de ma ville pour aller voir un film qui ne m’inspirait rien : La belle personne. Christophe Honoré était alors à mes yeux un sombre inconnu et à cette époque hormis les films d’animations d’Hayao Miyazaki, la poésie des Burton et les téléfilms de Noël, le cinéma à mes yeux se résumait aux blockbusters américains que je trouvais insipides. Je ne sais pas si cette séance est le meilleur souvenir de cinéma de ma vie mais une chose est sûre, sans lui il n’y en aurait pas eu d’autre. Sûrement était-ce mon regard d’ado mais l’urgence des personnages à ressentir, leur désespoir, leur déraison, ont tout balayé. Malgré le monde qui s’était pressé dans la salle, plus rien n’existait d’autre que la terrible solitude qui s’abattait sur moi à force de phrases dévastatrices. À la sortie de la séance, mouchoir en main et certitudes adolescentes en miettes, j’ai compris ce que le cinéma avait à m’offrir.

Marion Roset

J’ai beaucoup réfléchi à mon souvenir de cinéma le plus marquant. La séance de From Hell, passée, seule, avec un autre spectateur aux mains gantées de cuir, à me demander si j’allais partager le destin funeste d’une héroïne de giallo ? A tous ses films d’horreur vus avec des bandes d’amis pour aller se faire peur avant d’aller en rire dans un fast-food proche ? Finalement, une des expériences les plus mémorables dans une salle de cinéma…est celle où je n’ai pas pu rentrer dans une salle de cinéma. Fan girl de la trilogie du Seigneur des Anneaux, lycéenne landaise, je décide de sécher deux jours de cours pour « monter à Paris » avec deux amies afin de nous rendre à l’avant-première des Deux Tours au Grand Rex. Nous sommes en hiver, il fait froid, nous avons des sweats mais pas de manteaux. Il fait froid. Les acteurs arrivent – je vois Christopher Lee. Autour de nous les gens crient, prennent des photos, il y a même un homme déguisé en Legolas qui crie « I’m Legolas ! ». Les acteurs rentrent dans la salle, et nous restons dehors pendant 3 heures. Il fait de plus en plus froid, je décide de prendre un Sprite. Une de mes amis regarde les dédicaces qu’elle a réussies à avoir. Au bout de trois heures, les acteurs ressortent. Il est plus de minuit, nous repartons vers l’auberge de jeunesse où nous logeons. Ce sera la première et la dernière fois que je me rendrais à une avant-première, et que j’attendrais aussi longtemps devant un cinéma sans y rentrer.

Jean-Michel Pignol

Le Marseille de mon enfance était cafi* de cinémas. Emblématique et spartiate, pour une poignée de francs et une pièce pour l’ouvreuse, le Cinéac-Canebière  offrait une double séance de reprises à ses aficionados. A l’affiche, tout pour l’action ; Westerns, péplums, films de gangsters. Des séries Z mais aussi Le Canardeur, Spartacus, Les bérets verts…. Un grand merci à mon regretté père de ne pas avoir tenu compte de mes objections au moment de choisir le programme de mes mercredis après-midi.

*plein.

Maxime Lerolle

Ce mercredi 4 octobre 2017, je n’ai qu’une hâte : assister à l’UGC des Halles à l’une des premières séances de Blade Runner 2049. Pour m’y préparer au mieux, j’avais vu presque tous les derniers films de Denis Villeneuve et revu le premier Blade Runner pour l’occasion. Malheureusement, mes espoirs sont très vite douchés par la pompe ennuyeuse du film. Je crains être le seul, hésitant sérieusement à décamper, lorsqu’au bout d’une heure, une personne se lève et quitte la salle. Puis une autre. Et encore une autre. Je me retiens de les suivre, plus fasciné par le ballet de leurs allers et venues que par le spectacle à l’écran.
Au terme d’une séance de près de trois heures, une trentaine de personnes sur les trois cents présentes au départ avaient quitté le navire en cours de route. Mon sens de l’intuition en sort soulagé


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