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Sept ans de réflexion (The Seven Year Itch – Billy Wilder, 1955)

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Offrez à un père de famille, seul durant l’été, son fantasme comme voisine de pallier et observez son comportement. Torride, explosif et hilarant.

Chacun a un peu de Sept ans de réflexion en lui, qu’il ait vu ou non le film : l’image d’une jeune fille blonde, lolita candide mais plantureuse laissant une bouche d’aération soulever sa jupe.
Rare moment d’accalmie d’une histoire bavarde contée à deux-cent à l’heure, rafraîchissante bulle d’oxygène d’un film intra-muros à la chaleur estivale suffocante, la scène de la jupe fait indubitablement partie de l’Histoire du Cinéma et reste l’un des souvenirs que l’on garde aujourd’hui de Marylin Monroe : une éternelle jeune fille souriante, détachée, à l’exquise naïveté et au regard comme appel au vertige. Trop infantile pour être méchante ; trop femme pour ne pas rendre fou le premier homme qu’elle croisera.  Si l’on se souvient parfaitement de cet instantané sensuel, de Marylin et de sa jupe, on oublie souvent qui l’accompagne et que derrière l’image iconique de la belle se trouve une machinerie comique parfaitement rôdée et un des meilleurs Wilder. 

C’est l’acteur Tom Ewell, alias Richard Sherman à l’écran, qui va accompagner Marylin, la poursuivre mais également se faire poursuivre par elle pendant un peu moins de deux heures. Éditeur à Manhattan, la quarantaine approchante, Richard, comme tous les hommes de sa ville, débute son été en accompagnant sa femme et son fils à la gare. Sacrifiant leurs vacances au travail, ils restent (lui et les autres) en zone urbaine : sa surpopulation, sa chaleur, sa pollution… Geste admirable mais en réalité, leurs chères et tendre évincées, ces deux mois de travail se transforment très rapidement en deux mois de fiesta permanente. Seul dans la maison familiale, Richard a, lui, décidé d’être sage. Pas de cigarettes, pas d’alcool et bien entendu pas de filles. Cette ligne de conduite aurait sans doute tenu si Marylin Monroe, dont on ne connaît pas le prénom dans le film, n’était pour ces deux mois sa « voisine du dessus ».

 

     

Sept ans de réflexion était avant tout une pièce de théâtre, et le film de Wilder laisse très facilement sentir cette filiation. La mise en scène tout d’abord, dans la construction des plans, propose plus ou moins ce que peut offrir le théâtre. Par la grande utilisation qu’il fait du plan américain, l’absence totale de gros plans, Wilder garde dans son film une distance théâtrale qui sépare les acteurs et le décor des spectateurs. Dans la direction d’acteur et les grands monologues de Richard, on peut également sentir cet héritage. Tantôt commentant chacune de ses actions à l’écran, tantôt nous faisant part de ses pensées. Enfin, plus de la moitié de Sept ans de réflexion se déroule dans une seule pièce, le séjour de la maison de Richard. Cette utilisation de l’espace devenant très intéressante lorsque ce dernier découvre que Marylin habite juste au dessus de chez lui. Un escalier à l’accès condamné reliant même les deux appartement, rajoute encore à la tension sensuelle déjà très largement amorcée par la chaleur torride de l’été. 

 

Malgré tout ces points communs avec la pièce de théâtre, une différence majeure va totalement changer la donne du film de Wilder. En effet, alors que l’œuvre théâtrale mettait en avant de façon frontale l’adultère des personnages, à l’écran, le code de censure Hays obligea le réalisateur à contourner le problème et à donner un souffle différent à son récit. Au lieu d’un film sur un homme infidèle, Sept ans de réflexion sera le rêve éveillé d’un homme fantasmant sur sa voisine, ou plutôt fantasmant sur l’idée même de tromper sa femme. S’imaginant par exemple jouant le deuxième concerto pour piano de Rachmaninoff devant une Marylin Monroe conquise, tenant une conversation avec sa femme pourtant à des centaines de kilomètres, ou faisant fondre d’amour sa secrétaire… Richard va rêver, perdu dans ses pensées tout le film durant. Wilder réussira à mettre en place ces scènes en les traitant comme de petites vignettes hors du temps, où les acteurs seront certes les mêmes, mais différeront quelque peu pour que le spectateur comprenne qu’il ne s’agit ici que de fantasmes. Différeront par leur comportement (Richard devenant l’homme irrésistible dont il rêve…), ou bien par leur représentation physique à l’écran (la femme de Richard incrustée en transparence en face de son mari…).

 

  

La grande réussite de Sept ans de réflexion est le décalage complet entre ces scènes fantasmées et la réalité des personnages. La femme fatale des rêves de Richard devenant dans sa maison une grande enfant ennuyée par Rachmaninoff, qui trempe ses chips dans le champagne en se baladant en pyjama. Wilder nous présente en réalité une « femme fatale », devenue fantasme de Richard presque par convention (voisine, blonde, jeune, top model…), comme la fille la plus abordable qui soit. De ce décalage, résonnant avec du recul comme une mise en abyme de Marylin (l’image rêvée qu’on a d’elle, comme Richard, étant sans doute également  faussée), résulte le véritable ressort comique du film. Là où l’héroïne de l’un de ses films suivants, Sunset Boulevard, se retrouvera prise au piège de ses rêves, Wilder ramène Richard à la réalité en « tuant » son fantasme. Et quelle meilleure façon de le tuer, si ce n’est le rendre accessible ? Voir Tom Ewell perdre peu à peu les pédales face à cette grande enfant, jusqu’à penser rejoindre sa compagne, est juste délicieux. Et quand un ami de sa femme, amant potentiel, vient lui rendre visite, le temps d’une réplique, le temps est comme suspendu : 

-l can explain the stairs, the blond in the kitchen.
-Wait, what blond in the kitchen?
-Wouldn’t you like to know? Maybe it’s Marilyn Monroe!

Titre original : The Seven year itch

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Genre :

Durée : 105 mn


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