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Rencontrer mon père

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Le jeune réalisateur sénégalais consacre un film émouvant à ses retrouvailles avec son père parti depuis vingt ans au Gabon.

L’absence du père comme blessure

Pour qui en a fait l’expérience, l’absence du père creuse une blessure incurable dans le cœur d’un enfant, qui ne se referme jamais et dont on souffrira toute sa vie. Alassane Diago a décidé d’en faire un film, de réaliser un documentaire sur ce père qui les a quittés quand il était tout petit et qui a décidé de partir du Sénégal pour s’installer au Gabon. Ce n’est pas un abandon, mais une migration volontaire sans doute due à la sécheresse mais qui, pourtant, a duré plus de vingt ans. Son père n’est  jamais revenu et c’est comme si Alassane Diago avait décidé de devenir cinéaste documentariste justement pour filmer cette douleur et cette absence. C’est d’ailleurs sur le tournage de Lili et le baobab qu’il rencontre, alors qu’il n’a que six ans, la réalisatrice, Chantal Richard, qui se prend d’affection pour lui et va prendre en charge sa scolarité et sa formation, avec l’aide de son amie Myriam Léotard et de leurs amis. Bien sûr, ensuite le jeune Alassane Diago choisira le cinéma, après des études de philosophie à Dakar. Diplôme en poche, il sera alors pris alors en charge par le documentariste sénégalais Samba Félix Ndiaye, de retour au pays après un très long séjour en France. Il lui demandera de le considérer comme son père, mais son insistance et son intrusion dans son travail l’emmèneront à prendre ses distances avec lui. Après deux courts métrages, déjà sur l’absence, l’émigration et le départ, Alassane Diago prend contact avec son père, qui avait déjà appelé sa mère car il avait entraperçu le documentaire, La vie n’est pas immobile diffusé à la télévision gabonaise, qui le mettait en cause indirectement en public. Contact a été pris et la rencontre se fera finalement sous le signe de la réconciliation et de l’amour filial.

 

 

Un documentaire sur le pardon et le don

Mais, curieusement, ce documentaire abouti et d’une très belle qualité plastique, avec de longs plans fixes nécessaires à la réconciliation et au pardon, le sujet central du film n’est pas ce père absent qui revient dans sa vie, mais les femmes et par-dessus tout, sa mère. La société africaine, pour une enfant, passe tout d’abord par la mère qui, à l’enfance, est beaucoup plus présente que le père. Celui-ci n’interviendra qu’après, au moment où le jeune garçon devient adolescent puis jeune adulte. C’est à ce moment que le père entre en scène. Rencontrer mon père est aussi un portrait en creux de la mère. D’ailleurs le film commence par un long plan fixe sur les mains de cette femme qui inspire le respect et l’amour. Le jeune cinéaste se confie d’ailleurs à ce sujet dans le dossier de presse   : « J’ai grandi avec une mère qui attend son mari. J’ai vécu son manque au quotidien, je l’ai expérimenté moi aussi. Son manque à elle, c’est mon manque à moi. J’en ai souffert aussi. Elle s’est sacrifiée par amour, c’est ce qui est beau chez elle. »

 

 

Un documentaire sur l’amour paternel qui n’ose se dire

C’est un très beau, non pas sur la résilience dont notre siècle est friand, mais sur l’amour en fait, un amour qui traverse le temps, la religion et les frontières. Le jeune réalisateur rencontrera dans ce petit village du Gabon, à majorité chrétienne, la nouvelle épouse de son père, ses trois demi-frères et sœurs. Le film se concluera d’ailleurs sur le départ d’Alassane et sur les pleurs des enfants, comme si quelque chose leur avait été donné, puis repris. Une manière aussi de faire sien le départ, car la vie n’est pas immobile comme l’annonçait son premier court métrage. Un beau film fait de confidences, de plans fixes, de beauté et de témoignages sur la merveille de ce monde dont on ne se lasse pas. Sans trop entrer dans des considérations psychologiques, le jeune réalisateur confie toutefois au dossier de presse du film  : « Si ton père est en colère contre toi et, même si tu as raison, il faut lui demander pardon. C’est primordial. Même si on t’a fait mal, tu commences par demander pardon. Pour tempérer les choses et rebondir, il fallait de la douceur. C’était un pari. Il a accepté les retrouvailles et le tournage mais il ignorait que cela allait prendre cette ampleur. Il a accepté par orgueil et fierté et parce qu’il voulait se racheter, pas à mes yeux, mais pour dire à son entourage et au monde entier qu’il n’est pas un mauvais père, qu’il n’avait pas eu le choix. »

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Durée : 110 mn


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