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Regard sur le jeune cinéma finlandais : France-Finlande : Même combat

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Le cinéma finlandais ne se résume pas à Aki Kaurismaki. Une manne de jeunes créateurs de films d’animation et de documentaristes talentueux s’affèrent à défendre leur identité nationale, malheureusement rongée par un mal commun : la standardisation des oeuvres cinématographiques.

Au-delà du charismatique Aki Kaurismaki, la Finlande possède une cinématographie à peine dévoilée, mais pas moins ambitieuse. Il aura fallu attendre les années 80 pour voir éclore une poignée de cinéastes portés par le tandem fraternel Mika et Aki Kaurismaki, et les années 2000 pour concrétiser une implantation chiffrée dans le rayonnement économique finlandais. (24% de part de marché pour le cinéma national).

Cependant, en ces temps de globalisation où l’opportunité d’exportation des oeuvres au-delà de la baltique s’esquisse, la logique s’inverse. Peter Von Bagh, le Henri Langlois finlandais, alarme ses confrères au sujet d’un conformisme prégnant. Dénonçant l’impossibilité d’échapper au piège des blockbusters américains, c’est avec verve et déterminisme, recul pertinent et solution concrète, qu’il fait part de sa colère et de son inquiétude face à une acculturation croissante (Les Cahiers du Cinéma. Avril, N°633)

Certes, la Finlande n’est pas la première à se plaindre. L’exemple récent du Club des 13, mené avec autant de véhémence par Pascale Ferran, mettait en lumière l’amenuisement d’un cinéma populaire et intelligent, un autre appel à la préservation d’une identité et à son enseignement. Bref retour sur le cinéma finlandais et sa peur du lendemain.

Un cinéma à l’indéniable ambition

Masqué derrière l’ombre de son voisin suédois, le cinéma finlandais tarda à se révéler et à se faire connaître. N’ayant eu que peu de visibilité aux premiers balbutiements de l’invention des frères Lumière, il aura fallu l’intelligence et la pertinence de Aki Kaurismaki pour redorer le blason finlandais grâce à la redécouverte de Juha, chef d’oeuvre et étendard du cinéma muet. D’abord grand classique de la littérature finlandaise, le réalisateur Nyrki Tapiovaara, en 1937, permit d’offrir à la distinction glorieuse accordée au roman son  pendant cinématographique. La seconde réalisation, datant de 1998, est le témoignage d’une Finlande qui ressuscita son illustre passé : un cinéma prometteur à vocation artistique délibérée.

Les chiffres parlent d’eux même : le marché du film a dépassé la barre des 22%, alors que son plus haut score en 1996 était – seulement – de l’ordre de 4%. Pourtant, la partie n’était pas gagnée d’avance. Secteur d’activités aux recettes fluctuantes, l’Etat a refusé pendant de nombreuses années toute aide pour les cinéastes. Dans les années 50, l’arrivée de la télévision, phénomène commun aux pays occidentalisés, contraint les cinéastes à s’orienter vers de nouvelles vocations. L’effondrement des entrées aidant, les studios durent fermer leurs portes et l’économie filmique devint exsangue.

 Un mal pour un bien : la culture de la salle obscure

Cependant, le souffle d’une ère nouvelle, de l’Italie néo-réaliste au Free Cinéma anglais, se répandit en Finlande et inculqua une culture cinéphile à la jeune génération. Parmi Risto Jarva, Mikko Niskanen, Heikki Partanen, Jorn Donner, Erkko Kivikoski et Maunu Kurkvaara, élèves d’une école buissonnière calquée sur le modèle français ( floraison de salles arts et essais comme l’Orion, la plus célèbre), Aki et Mika Kaurismaki sont devenus les dignes représentants du cinéma finlandais. Leurs oeuvres font écho au cinéma de Bresson, Godard, Demy, de Chaplin et de Sirk. Désormais encyclopédie vivante, Aki Kaurismaki est plébiscité par les compétitions les plus prestigieuses et fut couronné du Grand prix du jury au festival de Cannes en 2002, pour L’homme sans Passé.

Poursuivant à quelques années d’écart l’esprit de la Nouvelle Vague, les structures nécessaires à l’ épanouissement du leitmotiv de sauvegarde et de partage de leur cinéphilie s’édifièrent : la FFF (Fondation Finlandaise du Film, consrtuite en 1969 ), la revue Filmihullu, la Cinémathèque Finlandaise, la TAILK, université d’art et de design…

Mais désormais, entrée dans le XXI siècle, la Finlande sonne le glas d’un âge d’or révolu et aujourd’hui perpétué par la seule figure de Aki Kaurismaki. Peter von Bagh, critique de cinéma et historien réputé, se fait le porte-parole d’un regard nostalgique sur cette époque circonscrite et s’interroge sur la continuité d’un cinéma d’auteur face au géant américain.

« Les cinéastes n’ont comme modèles et références que l’offre standard anglo-saxonne »

Faut-il ainsi établir un quota pour les films « standards » anglo-saxons ? Faut-il s’insurger contre le monopole du box-office détenu par les films de divertissement ? En réalité, la question réside ailleurs, précisément dans la perte d’un enthousiasme que détenaient les cinéastes des années 60-70, à abreuver d’un enseignement puisé dans les chefs-d’oeuvres et à dénicher des singularités comme le fit, toujours et encore, le même Kaurismaki, avec Juha.

Dans le constat d’une « vague » de contestations de plus en plus sévères, de l’acclamation de perles rares dans les festivals internationaux, injustement ignorées dans leurs pays natals, l’ombre d’une nouvelle révolution critique, esthétique et thématique se profilerait-elle ? Si oui, espèrons qu’elle sera efficiente…


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