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Retour Festival Asiatique de Deauville – Partie 1

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Après les américains, les cinéastes asiatiques ont pris place à Deauville. Retour sur un festival qui grandit d’édition en édition.

Situé en pleine coeur du mois de mars, alors que les odeurs et la chaleur printanières pointent le bout de leur nez, le Festival du Film Asiatique plante ses préoccupations réalistes et humaines à Deauville. A la différence de son grand frère, le Festival du Cinéma Américain, les paparazzis sont absents et les rues sont calmes. Quiétude et sérénité, serait-ce la définition d’un cinéma asiatique ? Pas si sur, car derrière ces clichés exotiques d’un esprit zen, se cache la violence d’une culture acculée dans l’extrémisme des sentiments.

Triple ou double vitrine ?
Lorsqu’on évoque Deauville viennent à l’esprit le « badabada dabadabada, Comme nos voix, Chantent tout bas badabada dabadabada » en référence au suranné Un homme et une femme de Claude Lelouch et les projections fantasmées de stars américaines débarquant chaque mois de septembre. Face à ses deux images, la station balnéaire normande semble désormais s’intéresser à une autre vitrine de sa diversité. Peut-être voulant éviter l’étiquette brillamment archaïque (la post-nouvelle vague et Claude Lelouch) et assurée d’un cinéma américain qui -on s’en doute -ne dépérira jamais, le festival du Film Asiatique initie un regard sur une cinématographie plus aussi nouvelle qu’on ne l’entend. (On aurait tord d’oublier que le « nouveau cinéma asiatique » a pris racine à partir des événements politiques dans le courant des années 80). En effet, cette présentation sommaire des productions récentes indiquent que souffle est retombé, que le refoulement de sentiments et de revendications autrefois étouffés par les régimes de censure sont bel et bien passés. Les thèmes sont désormais de l’ordre du privée, de l’intime, de cette recherche de soi et non plus d’une libération spontanée et brutale. Grandi, apaisé, plus sobre et épuré, le cinéma asiatique s’entraîne ailleurs, vers une nouvelle étape.

A l’image de cette croissance, le Festival encore considéré comme mineur étant donné son moindre impact et sa cinématographie présentée, affirme une velléité de grandeur et de rayonnement mondial. Incontestable en témoigne le lancement en grande pompe, en présence du maire de Deauville, de Anne -Marie Idrac et de Cho II-Hawan, ambassadeur de Corée, du jumelage entre ce festival et celui de Pusan (un des festivals les plus courus). Mais cette journée annonciatrice du jumelage fut des plus décevante car elle inaugurait une simple tribune auto-promotionnelle de chaebols tel Samsung et LG. Clairement inscrit dans une optique commerciale et économique, l’absence de références culturelles et cinématographiques (mis à part l’hommage attribué à Lee Chang-Dong dans la soirée) ont détourné la démarche de cette journée « France/Corée : regards croisés ». Reste à en tirer quelques hypothèses.

Formée de deux tables rondes, cette journée France-Corée a exclu paradoxalement les mises en oeuvres des pays respectifs. André Malraux conclut son texte Esquisse d’une psychologie du cinéma par «le cinéma est une industrie». En 1991, le groupe coréen Samsung fut le premier à se lancer dans la coproduction filmique. Par ces éléments, pourquoi ne pas avoir ouvert le débat sur la co-production, le mécénat et les ressorts économiques d’un jumelage. Malgré tout, cette initiative ressert le lien essentielle d’une amplitude à venir mais toujours en rodage, supposant un marché du film ou d’une tribune à des rencontres professionnelles. En tout cas, l’art et l’industrie ne font pas encore bon ménage.


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