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Protéger et servir

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Une suite de sketchs parodiques ne fait pas un film. Encore moins un bon. Dommage, car au-delà du pipa-caca copié-collé chez Ben Stiller et consorts, il y a de vraies idées de scénario…

Eric Lavaine est le premier à le reconnaitre : "on frôle l’exercice de style". Enfin… l’exercice, en tout cas. Le pari entre potes. Le "t’es même pas cap" que tous les enfants du monde, jusqu’aux plus vieux, aiment à se lancer. Le hic, c’est qu’en général, lorsque les adorables petits s’amusent dans leur chambre, au mieux on s’attendrit, au pire ils ne dérangent que les voisins. Alors que là, sous couvert de comédie régressive, option "pipi-caca-j’aimerais-bien-être-le-copain-de-Ben-Stiller-dans-la-vraie-vie", de rire complice, point ! Quant à l’effet ricochet, la subversion détournée, est-ce bien utile d’ouvrir une enquête pour les retrouver ? La réponse est non, d’emblée : ils sont dans l’escalier (comme l’esprit du même nom).

Explication : Protéger et servir, clin d’œil à la fameuse devise des flics de Los Angeles, est une parodie assez interminable des "buddy movies" des années 80 (Starsky et Hutch, en gros), qui, par un curieux dérapage de magnétoscope, aurait tenté le copié-collé avec l’esprit 90’s du Mary à tout prix des frères Farrelly. Bref, c’est un film abusivement dopé de références qui, du coup, part dans tous les sens, comme surexcité, incapable de discerner le bon grain (il y en a) de l’ivraie, avant d’amorcer une lente et cuisante descente. Ce qui rend effectivement le monde bien tristounet. Bad trip… d’autant plus regrettable que ça coûte cher (le cinéma).

Au-delà du mimétisme forcené (la culture juive, obsessionnelle, castratrice, hilarante, de Stiller ; le contexte catho, pataud, vieillot, chez Lavaine), ce qui provoque ce sentiment d’éparpillement donc de surplace, c’est l’absence sinon de scénario en tout cas de dramaturgie. Non, non, ça n’est pas un gros mot : c’est juste qu’aligner une série de gags, façon sketchs, ça marche (parfois) à la télé, mais jamais au cinéma qui décline une toute autre temporalité.

Gags

Ce n’est pas tant la valeur de ces gags qui est en cause, même si l’on n’est pas obligé, non plus, de valider pour cause de "branchitude" décomplexée (même pas honte d’abord) cette surenchère, semble-t-il inévitable aujourd’hui, dans le régressif : ainsi le type qui pète dans l’eau de la piscine, l’autre qui a la goutte du pipi bien marquée sur son pantalon moulant, ou la troisième qui vomit dans la bouche son copain. En fait, ce qui coince, c’est que même quand l’idée est bonne, elle est survolée, lâchée en cours de route, ou martelée donc exsangue in fine.

On pense, ainsi, à l’astuce assez drôle du flic européen adopté par des restaurateurs vietnamiens (pied de nez aux Français qui vont chercher des bébés en Asie) : la scène du karaoké est tellement outrée qu’elle en est épuisante. On pense encore – c’est l’une des meilleures idées du film – au policier naïf qui se rêve scénariste et qui tombe sur un malfrat soit disant producteur : ses histoires s’inspirant de faits réels (avec codes, schémas, etc), l’autre n’a plus qu’à réaliser ses braquages sans risque et avec succès ! Pourquoi ne pas avoir opté pour cette trame originale, source de quiproquos évidents, et ne pas l’avoir développée, plutôt que de reprendre le fil rouge moisi d’une pseudo-enquête sur des pseudo-terroristes ?

Puisque Eric Lavaine, scénariste sur la série "H" de Canal +, puis auteur de Polter gay et Incognito, aime la fiction américaine (plus Mannix que les frères Coen, quand même), peut-être serait-il avisé, pour les prochaines fois, de faire appel à un "script doctor" ? Le fait est qu’avec Protéger et servir, il s’est bien fait plaisir avec ses potes (Clovis Cornillac et Kad Merad, qui devrait ralentir la cadence avant l’usure prématurée, Carole Bouquet en contre emploi et François Damiens étant tous deux très bien). Juste… qu’ils pensent à nous la prochaine fois.

Titre original : Protéger et servir

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Durée : 90 mn


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