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On ment toujours à ceux qu’on aime

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C’est pas beau de mentir.

Une belle brochette d’acteurs

Actrice et productrice, Sandrine Dumas a un beau parcours, trop riche pour être détaillé. Elle est aussi réalisatrice de documentaires et de courts métrages dont les très remarqués Garde du corps (2003) et L’invention des jours heureux (2010), entre autres. Son premier long métrage, On ment toujours à ceux qu’on aime, a le mérite de nous faire retrouver le séduisant Jérémie Elkaïm, qu’on n’avait plus vu depuis longtemps au cinéma, et l’excellente Marthe Keller pas vraiment bien mise en valeur ici. On y découvre aussi une Monia Chokri, révélée par Xavier Dolan dans Les amours imaginaires (2010), en punkette mythomane, qui, elle aussi, va réaliser son premier long métrage, La femme de mon frère (prévu pour 2019). Cela fait beaucoup de beau monde pour un scénario somme toute sympathique, mais un peu frêle et pour le moins attendu.

 

 

« Le mensonge a les jambes courtes »

Les Italiens ont pour coutume de dire que « le mensonge a les jambes courtes », autrement dit qu’il ne court pas trop vite et pas très loin. C’est l’amère expérience que va faire la jeune Jewell, chanteuse et serveuse de beuglant, mais surtout loseuse (féminin de loser ?), lorsque sa mamie américaine, Marie (Fionnula Flanagan, très touchante) et la mère de son ancien petit ami, Louise (Marthe Keller, toujours rayonnante) vont débarquer à Paris pour la retrouver. S’ensuite, outre un imbroglio dû à la mythomanie maladive de la jeune femme, un petit road-movie qui aimerait bien avoir l’air américain. La musique de Delphine Ciampi va l’aider certes, la rock-attitude aussi et les nuits dans des motels à la française, éclairées par Nathalie Durand qui donne au film un air à la fois énigmatique et quotidien. Le trip les conduira lentement mais sûrement vers un village du Sud-Ouest de la France, point d’acmé du film puisque c’est là qu’est née Marie, la grand-mère de Jewell. Le tout assaisonné de situations souvent tendres, voire pathétiques, parsemées de moments qui se voudraient comiques, ou en tout cas humoristiques. L’art de la comédie n’empêchant pas la vraisemblance, il y a quand même des moments où le spectateur serait en droit de se poser des questions sur un scénario pourtant écrit à trois : Sandrine Dumas, Natalie Reyes et Hélène Angel. Sans doute est-ce pour cette raison qu’il ne donne pas le beau rôle aux hommes, souvent présentés comme lâches, abandonneurs, ou encore absents, ce qui est encore pire. Certains ont eu même la mauvaise grâce de mourir.

 

Mentir pour préserver ceux qu’on aime ?

Pourtant, on a plaisir à suivre ces personnages, une fois qu’on a bien accepté leurs maladresses et leurs défauts. On s’intéresse même à cette histoire, même si on en a deviné la fin avant même que le film commence. Ce n’est pas très grave, il faut le considérer comme une bonne comédie, très professionnelle sur la forme, et quelque peu bancale sur le fond, mais chacun y retrouvera un peu de sa vie, de ses malheurs et de ses incohérences. « On ment toujours à ceux qu’on aime », et surtout à soi-même ce qui est le pire en l’occurrence. Cela pourrait être un défaut rédhibitoire, Sandrine Dumas arrive en toute ingénuité à en faire une qualité. C’est du moins ce qu’elle nous explique dans le dossier de presse du film : « J’ai une tendresse pour le mensonge. Il y a dans le mensonge, malgré sa connotation négative, un vrai champ des possibles. Dissimuler la vérité peut être un acte de survie. C’est aussi le début de la fiction. Il contient un monde imaginaire que l’on ne s’avoue même pas à soi-même mais qui s’exprime par le mensonge. Et c’est ce qui m’intéressait à travers le personnage de Jewell. » En effet, comme cette jeune femme s’aperçoit qu’elle rate sa vie, elle va en fait mentir – et presque se mentir – pour préserver ceux qu’elle aime, et notamment sa grand-mère qu’elle n’a pourtant – entre parenthèses – plus vue depuis des années.

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Durée : 90 mn


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