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Où va la critique de cinéma ?

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Critique de cinéma, comment vas-tu avec ta douleur ? Topo conséquent en 5 questions, sur un métier dont Serge Daney disait : « ce n’est pas un métier! »

La question a toujours été d’actualité. La semaine dernière, l’une de nos collègues fustigeait tous les détracteurs refusant ostensiblement de voir en la critique de cinéma une utilité conséquente. Oui, qu’est-ce qu’un critique ? A quoi sert-il ? Doit-on l’inviter dans nos débats cinématographiques ? De nombreuses interrogations qui suscitent encore aujourd’hui des polémiques et ne sont pas près de trouver une réponse définitive.

Nous avons sollicité quelques critiques de cinéma afin de clarifier la situation. 5 questions, des réponses passionnées, émouvantes, dures et complexes.

1.Comment en êtes-vous venu(e) à écrire sur le cinéma ?
2. En 1982, Wenders, dans son film "Chambre 666" interrogeait certains cinéastes sur l’avenir du cinéma. Selon vous,  dans quel état est aujourd’hui la critique de cinéma ?
3. La critique de cinéma a-t-elle toujours eu, selon vous, un rôle de passeur ?
4. Pensez-vous que la critique est toujours aussi importante aux yeux du spectateur ?
5. Existe t-il selon vous des écoles de critique ? Si oui, quelle est celle qui vous inspire ?

Meriam Azizi
Critique de cinéma – Tunisie

1. C’est par le biais de la conjonction entre bibliophagie et cinéphilie. Ma passion pour le roman comme ouverture à une infinité de mondes possibles s’est naturellement doublée pour le scénario. J’ai cultivé donc précocement un penchant pour le cinéma d’auteur et d’art et essai, un label né sous l’instigation de l’Association française de la critique de cinéma. En tant que spectatrice, le cinéma dit « de grosse production » ne suscite en moi qu’une activation intense et gratuite de l’émotion. C’est le cas de la réception passive. Généralement, la seule motivation qui m’incite à aller voir un film commercial, occasion rarissime, c’est de voir jusqu’à quel point les technologies de l’image ont progressé. Au contraire, le cinéma d’auteur établit un rapport d’interaction avec le public en le poussant à réfléchir pendant et après la séance. D’autre part, c’est justement ce moment précis, l’après- séance, que je trouve extrêmement intéressant. La durée de cette phase correspond à celle de la fécondité de l’ensemble des interprétations, analyses ou critiques que génère l’action de suivre la projection du film, tout en se fondant dans une marée humaine qui s’efface sitôt dans le noir intime de la salle, pour laisser à chacun l’opportunité de vivre une expérience profondément personnelle.
Je ne puis m’empêcher de citer la célèbre formule de François Truffaut pour vous décrire davantage la raison qui m’a déterminée à prendre la critique cinématographique comme métier : «Chacun a deux métiers : le sien et critique de cinéma ». Implicitement, c’est l’aspect démocratique qui est souligné. Aujourd’hui, membre de l’Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique, section de la FRIPRESCI, je me suis spécialisée dans la critique du cinéma africain, maghrébin et arabe. Une manière de militer pour un cinéma en mal de visibilité internationale. Ecrire sur un film produit par les pays du Sud signifie l’inscrire dans l’histoire du cinéma mondial. Participer chaque jour à cette aventure, c’est s’engager dans un combat perpétuel.

2. Aujourd’hui, la critique cinématographique vit, à proprement parler, un grand tournant. A l’instar d’autres formes d’expression artistique, c’est un secteur qui ne peut subsister à l’abri de la nouvelle révolution que constitue Internet. Comme dans n’importe quel processus de transformation, il va de soi que ce phénomène social entraîne aussi bien des avantages que des inconvénients. Le point négatif, c’est que depuis l’avènement de la critique en ligne, la critique cinématographique sur papier perd progressivement son lectorat, qui trouve dans Internet un outil d’accès nettement plus facile et surtout plus économique. Conséquence plutôt positive : la démocratisation du discours portant sur le cinéma qui devient à la portée de tous. Aussi ,la critique cinématographique n’est-elle plus exclusivement l’apanage de l’élite intellectuelle.

3. Si la bande annonce d’un film pourrait ne pas correspondre à sa réalité, ce qui décourage dans ce cas la personne à aller le voir en entier, la critique de cinéma découlant de l’expérience du visionnage, ne peut qu’élucider le message du film, le prolonger, voire l’enrichir. C’est l’étape qui permet au spectateur d’y voir enfin clair. L’utilisation dans la critique cinématographique de tout un champ lexical propre au jargon de l’analyse filmique, tel que les notions techniques des valeurs de plan, du flash-back, du flash forward ou l’emploi précis tantôt de scènes, tantôt de séquences qui permet la distinction des deux termes ; de continuité dialoguée, de climax, etc., offre au spectateur l’occasion de pénétrer dans le film, de se familiariser avec un univers auparavant inexpugnable. Le film n’est plus seulement un produit commercial destiné à la consommation immédiate, l’image n’est plus jetable!
Grâce à l’interposition de la critique, le film accède au statut d’une œuvre artistique. Il devient un objet à penser, un sujet capable de faire naître indéfiniment, à l’instar de la maïeutique, des questionnements philosophiques, voire même un discours à même de proposer des alternatives pour des situations d’actualité. Pensons à toute la vague récente de films dont les réalisateurs sont d’origine maghrébine, qui s’inspirent de la réalité en donnant à la critique de cinéma la matière et les outils pour expliquer. Par ailleurs, cette discipline est en mesure d’aiguiser l’esprit critique du spectateur dont la curiosité ne porte plus sur le produit fini, mais englobe tout le processus depuis sa forme écrite (le scénario) à l’écran. Cette prise de conscience évite d’avoir une posture naïve, et favorise plutôt une lecture subtile et ingénieuse.

4. La critique de cinéma est une activité cruciale. Bien plus, c’est un maillon fondamental dans la chaîne de la durée de survie du film. Il est vrai qu’aujourd’hui le spectateur est plus une personne qui s’attend à des images divertissantes qu’un spectateur formant une partie prenante de l’expérience filmique. Si notre époque enregistre un désintérêt à l’égard des réflexions autour du film ou de la théorie du cinéma dont fait partie la critique, Internet est plus que jamais l’espace où le spectateur est libre de réagir à n’importe quel film. Nous référons à toutes les propositions de commentaires, par exemple sur le site Allociné. La critique sert aussi à évaluer l’œuvre artistique. Si l’on fait fi de ce métier à visée didactique, si l’on ampute cette instance, on toucherait même à la définition du spectateur, un mot composé de spectateur et dans acteur on retrouve agir. En effet, naturellement, l’esprit humain en présence de n’importe quel spectacle est enclin à porter un jugement. En conclusion, importante ou non la critique est quasiment une activité intrinsèque, voire indissociable de l’acte de prendre part au spectacle du défilement filmique.

5. La critique de cinéma est une forme de méta-discours, autrement dit un discours sur le discours. Comme la linguistique, sa naissance est nourrie d’autres champs de pensée tels que la philosophie, la sociologie, les idéologies comme les lectures marxistes ou constructivistes … La France est pionnière par rapport à l’émergence d’un besoin d’écrire sur un film. La nouvelle discipline accompagne une maturité cinéphilique représentée par la prolifération des ciné-clubs, de la création du centre national de la cinématographie et des revues de cinéma telles que L’Ecran français, les Cahiers du cinéma qui prolongent la Revue française, Esprit, France observateur. Des noms phares, comme André Bazin, Truffaut, Godard, Chabrol ou Rohmer ont sacralisé la légitimité de ce domaine de pensée. Ils forment « la nouvelle vague ». Positif , quant à elle, a développé une prédilection pour le surréalisme en s’intéressant à Bunuel, Huston et Franju ! De ce fait, il existe inévitablement plusieurs écoles. Pour revenir à mon expérience personnelle, j’avoue ne pas avoir de préférence. A mon avis l’essentiel est de maîtriser la technique et l’histoire des événements qui ont marqué le cinéma, qui doivent primer dans la pratique de la critique de cinéma.

Jean-Luc Douin
Critique de cinéma – Auteur de plusieurs essais sur le cinéma dont « Dictionnaire de la censure au cinéma », « Les Ecrans du désir », « Bertrand Tavernier, cinéaste insurgé »

1. J’ai fait quelques stages, en périodes de vacances scolaires, à Télérama, pendant que j’effectuais une licence de lettres modernes, à la suite desquels je suis entré dans la rédaction cinéma de cet hebdomadaire.

2. Les journalistes de la presse écrite figurent parmi les espèces en voie de disparition, et dans cette espèce, les critiques de cinéma sont comme les Indiens, parqués dans un espace de plus en plus réduit, et même indésirables. La critique de cinéma véritable n’existe quasiment plus, remplacée par un certain journalisme de cinéma. Le fait qu’il y ait de moins en moins de vrais critiques de cinéma vient essentiellement des directeurs des médias qui souhaitent plus ou moins ouvertement sa disparition (son éradication?).

3. Je crains que non. Il semble que le public (sa majorité en tous cas) soit avide de jugement rapides, de notes ou d’étoiles, d’articles donnant dès les premières lignes le signal "allez-y" ou "n’y allez pas". Ce type de diagnostics est antinomique de la « critique » au sens noble du terme.

4. Pour ce qu’il en reste, le peu d’espace qu’on lui accorde, elle peut toujours remplir ce rôle, à condition de ne pas être contrainte de favoriser le marketing des films, et d’être lue comme un guide, surtout (quand les articles le permettent) comme un moyen de réflexion (un papier critique doit pouvoir être lu avant d’avoir vu le film, et après, pour approfondir la vision).

5. Je me sens proche de l’école Jean-Louis Bory (critique au Nouvel Observateur), qui alliait à la pédagogie le souci de l’écriture, une recherche de plaisir.

Monique Neubourg
Atmosphères, Midi Libre, Questions de femmes, Artravel

1. Parce que j’en parlais sans cesse, un jour, on m’a demandé d’écrire, puis de parler à la radio, puis d’écrire à nouveau. Je voyais je ne sais combien de films par semaine dont une bonne partie à la cinémathèque.

2. Désolée d’accoler le nom de Michel Denisot à celui de Wim Wenders, je ne veux pas insulter ce dernier. Il y a deux ou trois jours, attendant le zapping sur Canal ou venant de voir les Guignols, j’entends Denisot dire "nous (le Grand Journal je présume, et sa joyeuse bande de passeurs de plats), nous faisons de l’info, eux, nos confrères de la presse écrite (dont la critique de France Culture qui a dû être ravie d’apprendre à quel corps elle appartenait) font de la critique et ils peuvent tout dire."
On retrouve bien là l’état de la critique qui devient un métier de niche (comme on le dit de la parfumerie). Il reste quelques lieux où elle peut se faire, et ce n’est pas à la télé, laquelle a toujours eu recours à des confrères de la presse écrite pour se donner une légitimé (eux ne pipotent pas, ils ne sont pas coproducteurs, ce que sont toutes les chaînes de télé). La critique s’estompe au bénéfice des "communicants" (qui finiront par remplacer tous les journalistes. Il suffit de voir les attachés de presse qui pour la plupart, poussés par les distributeurs et les producteurs, considèrent le journaliste comme leur auxiliaire de communication. Les films qu’elle risque de dégommer ne sont plus montrés (le cas d’"Agathe Cléry" est exemplaire). Ailleurs, dans certains magazines, la consigne est d’"être positif" (donc on ne parle pas des films qui fâchent). Ailleurs, on reste dans le cinéma grand public. Ailleurs encore, surtout, du tiède et du mou, faut pas se couper de la pub. On est dans un système économique, pas artistique. Ce qui tombe bien, le cinéma aussi.

3. Elle l’a sûrement eu quand elle était libre. Je la lisais ainsi quand j’étais étudiante (après avoir vu le film toutefois).

4. Cela fait longtemps qu’elle ne l’est pratiquement plus, sauf, peut-être, pour le lecteur de Télérama (et encore, pour ce titre que je ne connais plus très bien, je ne suis pas sûre qu’il soit encore crédible comme il y a quelques années), ou des Cahiers ou de Positif (et si le lecteur de Première y croit, c’est qu’il a oublié de se munir de son cerveau).

5. Je ne sais pas. Personnellement, sachant que l’objectivité n’existe pas, j’essaie de rester au plus près de mes émotions, de mes sentiments, de mon admiration, et de mes mauvais goûts certains jours. Sans oublier que la plupart des gens qui me lisent payent leur place.

Claudine Levanneur
Nos Douces et Tendres Années

1. J’ai commencé à écrire sur le cinéma par hasard. J’aime voir des films (je vais au cinéma 2 à 3 fois par semaine), j’aime écrire. Aussi, quand avec quelques amis nous avons créé notre journal, je fus toute désignée pour faire la critique des films.

2. Aujourd’hui, le "pouvoir" du critique cinéma est très affaibli, sans doute à cause de l’uniformisation de la pensée mais aussi du "politiquement correct" qui empêche souvent un réel jugement.

3. Autrefois sans doute, car les medias étaient peu nombreux, la critique était donc un bon moyen pour avoir quelques infos sur un film.

4. Aujourd’hui, la critique a bien moins de poids. Beaucoup de films, descendus par la critique, ont été encensés par le public qui, grâce au bouche à oreille, lui a permis d’accéder au succès. L’inverse est également vrai.

5. Non.

Mathilde Lorit
Rolling Stone

1. Ayant la chance d’avoir une mère très cinéphile, j’ai fréquenté assez jeune le ciné-club de ma ville. A chaque séance, on nous distribuait une photocopie comprenant quelques informations sur le film projeté. J’ai vite pris l’habitude d’en tirer des fiches, que je prenais un soin particulier à illustrer, ranger par genre … avant de les rédiger moi-même !

2. Il me semble que la critique, telle qu’on l’entendait dans les années 50/60, est en voie de disparition. Seules les revues créées à cette époque, comme Les Cahiers du Cinéma ou Positif, accordent encore une réelle place à l’analyse de film et à des critiques fouillées. Ce qui n’a rien à voir avec les chroniques ou notules d’un feuillet qui constituent le lot commun de la plupart des rubriques cinéma des divers magazines vendus en kiosque. A ce titre, je ne me considère pas moi-même comme une critique de cinéma, mais plutôt comme une « journaliste de cinéma » – s’il faut vraiment trouver une appellation – dont l’essentiel des publications tient en interviews, portraits ou dossiers consacrés à des réalisateurs. Du côté de la radio ou de la télévision, l’essentiel de la critique tient dans des émissions de débat qui voient différents journalistes s’affronter sur les sorties de la semaine : ludique et intéressant… quand cela ne tourne pas à la lutte d’egos !

3. Le marketing entraine une certaine uniformisation de la couverture des sorties cinéma. Le rôle du critique n’en est que plus important pour des films plus confidentiels ou jugés « difficiles » : je crois profondément à la force de conviction de la passion qui nous anime. La place réservée aux coups de cœur se réduisant de jour en jour dans la presse – sauf liberté éditoriale exceptionnelle – Internet me semble à ce titre un bon relais pour les journalistes frustrés de ne pas pouvoir mettre en avant tous les films qui les touchent. Et alerter ainsi les spectateurs, un peu noyés sous l’abondance des sorties et un certain « matraquage » promotionnel. Enfin, les festivals restent le terrain privilégié de découvertes, qui permettent aux journalistes d’attirer l’attention sur des tendances ou la naissance de nouveaux styles, de nouveaux talents.

4. A mon sens, la critique de cinéma se révèle particulièrement intéressante pour le spectateur après-coup : une fois qu’il a vu le film, il me semble qu’il trouve un intérêt particulier à confronter son point de vue à celui d’un « professionnel », et à chercher des informations complémentaires sur un film, un réalisateur…. Concernant l’envie d’aller voir un film, j’ai le sentiment que le bouche à oreille reste le moteur essentiel d’un succès surprise.

5. André Bazin reste une référence majeure, y compris pour notre génération. A titre personnel, je suis notamment partisane de son credo : n’écrire que sur ce qui lui a plu !

Patrick Fabre
Critique de cinéma – ancien de chez "Première"

1. Par manque de confiance. Faute d’oser faire du cinéma, du moins d’essayer, je me suis décidé à parler de cinéma et à écrire sur le sujet. Pour cela, j’ai fait une école de journalisme (ESJ Paris) puis un stage déterminant à Première à l’été 1985.

2. Assez pitoyable. La presse cinéma est en crise, pour ne pas dire en voie de disparition. Les Cahiers du cinéma viennent d’être rachetés par un éditeur probablement plus intéressé par les éditions des Cahiers que par le journal même. Studio et Ciné Live vont fusionner. Première a opté pour une formule plus légère. Combien sont ceux qui lisent Positif ?$
Les critiques les plus lues aujourd’hui sont celles imprimées sur les affiches des films dont elles vantent les mérites. « Formidable », « Un grand film », « Un chef d’œuvre ». Voilà ce qui reste de la critique. Une série de « quotes ». Et le critique de devenir un rédacteur publicitaire qui pond des phrases d’accroche pour les distributeurs. Lesquels payent parfois les campagnes d’affichage des magazines qui leur « offrent » leur une…
La liberté de « critiquer » le cinéma s’est restreinte. Comment dire qu’on n’aime pas un film (et pourquoi) quand son journal, sa radio, sa chaine de télévision ou son site internet est partenaire du film à critiquer ? Ce n’est pas pour rendre la critique crédible…

3. A mon sens il y a et il y a toujours eu deux types de critiques : les passeurs, ceux qui donnent envie de voir les films, et les autres, ceux qui écrivent pour écrire (souvent très bien d’ailleurs), mais pas pour envoyer les gens dans les salles ou leur communiquer l’amour du cinéma. Relisez Truffaut : même quand il dit du mal d’un film, on a envie d’aller le voir !

4. Récemment un producteur me disait qu’il ne servait à rien de payer de l’affichage, le facteur déterminant pour aller voir un film étant pour les spectateurs un passage dans une émission de télévision.
Ca m’arrange : pour moi les derniers critiques « influents », du moins écoutés par le plus grand nombre, sont ceux qui joutent dans des émissions du style Ça balance sur Paris première. Hélas, se sont souvent des gens qui ont une culture cinéma limitée, et qui sont dans la volonté ou l’obligation d’imposer leur image à grand coup de formules assassines.

5. Je ne suis pas sûr qu’il y ait encore des courants critiques. On ne sait plus trop qui défend quoi. Et encore une fois, qu’elle dise du bien ou du mal d’un film, la seule critique qui m’inspire, c’est celle qui me donne envie d’aller au cinéma.

Emmanuel Burdeau
Cahiers du cinéma

1. Mes études me laissaient très insatisfait. Des rencontres, des expériences m’ont fait comprendre que je pouvais, et aimais écrire. Ce dont je ne me doutais pas. Je n’avais jamais eu l’envie ni l’idée d’un métier ; celui-là m’a tout de suite plu.

2. Très mauvais, évidemment (ça ne date pas d’aujourd’hui, et que ce soit à la critique de le dire fait évidemment partie du problème – n’en faisons donc pas trop).
Très bon aussi, car il n’y a sans doute jamais eu autant de " jeunes gens " aimant le cinéma, sachant le penser et l’écrire.
Hélas ceux-là ne font pas – pas encore – ce qu’on appelle communément " la critique de cinéma ".

3. " Passeur " est un mot dont a trop usé. Il a une signification " verticale " – les anciens passant le relais aux nouveaux – qui est un peu gênante. " Intercesseur " serait peut-être un mot meilleur.
Mais aujourd’hui, on ne peut pas dire que la critique ait vraiment ce rôle : offrir le film au monde, rendre le cinéma à tout ce qui n’est pas le cinéma, et qui importe tellement plus.

4. A l’évidence non. Ce qu’on appelle " l’esprit critique " est en crise. Ce n’est pas neuf, et la crise est évidemment beaucoup plus large.

5. Des écoles, non. Il y a des maîtres. Toujours les mêmes : Serge Daney, André Bazin, Manny Farber, James Agee, quelques autres encore. L’école critique ne peut être que celle d’un souci à la rencontre de l’esthétique et du politique. Ajoutons alors Jacques Rancière.

Sarah Mersch
Critique de cinéma – Allemagne

1. J’ai commencé pendant mes études de cinéma à travailler en tant que journaliste pour un journal régional, et vu la spécialité de mes études, c’était un rapport plus au moins naturel d’écrire aussi sur le cinéma. Petit à petit, j’ai écrit de plus en plus sur les films, dans les journaux ainsi que dans les revues de cinéma et sur Internet. Mais je continue de travailler aussi sur des sujets politiques et sociaux.

2. Je ne peux parler que de mes impressions et avis sur la critique de cinéma en Allemagne. Dans les grands journaux, on trouve généralement une critique de qualité. Mais malgré la qualité générale des textes, cette critique est surtout centrée autour des sorties nationales et parfois des festivals, mais parle rarement des tendances stylistiques ou de contenu du cinéma contemporain. En plus, il y a plusieurs revues de cinéma, mensuels ou bimensuels, qui se penchent aussi bien sur les sorties que sur les questions fondamentales du cinéma. Mais il faut dire que le taux de pénétration des revues spécialisées reste assez limité. Il y a – comme un peu partout dans le monde – une certaine importance de la critique sur le net, sur des forums très divers, y compris plusieurs sites avec des articles de fond et des débats d’une grande connaissance et importance. Je crois que la critique on-line va encore gagner de l’importance, car elle permet des échanges et des débats plus libres sans les limites éditoriales ou bien les limites d’espace de la presse écrite.

3. Oui, pour un certain public et certains films. Mais ça reste dans un cadre plus au moins petit. La critique cinématographique touche rarement plus qu’un cercle des cinéphiles et professionnels. Mais elle a pu, dans le passé, promouvoir certains cinéastes et certaines écoles cinématographiques tels que par exemple Theo Angelopoulos, qui, en Allemagne, doit une certaine partie de sa reconnaissance à la critique cinématographique. Par contre, le succès des films grand public me semble être lié plutôt à la présence des vedettes et le bruit qui est créé autour.

4. Non, en tout cas pas pour les films qui touchent un grand nombre des spectateurs, c’est surtout du bouche à oreille ou alors lié au nom des acteurs. Mais je crois que pour un public cinéphile, la critique, sur ses forums extrêmement divers, joue encore un rôle pas négligeable.

5. D’abord, j’aimerais préciser que la critique a toujours été une réflexion des circonstances de l’époque. Je ne sais pas vraiment si on peut parler d’écoles, mais je crois qu’il y a deux tendances principales dans la critique, en fait, dans chaque critique d’une œuvre d’art. Soit on regarde un film principalement comme manifestation d’un certain point de vue sur un sujet (politique, social), soit on le comprend comme œuvre d’art. Le résultat étant soit une critique du sujet et du contenu, soit une analyse purement esthétique. Je crois que les deux extrêmes ne donnent comme résultat qu’une critique très unidirectionnelle et donc par conséquent une bonne critique de cinéma, à mon avis, est celle qui arrive à inclure les deux aspects. Qui regarde un film dans son intégralité.

Olivier de Bruyn
Rue89

1. Comment vous êtes venu à écrire sur le cinéma ?
Par passion pour le cinéma et goût pour l’écriture. J’ai commencé dans la revue Positif, puis le virus journalistique m’a entraîné à écrire au fil des ans dans divers journaux (Les inrocks, L’événement du jeudi, Première, Le Point etc.).

2. Pas brillante. La part critique tend à se réduire dans tous les médias, au profit du people et de la promotion. Une sorte de dérive générale. La critique paye peut-être aussi le fait d’avoir trop souvent manqué de pédagogie vis-à-vis des lecteurs et de s’être réfugiée dans un certain conformisme élitiste.

3. Elle le doit. Une des plus belles missions du critique est de faire découvrir.

4. Pour les raisons évoquées plus haut, elle a probablement perdu de son influence. D’autre part, le net a changé les habitudes. Désormais tout le monde peut exprimer son avis… Pour le meilleur et le moins bon.

5. Il existe des écoles (Cahiers, Positif…), des églises et des chapelles, mais le critique doit s’efforcer de penser par lui-même sans se soucier d’être dans “la ligne”.

Caroline Vié

1. J’ai commencé à écrire dans des fanzines au début des années 80.
2. Pas fameux : de nombreux supports n’existent déjà plus. Et beaucoup d’autres privilégient la promotion au détriment de la critique.
3. Bien sûr! Surtout pour faire découvrir des films que le spectateur n’aurait peut-être pas remarqués spontanément.
4. Plus ou moins ? Je n’en sais rien. Le public ira toujours voir ce qui lui fait envie et le critique ne peut qu’avoir un rôle de conseiller.
5. Il en existe sans doute. Je ne me sens affiliée à aucune.


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