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Port authority

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Sorte de West Side Story contemporain, ce nouveau film rate un peu sa cible.

Le rêve underground des années 70

Si le rôle de la section Un certain regard est de permettre de découvrir des nouveautés cinématographiques originales, le choix de ce premier long métrage y entre de plain pied puisque, malgré ses faiblesses et son scénario un peu trop simpliste, Danielle Lessovitz a réussi à créer une ambiance. D’abord la ville de New York qu’on voit à peine, mais dont l’atmosphère est suggérée, ne serait-ce que par le titre qui évoque le rêve underground des années 50-70, avec les films de Warhol, et surtout le film phare de cette époque révolue, Macadam Cowboy (John Schlesinger, 1969), qu’elle a voulu en quelque sorte retrouver. En filmant, et de manière particulièrement élégante et trash à la fois, avec Jomo Fray comme directeur de la photographie, la vie d’un petit groupe queer qui s’intéresse à la danse et à la mode, la réalisatrice est parvenue aussi à créer un petit monde. Malheureusement, les nombreuses scènes de danse sont assez mal filmées et les chorégraphies pas spécialement originales. Nous sommes bien sûr bien loin de la dope et de la prostitution sordide dans les toilettes de la gare routière : New York, et même son quartier emblématique de Harlem, ont bien changé.

 

Première apparition d’une jeune transgenre, remarquable

Maintenant la jeunesse est transexuelle, glamour, artistique, d’origines diverses comme ce petit groupe qui squatte et ne ferait pas de mal à une mouche. Il faut dire que malgré l’esthétique qui se veut un peu trash, le film est quand même assez gentillet même s’il ne nous épargne pas au début une scène de baston dans le métro, glauque comme il se doit, et la description de la vie dans un centre d’accueil pour SDF qui semble bien propret, encore plus que dans West Side Story. Bref, tout est assez édulcoré, même l’amour entre un beau jeune homme, Paul, fraîchement débarqué de l’Ouest et que sa demi-soeur refuse d’héberger et une jeune et belle transgenre, sent un peu trop la mise en scène pour séduire la adeptes du LGBT, mais sans vouloir trop insister non plus. C’est dire que le film navigue entre deux eaux, et repose bien sûr sur la présence remarquable des trois principaux rôles : Fionn Whitehead dans le rôle de Paul, ce garçon pur et bien touchant ; Leyna Bloom dans le rôle de la jeune femme transgenre, Wye, et McCaul Lombardi, dans le rôle du gentil loubard magouilleur, déménageur de clandestins et responsable du centre d’accueil pour SDF.

La nuit comme décor

En dépeignant ce petit monde qui vit à la lisière de la ville, dans une sorte de monde enfoui et nocturne, Danielle Lessovitz décrit aussi une ambiance qu’on ne peut observer aussi facilement que dans les films, ce ballroom, cette communauté queer adepte du voguing. En effet, ces jeunes gens s’affrontent dans des sortes de défis de défilés de mode dans des boîtes branchées, rappelant leurs récents ancêtres sapeurs. Malgré ses nombreuses qualités, le film se donne malheureusement trop bonne conscience et évite scrupuleusement les vrais problèmes que peut rencontrer un couple dans lequel une jeune homme hétéro tombe fou amoureux d’une transgenre. Mais on gardera tout de même un beau souvenir de ce Port Authority, justement parce qu’il parvient à faire encore rêver sur New York et sa glauquitude assumée.

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Durée : 102 mn


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