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Robert Mulligan, un été 2010

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Après la rétrospective de son oeuvre, à la Cinémathèque française à Paris, voici que ressort en salle, le 7 juillet prochain, « Du silence et des ombres », avec Grégory Peck. Chic : le brillant discret qu’était Robert Mulligan est enfin à l’honneur.

L’été 2010 sera-t-il enfin celui de la consécration, en France, de l’Américain Robert Mulligan ? Il est vrai que cette saison douce, qui exhale à la fois lumière, ouverture et mélancolie, lui va bien. Et pas seulement parce que son film le plus célèbre – Un été 42 – lui est dédié, restituant avec une rare acuité le lyrisme des promesses estivales, mais aussi leur fugacité, bercé par la mélodie nostalgique, assez irrésistible, de Michel Legrand. Non, si ces mois de juin et juillet semblent l’envelopper, ici, avec un peu plus de chaleur cette année, c’est parce que deux événements consécutifs donnent un sérieux coup de projecteur à son œuvre, subtile, éclectique, mais finalement discrète. Donc peu célébrée.

En premier lieu, une rétrospective de ses films à la Cinémathèque française, à Paris, jusqu’au 27 juin. Certes, d’emblée, les vingt longs métrages projetés portent en eux l’explication à cette reconnaissance disons… tout en retenue : entre 1957 et 1991, Mulligan aborde à peu près tous les genres. Comédie, biopic, drame, western, film fantastique, film noir, comédie musicale… Difficile, a priori, de cerner ce cinéaste issu de la télévision. Et pourtant, chaque fois, il est à sa place. Non pas caméléon du 7e art, mais artiste nuancé. Il lui arrive, d’ailleurs, d’osciller d’un genre à l’autre dans le même opus, c’est dire sa maîtrise. Sauf qu’elle se caractérise, souvent, par son absence de démonstration.

Nulle pose : Robert Mulligan, en tandem les premières années avec le producteur débutant Alan J. Pakula (bien avant qu’il ne réalise Les Hommes du président) ne se réclame pas d’un quelconque "auteurisme". A cheval entre deux périodes phare du cinéma américain – l’âge d’or des années 30-40 et le Nouvel Hollywood des années 70 – il a la sagesse de convaincre doucement mais sûrement. Faisant avancer à sa façon, médiane mais obstinée, souvent par les thèmes abordés, le cinéma plus intermédiaire des années 60. Ainsi Daisy Closer, charmante comédie musicale (avec Natalie Wood mais encore une toute jeune Whoopi Goldberg) qui dénonce pourtant bel et bien le star-system. Et puis, malgré tout, cette sensibilité fureteuse lui permet, au gré de ses tentatives, de déboucher sur quelques jalons vraiment marquants, voire dérangeants. On en veut pour preuve l’étonnant Homme sauvage, western très épuré, réalisé en 1969 avec Grégory Peck, qui s’aventure également du côté du film noir et fantastique. Ou encore, juste après le colossal succès critique et public que reçut, donc, Un été 42, l’angoisse lente et solaire, toujours plus saisissante, de L’Autre, en 1972.

 

Copie restaurée

Pas facile, décidément, de cataloguer ce brillant discret ! Si, quand même : car ce qui relie, au fond, nombre de ces pièces disparates, mais non disjointes, c’est d’une part leur fine direction d’acteurs (singulièrement les plus jeunes, d’un naturel toujours bluffant) et, précisément, l’esprit d’enfance qui en émerge toujours. Quand il n’est pas l’axe du film proprement dit. C’est la raison pour laquelle, en second lieu, la ressortie en salle, le 7 juillet prochain par Lost Films, d’une copie restaurée du Silence et des ombres (To kill a mocking bird, en V.O.) est également importante. Car emblématique. Un peu comme un précipité de sa filmographie.

Adapté (en 1962) d’un roman très populaire de Harper Lee, ce long métrage en noir et blanc dénonce la société ségrégationniste américaine, à travers le procès d’un Noir accusé injustement de viol dans l’Alabama des années 30. Ceci d’une façon éminemment "mulliganienne", puisque tout est montré au travers du regard d’une petite fille (débrouillarde, façon garçon manqué) de 6 ans. Nulle simplisme ni démagogie : entre jeux, fantasmes et réalité, les apprentissages (jamais assénés) s’accompagnent bien évidemment de pertes (de l’innocence, par exemple). Au plus près, une fois encore, de la mélancolie qui nimbe nombre de ses films. Juste, touchant, jamais mièvre : Du silence et des ombres a remporté trois Oscars, dont un pour Grégory Peck : c’est dire s’il convient d’honorer cette proposition estivale. Laissons les regrets à l’automne et les silences à l’hiver… De fait, Robert Mulligan est mort le 20 décembre 2008 : il était temps que les cinéphiles français se souviennent de son existence.

Infos : www.cinematheque.fr


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