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Orly

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God : `connecting people´ ? De la transcendance dans les couloirs d´aéroport… Cet « Orly » BCBG nous embarque mollement pour un voyage qui nous laisse de marbre.

Un mur de photographies. Des visages d’inconnus. Une feuille de brouillon traîne : « will tear us appart ». Message subliminal ? On écoute Théo parler seul au téléphone. On comprend qu’il s’agit de son ex. Il veut la voir, pas elle. On comprend mieux l’allusion à la fameuse chanson de Joy Division. L’amour nous sépare. Ou pas. Parfois les aéroports nous rassemblent. Et ceux qui y déambulent nous ressemblent…

On débarque à l’aéroport. Immergés dans l’ambiance sonore du lieu, on attend. On fait des rencontres. On capte des conversations banales. Monologues téléphoniques ou véritables conversations. Une femme a oublié son alliance chez sa mère à l’heure de rentrer chez son mari à Montréal. Un homme téléphone à un répondeur. Ils discutent ensemble. Elle, sa maman a refusé de lui prêter l’argent dont elle avait besoin pour le restaurant. Puis elle s’est mariée. Elle aimerait bien le revoir, lui, quand elle reviendra à Paris. On devine que son oubli n’était pas un acte si manqué… Parfois, cependant, les dialogues peuvent se murer dans l’isolement, comme cet ado face à sa mère. L’enterrement du père déverrouille les confidences. Orly : un gigantesque divan de psychanalyste ?

Les récits croisés existent grâce au lieu. La réalisatrice a pris le parti de la non intervention. Elle recueille les discours et observe les mouvements humains. Une guichetière prise au hasard, qui mastique seule son sandwich à la pause de midi. Un couple d’allemand. Un gosse qui se roule par terre en hurlant – on a tous connu ça. Elle filme la foule pour mieux cerner la solitude. Elle revient sur les visages qui l’ont marquée comme on prendrait une photo souvenir. Par exemple, le jeune allemand qui, à la superette, branchera son regard sur une inconnue. La caméra surplombante les observera alors se suivre et se croiser jusqu’à la dispersion. C’est le seul moment où Angela Schanelec se permet l’utilisation d’une chanson de Cat Power – Remember Me – en bande sonore, afin d’exacerber l’intensité de cette union fugace. Après tout, ne sommes-nous tous pas épinglés dans l’album photo d’un étranger, à l’autre bout du monde ?

On ne peut pas reprocher au film son manque d’élégance, ni son bon goût. C’est toute la difficulté : Orly vaut pour les prestations de ses acteurs, qui ne suffisent malheureusement pas à le rendre attachant. La séparation des âmes est bien rendue par les soliloques téléphoniques, les « allo » répétés, les gens qui s’écoutent à demi… Chacun cherche sa moitié. L’aéroport est le théâtre de cette mutilation douce. Sabine était la compagne de Théo. Pour une raison mystérieuse, l’aéroport est évacué. Un long monologue se déroule sur les plans fixes de ces espaces désertés pourtant habités par une présence invisible. C’est Théo. Il écrit à Sabine pour lui dire que, depuis qu’elle l’a quitté, il s’est empli de dévotion. Soit. Est-ce un hasard s’il s’appelle Théo – Dieu ? Et si l’histoire s’ouvre et se termine presque au son de sa voix ?

Trop de verbiage. Toutefois trop lisse pour être vraiment pompeux. On aurait aimé ressentir la déréliction ou se lier aux personnages. On connaissait déjà le roman de gare, Angela Schanelec signe ici un nouveau concept : le « film d’aéroport ». Le scénario semble se résumer à ces quelques poncifs sentimentaux vaguement distingués, couronnés par une absence de fin toute aussi noble, livrée à notre libre-arbitre. Ces conventions sont rentrées dans la grammaire bien mouchée du cinéma d’auteur, mais ne suffisent pas à faire un film marquant. C’est le risque de choisir un sujet aussi banal : il faut pouvoir le transcender soi-même, faute de pouvoir compter sur l’Esprit des lieux.

Titre original : Orly

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Durée : 94 mn


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