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Retour de la lumière à Lyon

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Après une semaine non-stop de Cinéma à Lyon, retour sur la deuxième édition du Festival Lumière.

"Et on actionne le levier de la mélancolie".

Après une semaine bien remplie, Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, entouré de Claudia Cardinale, de Bertrand Tarvernier et de tous les bénévoles du festival, revenait avec émotion sur les quelques 180 séances ayant rythmées la vie de Lyon sept jours durant. Si mélancolie il y a, il s’agit de celle qui accompagne chaque fin de séance, celle qui nous suit une fois sorti de la salle, qui continue de vivre avec nous bien après que la lumière soit revenue. Cette mélancolie que l’on s’empresse à nouveau de rechercher après chaque film, cette tristesse que l’on aime tant accueillir. L’annonce, lors de la cérémonie de clôture, de la reconduction du festival l’année prochaine pour une troisième édition déjà très attendue va dans ce sens : construire pour retrouver encore une fois cette mélancolie qui nous pousse à nous enfermer dans un cinéma.

Stanley Donen lors de l’ouverture du festival / photo: Olivier Chassignole


"Notre passé n’est pas passé mais nous aide à comprendre notre présent"
.

Derrière la jolie formule du président de l’Institut Lumière, l’ému Bertrand Tavernier, semble se cacher chacun des films présentés cette semaine. Le guépard tout comme Psychose qui n’ont jamais été aussi beaux, aussi vivants, réapparaissant dans des copies restaurées leur offrant une seconde naissance. Psychose, dans une copie HD au son spatialisé, plaçant encore plus haut qu’il ne l’était le classique d’Hitchcock ; Le guépard de Visconti, laissant apparaître des détails jusqu’alors cachés sous la poussière (on entend presque couler la larme de Burt Lancaster à la fin du célèbre bal). Mais cette semaine a vu la renaissance de nombreux autres classiques. Rosemary’s baby lors d’une séance qui trouva son climax dans la salle avec le cris strident d’une jeune femme s’étant sans doute trop délicieusement laissée entrainer par la mise en scène de Polanski. La vie de Château de Rappeneau, qu’une salle entière découvrit hilare, comme étonnée d’être passée tant d’années à côté d’un tel film. Tout Visconti, quasiment tout Forman, Raymond Bernard (délicieux J’étais une aventurière), Argento, Le tambour de Volker Schlöndorff, Vanishing Point… Malgré tous ces classiques au programme, toutes ces raretés également, aucune chimère sur les écrans. Aucune œuvre qu’il nous soit forcé d’aimer, aucun chef-d’œuvre incontestable. Seulement des films, présentés de la manière la plus passionnée qui soit, mais le plus simplement du monde. Au vu du nombre de spectateurs dans les salles, toujours pleines, souvent même trop petites, le public a fait plus que répondre présent.

Céremonie de cloture à la halle Tony Garnier / photo: Jean Luc Mege

"Qui n’a jamais vu Amadeus? A ouais quand même… Et bien vous allez passer une bonne soirée les gars!"

Alexandre Astier avant l’épique film de Forman, Tonie Marshall présentant La vie de château, Christian Carion parlant de Mes chers amis, chaque séance était également l’occasion de lier encore plus cinéma et spectateurs en permettant à des acteurs, réalisateurs, journalistes, d’intervenir quelques minutes sur un film qui leur tenait à cœur. Amadeus pour Alexandre Astier, sorte d’Everest toujours dans son champ de vision lorsqu’il écrit ou réalise ; La vie de château pour Tonie Marshall, « notre To be or not to be »… Chaque invité a joué le jeu et se trouve désormais associé à un souvenir de film. Jim Harrison et La soif du Mal de Welles, ou Helmut Berger semblant sortir de nulle part pour présenter Les Damnées de Visconti. Film quasiment sauvé par L’Institut Lumière et la Cinémathèque de Bologne, présenté dans une nouvelle copie flamboyante. Mais les rencontres étaient également dans les salles. Avant les séances, après, les gens étaient bavards et qu’est ce que c’était bien. Encensant les films ou les flinguant littéralement. « Chiant Rosemary’s Baby, nan ? » ; « Jamais vu ce film d’Argento. En même temps vu que c’est toujours la même chose comment le savoir… ». N’osant lui demander son nom de peur d’avoir à faire semblant de le connaître, une pétillante vieille dame va rester pour moi très longtemps associée à Psychose. Durant les vingt minutes qui précédèrent le film, je n’ai pas trouvé le courage de lui demander le titre des quatorze films qu’elle me disait avoir réalisés. Sauvé par le générique strident de Bernard Hermann et l’obscurité tombée. Plus d’une heure et demie plus tard, une fois la lumière revenue, elle s’est pourtant tournée vers moi pour me demander si la triste histoire de Norman Bates m’avait plu. « Énormément ». Des souvenirs plein la tête, besoin de cinéma comme jamais, il ne reste plus qu’à attendre l’année prochaine et à s’occuper d’ici là. Dans les salles lyonnaises par exemple. Lights ! Camera ! Action !

le site du festival: www.lumiere2010.org/
le site de l’Institut Lumière: www.institut-lumiere.org/


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bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…