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Retour(s) vers le Futur (Back to the Future – Robert Zemeckis, 1985, 1989 et 1990)

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L’oeuvre la plus brillante de Zemeckis et l’une des meilleures productions Spielberg : une Delorean, Huey Lewis, des skateboards, des Nike et des voyages dans le temps. Un sommet de coolitude cinématographique.

Que pourrait-on dire sur les Retour vers le Futur qui n’ait pas déjà été dit ou écrit ? Film culte ? Blockbuster le plus intelligent des années 80 ? Meilleure bande son ? Ou peut-être même la plus belle paire de Nike ? Difficile de trouver un angle d’approche pour une œuvre qui fait tellement consensus – personne ou presque pour en dire du mal aujourd’hui, même pas épingler une sorte de révisionnisme bon enfant à la sauce Hollywood – tant le film est ancré dans les doux souvenirs des cinéphiles.


Back in the days…

America is back. Les années 80 sont là avec leurs lots de nouveaux héros tout en muscles – Stallone, Schwarzie – ou forts en gueule – Bruce Willis, Eddie Murphy. Ce sont aussi les années Spielberg et Lucas qui dominent l’entertainment à Hollywood et ont sacrifié les idéaux de leurs amis du Nouvel Hollywood. Grâce au succès d’E.T., Spielberg lance sa société de production, où bon nombre de ses jeunes protéges mettent le pied à l’étrier, de Joe Dante à Zemeckis et Bob Gale qui écrivent pour le maître le scénario de 1941. C’est donc une époque propice à la série B fantastique à gros budget et pleine d’humour et de références ; époque des Ghostbusters, Gremlins, Goonies qui voit la naissance du chef-d’oeuvre de Zemeckis : Retour vers le futur. Exit donc les anti-héros tourmentés de la décennie précédente, exit les gros bras et place aux héros cools : un jeune bien comme il faut, qui fait du skate mais sans danger, du rock mais sans gros mots, qui sort avec la jolie girlfriend parfaite mais qui est malgré tout un inadapté en cette année 1985, traité par ses contemporains de « tocard » ou de « mauviette ».

 

 

L’histoire, tout le monde la connaît. Marty McFly est un jeune anonyme qui rêve d’aventures et de rock music, frustré par sa famille en crise et son échec scolaire. Il a un ami : Emmett « Doc » Brown, un savant fou qui a transformé une Delorean en machine à voyager dans le temps. Projeté par erreur en 1955, le jeune Marty doit tout faire pour provoquer la rencontre amoureuse de ses parents qu’il a lui-même empêché sous peine de créer un paradoxe temporel et de se voir « effacé de la réalité ». Tout part de là, de ce peché original car en changeant le passé, il modifie leur présent (1985) et leur futur. Mais l’avenir qu’il s’est crée n’est pas sans faille et en tentant de sauver son fils de son pire ennemi Biff Tannen, il chamboule le fameux continuum espace-temps en créant cette réalité alternative.

Parrainé par Spielberg, Zemeckis profite du succès d’A la poursuite du diamant vert pour lancer la production de son film futurisie inspiré de l’univers de la Quatrième Dimension et de La Machine à explorer le temps de Wells. « Aurais-je été ami avec mon père au lycée ? » est la question que se sont posés Zemeckis et son scénariste Bob Gale en parcourant de vieux albums scolaires appartenant à leurs parents. Ils imaginent tout d’abord des voyages temporels à bord d’un réfrigérateur mais peu pratique, peu cinématographique et mauvais exemple pour les jeunes, l’idée est abandonnée au profit de la superbement laide Delorean, une obscure marque automobile qui fait faillite en 82 mais dont le design futuriste et surtout les portes s’ouvrant par le haut va devenir un des élements les plus marquants de la trilogie.

« Vous savez, l’histoire elle va changer… »

En déportant le jeune Marty à la place de George McFly (son père) et surtout en le jetant dans les bras de sa future mère Lorraine, les créateurs opèrent une dénaturation par l’humour du complexe d’Oedipe. Marty non seulement tue symboliquement son père mais surtout il se tue physiquement lui-même et ses frères et soeurs. Evidemment, Hollywood oblige, toutes ces épreuves rapprochent le père et le fils qui deviennent des amis, tous deux handicapés par cette même frustration et nourissant des ambitions artistiques, que ce soit dans la littérature de science-fiction (le père) ou la musique rock (le fils). Marty comprend alors qu’il doit perséverer et qu’il doit envoyer la super maquette de son groupe à des maisons de disque. C’est justement cette naïveté mêlée de bonne conscience qui fait le charme de la série et le regard encore attendri de nombreux spectateurs adultes devant ce film. Les années 50 y sont vues comme une période tranquille, paisible où Reagan n’était qu’un acteur et ni le « Coca régime » ni le « Gini » n’étaient encore en vente.

 

 

Malgré un immense succès au box-office qui voit le jeune McFly liquider dès la première semaine l’étalon italien, la presse est loin d’être unanime, surtout en France où les réactions ont souvent été de l’ordre du mépris, décelant dans la trilogie naissante un ultime avatar de la dictature du cool made in USA. Pas entièrement faux mais un peu réducteur… Le Quotidien de Paris y voit une « violence bon enfant qui réussit à faire oublier un moment au public américain les délires sanglants de Rambo 2 », pour Le Matin de Paris « entre la guimauve faussement nostalgique et l’hémoglobine communiste, vous avez l’embarras du choix ». Même Première s’y met – ça n’a pas été le Cosmopolitain du cinoche – voyait dans Retour vers le futur « une explitation facile de l’imagerie rock’n’roll et une glorification un peu bêta de l’Amérique ». Libération est peut-être le journal le plus dur décrivant Zemeckis comme un héritier américain de Tavernier. Une fois n’est pas coutume, France Soir a le dernier mot décelant à travers « ce spectacle agréable et délassant (…) un film de référence ».

Et c’est exactement ce qu’est devenue la trilogie Retour vers le futur, ou plutôt les deux premiers volets. Comme de nombreuses franchises nées dans les années 80, cette trilogie s’est effondrée sur le dernier volet comme Indiana Jones (la Dernière Croisade, sans parler du 4e), Star Wars et ses Ewoks et Rambo. Pourtant, Zemeckis et Gale ont cherché à inverser la tendance hollywoodienne qui consiste à reprendre un succès, en faire une suite qui est en général le même film mais en beaucoup, beaucoup plus simple. Même Cameron l’a compris, insistant pour le second Terminator sur les gros camions et les gros flingues. Sans parler de chef-d’oeuvre (ni même sans aller jusqu’à La Jetée de Marker en termes de sauts dans le temps), le scénario de Retour vers le futur II est un bijou de complexité narrative et de questionnements éthiques (dans le cadre d’un blockbuster s’entend toujours)

Le 12 novembre 1955

Dès le début du second volet, Zemeckis et Gale reprennent les éléments désormais mythologiques du premier volet : l’arrivée sur la place de l’Hôtel de ville, la confrontation au café, la course-poursuite en skate mais cette fois en 2015. A la différence que le Lou’s café est devenu le bar vintage Cafe 80, que le skate board – au départ un chariot – est devenu un Hover Board. Le scénario creuse ainsi la question effleurée dans le premier volet du destin, les événements se rejouant indéfiniment comme un sens de l’Histoire. Pour cela, deux dates : le 5 novembre 1955 au cours de laquelle Doc crée le converteur temporel, Lorraine et Georges McFly se rencontrent et le 12 novembre, date à laquelle la foudre s’abat sur l’Hotel de Ville et que le vieux Biff de 2015 donne l’almanach des sports à sa copie temporelle de 1955. Même Doc s’interroge sur ces dates, constituerait-elle un moment particulier de l’espace-temps ou est-ce un pur hasard ? Une sorte de mystique du moment décisif. Les intrigues, entre celles déjà connues du premier volet et celles du second, vont se téléscoper et amener la confrontation directe entre un personnage à 25 ans et l’autre à 55 ans (comme Jennyfer qui se voit vieille et se redécouvre jeune). Elles permettent de développer davantage les personnages secondaires du premier film. Outre bien sûr de revoir les scènes connues mais sous un angle différent, le film s’amuse à développer des intrigues purement secondaires, comme Biff Tannen allant chercher sa voiture après le tragique moment du fumier. Zemeckis semble inspiré par certains cinémas expérimentaux, on pense à Rashomon, voire même la trilogie de Belvaux (réalisé bien plus tard).

 


Running Time

 

Comme dans de nombreux films de son maître Spielberg, Zemeckis laisse paraître une grande nostalgie pour l’innoncence, la télévision et l’entertainment en général des années 50 qu’il dépeint dans le film de manière idyllique. Nostalgie de l’auteur mais aussi du specateur qui n’a peut-être pas connu ces époques (à part sans doute 2015) mais qui regarde souvent avec tendresse un film culte de son enfance ou son adolescence, baignée par le rock doucereux de Huey Lewis et les montres Casio. C’est précisément ce qui fait la force de l’oeuvre-maîtresse de Zemeckis (bien plus que Forrest Gump) : son ancrage solide dans la culture populaire au point de faire lui-même l’objet d’un culte pop. Skateboard, Nike vintage, jusqu’à la paire futuriste auto-laçante (récemment mis en vente par Nike) ou encore les gimmicks rock d’Angus Young, Van Halen et ZZ Top et bien sûr sa richesse thématique et visuelle font de Retour vers le futur l’une des plus belles réussites des 80’s.


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